La présidente de la Fondation des femmes publie jeudi 16 avril un essai dans lequel elle aborde la question de la dénatalité sous un angle féministe, rejetant toute récupération politique réactionnaire. Son livre, qui sortira en librairie ce jour-là, propose une analyse du « paradoxe patriarcal de la reproduction », selon ses termes, interrogeant les conditions mêmes qui rendent possible ou non l’accueil d’une vie.

Ce qu'il faut retenir

  • Un essai féministe qui paraÎt le 16 avril 2026 et propose une lecture alternative de la baisse de la natalité.
  • Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, y évoque un « paradoxe patriarcal de la reproduction ».
  • L’autrice refuse toute récupération politique de la question démographique, dénonçant une instrumentalisation réactionnaire.
  • Elle décrit une forme de « grève des ventres à bas bruit », où les femmes exerceraient une forme de résistance silencieuse.
  • L’ouvrage s’inscrit dans une réflexion sur les conditions d’accueil de la vie, selon Libération.

Un livre qui sort des sentiers battus

Selon Libération, Anne-Cécile Mailfert y défend une thèse selon laquelle la baisse de la natalité ne saurait être réduite à une simple question démographique. Dans son ouvrage, elle met en lumière ce qu’elle qualifie de « paradoxe patriarcal de la reproduction » : un système qui, d’un côté, pousse les femmes à avoir des enfants tout en leur refusant les moyens de les élever dans des conditions dignes. Ce paradoxe serait au cœur des mécanismes de la dénatalité actuelle, explique-t-elle.

L’autrice, qui dirige depuis plusieurs années la Fondation des femmes, un organisme engagé pour l’égalité et contre les violences faites aux femmes, y voit moins un déclin naturel qu’un choix contraint. « En faisant moins d’enfants, les femmes font une grève des ventres à bas bruit », déclare-t-elle dans les colonnes du quotidien. Une formule qui résume sa thèse : la baisse de la natalité serait une réponse indirecte aux inégalités persistantes, notamment en matière de charge mentale et de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.

Une critique des récupérations politiques

Le livre intervient dans un contexte où la question démographique est régulièrement instrumentalisées par certains courants politiques, souvent pour promouvoir des discours conservateurs ou réactionnaires. Anne-Cécile Mailfert rejette cette approche, soulignant que la baisse de la natalité n’est pas un phénomène subi passivement, mais bien le résultat de dynamiques sociales et économiques. Elle rappelle que les femmes, en France comme ailleurs, subissent depuis des décennies des pressions contradictoires : être à la fois mères dévouées et actrices professionnelles accomplies.

« Il ne s’agit pas d’une panique démographique à proprement parler », précise-t-elle. « Ce qui est en jeu, c’est la capacité de notre société à offrir un environnement où la parentalité n’est plus un parcours du combattant. » Son essai s’inscrit donc en faux contre les discours alarmistes, tout en proposant une lecture féministe des mécanismes à l’œuvre. Selon elle, la solution ne passe pas par un retour en arrière, mais par une refonte des politiques publiques en matière de garde d’enfants, de congés parentaux ou encore de partage des tâches domestiques.

Un essai qui s’appuie sur des réalités tangibles

L’ouvrage d’Anne-Cécile Mailfert s’appuie sur des données et des observations concrètes, tant en France qu’à l’international. Il rappelle par exemple que le taux de fécondité en France, bien qu’encore supérieur à la moyenne européenne, est en baisse constante depuis plus de dix ans. En 2025, l’Insee enregistrait un taux de 1,78 enfant par femme, un niveau qui interroge les spécialistes.

L’autrice y voit la manifestation d’un malaise plus profond : celui d’une société qui, malgré ses progrès, peine à offrir aux femmes les conditions matérielles et symboliques pour concilier maternité et émancipation. « Le problème n’est pas que les femmes ne veulent plus d’enfants, mais qu’elles ne peuvent plus se permettre d’en avoir dans les conditions actuelles », résume-t-elle. Son livre se veut donc un appel à repenser en profondeur les modèles de société, pour éviter que la baisse de la natalité ne soit interprétée comme un échec des femmes, alors qu’elle reflète plutôt les dysfonctionnements d’un système.

Et maintenant ?

La sortie de cet essai pourrait relancer le débat sur la politique familiale en France, à quelques mois des prochaines échéances électorales. Plusieurs associations féministes ont déjà annoncé qu’elles s’empareraient de ces thèses pour plaider en faveur de mesures concrètes, comme l’allongement du congé paternité ou la gratuité des crèches. Reste à voir si les pouvoirs publics y répondront, ou si le sujet restera cantonné au débat d’idées.

En attendant, Anne-Cécile Mailfert espère que son livre contribuera à sortir la question démographique des clivages politiques traditionnels. Pour elle, il s’agit moins de savoir combien d’enfants naîtront demain, que de comprendre dans quelles conditions ils pourront grandir. Une réflexion qui, si elle est entendue, pourrait bien changer la donne.