Les vols de bétail en Allemagne prennent une ampleur inquiétante, selon Euronews FR. Des troupeaux entiers disparaissent en une seule nuit, entraînant des pertes financières considérables pour les agriculteurs et une dégradation de leur moral. Les enquêteurs penchent pour des réseaux criminels organisés, parfois transfrontaliers, spécialisés dans ce type de délit.
Ce qu'il faut retenir
- Trois cas récents en deux mois dans le Land de Brandebourg : 74 bovins volés près de Herzberg, 69 veaux enlevés à Falkenberg, et 48 bovins dérobés à Raddusch, pour un préjudice total estimé à plus de 75 000 euros.
- Des méthodes professionnelles : utilisation de camions poids lourds (40 tonnes), suppression ou falsification des marques auriculaires, et parfois administration de sédatifs aux animaux.
- Un phénomène en expansion : le « Farm Crime » touche désormais plusieurs Länder, notamment en Allemagne de l’Est, avec une hausse des vols d’équipements agricoles et de matériel GPS.
- L’absence de statistiques officielles : en Allemagne, les animaux sont juridiquement considérés comme des « choses », ce qui rend difficile le recensement précis des infractions.
- Des mesures de protection renforcées : vidéosurveillance, éclairage des bâtiments, réseaux d’alerte numériques et groupes WhatsApp entre agriculteurs pour prévenir les vols.
Des attaques ciblées et méthodiques contre les exploitations
Le 9 mai 2026, un agriculteur de Raddusch, dans le district d’Oberspreewald-Lausitz (Brandebourg), a signalé à la police le vol de 48 bovins, estimés à environ 75 000 euros. Ce vol s’ajoute à deux autres cas récents dans la région, révélant une recrudescence des attaques contre les élevages. À Herzberg, dans le district d’Elbe-Elster, 74 bovins ont été dérobés il y a deux semaines, avec des traces de camion sur place. En avril, 69 veaux ont disparu d’un élevage à Falkenberg, également dans le district d’Elbe-Elster.
Les enquêteurs estiment que les auteurs ont agi avec une grande précision : ils seraient entrés sur le site de Falkenberg avec un poids lourd de 40 tonnes, vraisemblablement un semi-remorque non homologué pour le transport de bétail. Une fois à l’intérieur de l’étable, les voleurs ont ciblé des veaux femelles âgés de trois à six mois, qu’ils ont ensuite poussés à bord du véhicule. « Ces méthodes indiquent une organisation criminelle structurée, capable de déplacer rapidement de grands nombres d’animaux », a indiqué un porte-parole de la police du Brandebourg.
Des bandes venues de l’étranger ? La piste des réseaux transfrontaliers
Selon les enquêteurs, ces vols pourraient être le fait de bandes organisées venues de l’Europe de l’Est ou de pays hors de l’Union européenne. Le bétail étant enregistré de manière centralisée en Allemagne, les forces de l’ordre supposent que la majorité des animaux volés sont acheminés vers ces destinations. « Les contrôles aux frontières sont théoriquement efficaces, mais les animaux pourraient être transportés dans des camions fermés non conformes, échappant ainsi aux vérifications », explique un expert en criminalité rurale interrogé par Euronews FR.
La falsification des identifiants des animaux complique encore les investigations. Les voleurs retirent ou remplacent les marques auriculaires officielles par de faux identifiants, rendant difficile la traçabilité des bêtes. Dans certains cas, des indices suggèrent l’utilisation de sédatifs pour éviter que les animaux ne paniquent lors du chargement. « Ces pratiques témoignent d’une préparation minutieuse et d’une volonté de dissimuler l’origine des animaux », souligne un enquêteur sous couvert d’anonymat.
Le « Farm Crime », une menace grandissante pour l’agriculture allemande
Le phénomène des vols de bétail s’inscrit dans une tendance plus large de criminalité en milieu rural, regroupée sous le terme de « Farm Crime ». Outre les animaux, les équipements agricoles coûteux – tracteurs, outils, systèmes GPS – sont de plus en plus pris pour cibles. Selon une enquête de la NDR diffusée en novembre 2025, plus de la moitié des agriculteurs du nord de l’Allemagne ont déjà été victimes de vols, qu’il s’agisse de récoltes, de matériel ou d’animaux.
Les Länder les plus touchés sont le Brandebourg, la Basse-Saxe et le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tandis que le Schleswig-Holstein enregistre un léger recul, sans pour autant sortir de la tendance alarmante. Le gouvernement fédéral reconnaît l’ampleur du problème, mais déplore l’absence de statistiques officielles. « En Allemagne, les animaux sont juridiquement considérés comme des « choses », ce qui explique pourquoi les vols de bétail sont comptabilisés comme des vols de biens dans les statistiques criminelles », a rappelé un représentant du ministère de l’Agriculture.
Les agriculteurs passent à la contre-offensive
Face à cette insécurité croissante, les exploitations agricoles renforcent leurs dispositifs de protection. La vidéosurveillance, l’éclairage des bâtiments d’élevage et les systèmes d’alerte numérique – notamment via des groupes WhatsApp régionaux – se généralisent. « L’objectif est de partager rapidement les informations et de prévenir les vols en amont », explique un éleveur de la région d’Elbe-Elster. Ces réseaux permettent aux agriculteurs de signaler des comportements suspects ou des véhicules inconnus en temps réel.
Certaines exploitations vont jusqu’à engager des agents de sécurité privés ou à installer des clôtures électrifiées pour dissuader les intrus. Cependant, ces mesures représentent un coût supplémentaire pour des secteurs déjà fragilisés par la hausse des prix de l’énergie et les pressions réglementaires. « Nous devons faire face à des dépenses imprévues, alors que nos marges sont déjà réduites », confie un agriculteur du Brandebourg.
La multiplication des vols de bétail en Allemagne révèle une vulnérabilité croissante des exploitations agricoles face à des réseaux organisés et mobiles. Si les autorités peinent à quantifier précisément l’ampleur du phénomène, les agriculteurs, eux, n’ont plus le choix : il leur faut s’adapter pour protéger un cheptel devenu une cible privilégiée.
Plusieurs facteurs expliquent cette recrudescence : la demande accrue en viande bovine en Europe de l’Est, la facilité à écouler les animaux volés grâce à des faux identifiants, et la vulnérabilité des exploitations rurales, souvent isolées et peu protégées. Les bandes criminelles profitent également de l’absence de statistiques officielles pour agir en toute impunité.
En Allemagne, le vol de bétail est puni par le Code pénal (paragraphe 242) et peut entraîner jusqu’à cinq ans de prison. Si les auteurs sont membres d’une organisation criminelle, les peines peuvent être alourdies. Cependant, la difficulté réside dans l’identification et la localisation des réseaux, souvent transfrontaliers.