Des centrales hydroélectriques sous-utilisées en Patagonie aux immenses fermes de serveurs dédiées au minage de Bitcoin au Paraguay, l’Amérique latine pourrait bientôt transformer une partie de son électricité « gaspillée » en une manne financière grâce aux cryptomonnaies. C’est ce que révèle une enquête du Journal du Coin, qui met en lumière le pari audacieux de plusieurs pays de la région pour exploiter des surplus énergétiques souvent inexploités, tout en attirant des investissements étrangers dans un secteur en pleine mutation.
Ce qu'il faut retenir
- L’Amérique latine dispose d’un potentiel de plus de 30 % d’électricité non utilisée dans certaines zones, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
- Le Paraguay mise sur le minage de Bitcoin pour valoriser l’électricité produite par son barrage d’Itaipu, le deuxième plus grand au monde.
- Des pays comme l’Argentine, le Brésil et le Chili étudient des projets similaires pour attirer des capitaux étrangers et dynamiser leurs économies locales.
- Ce modèle pourrait générer plusieurs centaines de millions de dollars par an, mais soulève des questions sur la durabilité énergétique et l’impact environnemental.
Des ressources énergétiques sous-exploitées, une opportunité pour les cryptomonnaies
En Patagonie argentine, des barrages hydroélectriques comme celui de Yacyretá, à la frontière avec le Paraguay, fonctionnent souvent à moins de 50 % de leur capacité. Cette électricité, difficile à transporter sur de longues distances ou trop coûteuse à stocker, est régulièrement « perdue ». Pourtant, pour des acteurs du minage de cryptomonnaies, ces surplus représentent une aubaine. Le Paraguay, où Itaipu produit près de 100 TWh par an, a déjà signé des accords avec des entreprises spécialisées pour utiliser une partie de cette énergie à des tarifs préférentiels, rapporte Journal du Coin. « Nous transformons une ressource inutilisée en revenus concrets », explique un porte-parole du ministère de l’Énergie paraguayen cité par le média.
Le Bitcoin comme levier de développement économique
Pour des pays comme l’Argentine, en proie à une inflation chronique et à des restrictions monétaires, le minage de Bitcoin offre une alternative. « Cela permet de capter des devises étrangères et de créer des emplois locaux », souligne un économiste de l’Université de Buenos Aires interrogé par Journal du Coin. Le Chili, qui dispose d’une électricité parmi les moins chères d’Amérique latine grâce à ses ressources solaires et éoliennes, attire déjà des fermes de serveurs. Selon les estimations, le secteur pourrait injecter jusqu’à 500 millions de dollars par an dans l’économie régionale d’ici 2028, si les projets actuels aboutissent. « C’est un cercle vertueux : on utilise l’énergie excédentaire, on crée de la valeur, et on réduit la dépendance aux importations », résume un responsable gouvernemental chilien.
Des défis majeurs à surmonter
Pourtant, ce modèle n’est pas sans risques. Les associations environnementales dénoncent l’augmentation de la consommation d’énergie fossile dans certaines régions, où les surplus hydroélectriques ne suffisent pas. « Si les gouvernements ne régulent pas strictement ces activités, on pourrait assister à une hausse des émissions de CO2 », avertit un représentant de Greenpeace Amérique latine. De plus, la volatilité du prix du Bitcoin complique la planification à long terme. « Les mineurs doivent anticiper des périodes de faible rentabilité », rappelle un expert en énergie cité par Journal du Coin. Enfin, la question de la gouvernance se pose : qui profite réellement de ces revenus ? « Les contrats signés doivent garantir une répartition équitable des bénéfices avec les populations locales », insiste un député argentin.
Ce pari énergétique illustre une tendance plus large : l’Amérique latine cherche à se positionner comme un acteur clé dans la transition numérique mondiale, tout en devant gérer des paradoxes persistants entre croissance économique et préservation des ressources naturelles.
Le Paraguay et le Chili sont les plus en avance, suivis de près par l’Argentine et le Brésil. Le Paraguay mise sur son barrage d’Itaipu, tandis que le Chili développe des projets solaires dans le désert d’Atacama pour alimenter des fermes de minage.
L’impact varie selon les régions. Dans les zones hydroélectriques, il est limité, mais dans les zones dépendantes du gaz ou du charbon, l’empreinte carbone peut augmenter significativement. Les associations appellent à un encadrement strict pour éviter une dégradation des écosystèmes locaux.