La forêt amazonienne, poumon vert de la planète, pourrait perdre jusqu’à deux tiers de sa surface si le réchauffement climatique atteint 1,5 °C, selon une étude menée par l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK) et publiée dans la revue spécialisée. Ce scénario catastrophe s’accompagnerait d’une transformation radicale du biome, passant d’une forêt tropicale humide à une forêt sèche dégradée, voire à une savane. L’Amazonie deviendrait alors un écosystème méconnaissable, mettant en péril sa biodiversité et son rôle dans la régulation du climat mondial.
Ce qu'il faut retenir
- Un seuil critique à 1,5 °C : le réchauffement climatique global, même limité à cette valeur, pourrait déclencher un basculement irréversible de l’écosystème amazonien.
- Déforestation en parallèle : si la déforestation atteint 22 % à 28 % de la surface de l’Amazonie, le risque de transformation en savane s’accroît considérablement.
- Des conséquences globales : la perte de ce biome aurait un impact majeur sur le climat mondial, en réduisant la capacité de stockage du CO₂ et en perturbant les régimes de pluie.
Selon les chercheurs du PIK, ces deux facteurs — réchauffement climatique et déforestation — agissent comme des seuils critiques dont le franchissement pourrait précipiter l’Amazonie vers un état de dégradation avancée. «
Nos modèles montrent que 66 % de l’Amazonie pourrait basculer vers un écosystème de type savane si ces seuils sont dépassés», explique l’un des auteurs de l’étude, cité par Reporterre. Ce seuil de 1,5 °C correspond à l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, mais les engagements actuels des États placent le monde sur une trajectoire bien plus élevée, autour de 2,7 °C à 3,1 °C d’ici 2100.
Par ailleurs, la déforestation en Amazonie a déjà atteint près de 20 % depuis 1970, selon les données de l’Institut national de recherches spatiales brésilien (INPE). « Nous sommes très proches des 22 % », souligne un expert en écologie tropicale interrogé par Reporterre. Une augmentation de seulement quelques points de pourcentage pourrait suffire à franchir le point de non-retour. À titre de comparaison, en 2023, 10 000 km² de forêt ont été détruits en Amazonie brésilienne, soit une superficie équivalente à celle du Liban.
Un biome en sursis : pourquoi l’Amazonie est-elle si vulnérable ?
L’Amazonie joue un rôle clé dans la régulation du climat mondial grâce à son immense capacité à absorber le dioxyde de carbone (CO₂). Elle stocke entre 150 et 200 milliards de tonnes de carbone, selon le Global Carbon Project. Pourtant, le réchauffement climatique et la déforestation agissent comme un cercle vicieux : moins il y a d’arbres, moins l’Amazonie peut absorber de CO₂, ce qui accélère à son tour le changement climatique. « On estime que la forêt amazonienne pourrait devenir une source nette de CO₂ d’ici la fin du siècle si la déforestation et le réchauffement se poursuivent au même rythme », précise un climatologue interrogé par le média.
De plus, la réduction de la couverture forestière perturbe les cycles de l’eau. L’Amazonie génère à elle seule 20 % des pluies du continent sud-américain, en recyclant l’humidité via un mécanisme appelé « pompe biotique ». Une transformation en savane réduirait drastiquement ces précipitations, affectant l’agriculture et les populations locales. Autant dire que l’impact serait bien plus large qu’un simple changement d’écosystème : ce sont des millions de personnes, des économies entières et la stabilité climatique qui seraient menacées.
Des scénarios déjà observés en partie dans certaines zones
Les chercheurs du PIK s’appuient sur des modèles climatiques couplés à des observations satellites. Leurs projections indiquent que certaines régions de l’Amazonie, notamment dans le sud et l’est, montrent déjà des signes de dégradation avancée. Dans l’État du Pará, au Brésil, des zones autrefois couvertes de forêt dense sont aujourd’hui marquées par une végétation clairsemée, proche de celle d’une savane. « Ces zones pourraient être les premières à basculer définitivement si les conditions actuelles persistent », explique l’un des co-auteurs de l’étude.
Ces transformations ne sont pas uniformes : certaines parties de l’Amazonie pourraient résister plus longtemps, notamment grâce à des microclimats ou à une topographie particulière. Cependant, les scientifiques soulignent que le risque de basculement reste élevé même dans les zones les plus protégées, en raison de la complexité des interactions entre climat et écosystèmes.
En conclusion, l’étude du PIK rappelle que l’Amazonie n’est pas seulement une forêt en danger, mais un élément clé de la stabilité climatique mondiale. Son effondrement aurait des répercussions en cascade, bien au-delà des frontières de l’Amérique du Sud. La question n’est plus seulement écologique, mais aussi géopolitique et économique.
Une transformation en savane entraînerait une perte massive de biodiversité, une réduction drastique des précipitations en Amérique du Sud — affectant l’agriculture et les ressources en eau — et une augmentation des émissions de CO₂ en raison de la mort des arbres. Selon les scientifiques, cela accélérerait le changement climatique et perturberait les régimes de mousson en Asie et en Afrique.