Alors que les stations-service disparaissent dans de nombreuses zones rurales, certaines communes prennent les choses en main. Elles choisissent de municipaliser ces points de ravitaillement, comme le rapporte Reporterre, afin de garantir un accès à l’essence à prix abordable tout en dynamisant l’économie locale. Une solution qui répond à un enjeu de plus en plus criant dans les territoires isolés.
Ce qu'il faut retenir
- Une quinzaine d’années que les petites stations-service ont fermé dans certaines zones rurales, selon les témoignages recueillis.
- Des communes rurales rachètent et municipalisent des stations-service pour maintenir un service public de proximité.
- L’objectif est double : éviter les déserts commerciaux et proposer des prix plus accessibles aux habitants.
- Dans certaines régions, comme le Centre-Bretagne, les distances pour accéder aux services de base dépassent 12 km.
Des territoires confrontés à un désenclavement croissant
Dans ces zones rurales, les habitants doivent souvent parcourir de longues distances pour accéder aux services essentiels. « Ici, tout est à au moins 12 km : l’alimentation, la poste, le collège, le médecin, la gare… et la station-service », explique Laurence, une habitante d’une petite commune du Centre-Bretagne. La fermeture successive des stations-service a laissé ces territoires sans solution locale pour le ravitaillement en carburant, un problème qui s’aggrave depuis plus de dix ans.
Selon Reporterre, cette situation illustre un phénomène plus large : la désertification des services publics et privés dans les zones éloignées des grands centres urbains. Les élus locaux, confrontés à cette réalité, cherchent des alternatives pour éviter que ces territoires ne deviennent totalement dépendants des déplacements motorisés.
La municipalisation, une réponse pragmatique et solidaire
Face à cette problématique, plusieurs communes ont opté pour une solution radicale : racheter et gérer elles-mêmes une station-service. Cette démarche, encore minoritaire, s’inscrit dans une logique de service public et de solidarité territoriale. Les collectivités espèrent ainsi limiter la hausse des prix du carburant, souvent plus élevés dans les zones isolées en raison des coûts logistiques.
« En municipalisant une station-service, on s’assure qu’elle reste accessible à tous, y compris aux ménages les plus modestes », a expliqué un maire d’une commune concernée, cité par Reporterre. L’enjeu n’est pas seulement économique, mais aussi social : maintenir un lien entre les habitants et éviter leur isolement progressif.
Un modèle économique viable ?
Si l’idée séduit par son aspect social, sa faisabilité à long terme interroge. Les communes doivent investir dans l’achat et la gestion de ces stations, un budget qui n’est pas toujours disponible. De plus, la rentabilité d’une telle opération reste incertaine, surtout si les volumes de vente sont faibles. Pourtant, certains élus misent sur la mutualisation des coûts avec d’autres services publics ou sur des partenariats avec des acteurs locaux pour pérenniser l’activité.
D’après Reporterre, ces initiatives pourraient se multiplier si l’État ne met pas en place de mesures pour soutenir les territoires ruraux. En attendant, les communes qui ont franchi le pas montrent qu’une autre voie est possible pour préserver les services de proximité.
Une chose est sûre : la question de l’accès au carburant dans les zones rurales ne peut plus être ignorée. Entre désengagement des acteurs privés et manque de moyens des collectivités, le débat sur la pérennité des services essentiels dans ces territoires reste plus que jamais d’actualité.
Selon les données disponibles, la France a perdu près de 10 000 stations-service entre 2010 et 2020, soit une baisse de plus de 20 %. Ce phénomène s’est accéléré dans les zones rurales, où la rentabilité est souvent insuffisante pour les opérateurs privés.