Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a entamé ce mardi 16 juin 2026 une visite en Haïti, marquant son deuxième déplacement dans ce pays des Caraïbes en proie à une crise multidimensionnelle. Selon RFI, cette visite s’inscrit dans le cadre d’une « mission de solidarité » auprès des populations victimes de l’insécurité chronique et des violences perpétrées par les gangs armés.

L’arrivée de Guterres coïncide avec un contexte particulièrement préoccupant pour Haïti. Le pays fait face, depuis plusieurs années, à une dégradation sans précédent de sa situation sécuritaire, politique et humanitaire. Les gangs, qui contrôlent une grande partie de la capitale, Port-au-Prince, et d’autres régions, y multiplient les exactions, les enlèvements contre rançon et les affrontements meurtriers. Ces violences ont plongé des millions de Haïtiens dans une précarité extrême, avec des conséquences dramatiques sur l’accès aux soins, à l’alimentation et à l’éducation.

Ce qu'il faut retenir

  • António Guterres, secrétaire général de l’ONU, est en visite officielle en Haïti ce mardi 16 juin 2026, selon RFI.
  • Il s’agit de son deuxième déplacement dans le pays, après une première visite en 2024.
  • Cette mission vise à exprimer la solidarité de l’ONU envers les victimes des violences des gangs.
  • Haïti traverse une crise sécuritaire, politique et humanitaire depuis plusieurs années.
  • Les gangs armés contrôlent une partie importante du territoire, notamment Port-au-Prince.

Une crise sécuritaire qui s’aggrave

La situation en Haïti s’est fortement détériorée ces dernières années, avec une augmentation exponentielle des violences commises par les groupes armés. Selon les dernières estimations, plus de 80 % de la capitale, Port-au-Prince, serait sous l’influence ou le contrôle de gangs, dont certains agissent en totale impunité. Ces groupes, souvent liés à des réseaux criminels internationaux, financent leurs activités par le trafic d’armes, le kidnapping et l’extorsion, aggravant la misère de la population.

Les chiffres officiels indiquent une hausse de 30 % des homicides en 2025 par rapport à l’année précédente, tandis que les déplacements internes de populations ont atteint des niveaux records. Près de 300 000 personnes ont été forcées de quitter leur domicile en raison des violences, selon les données de l’ONU. Autant dire que la stabilité du pays reste extrêmement fragile, malgré les tentatives de médiation internationale.

Un contexte politique et humanitaire en ébullition

Sur le plan politique, Haïti peine à rétablir un gouvernement fonctionnel depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Le pays est dirigé par un conseil présidentiel de transition, mais les divisions politiques et les luttes de pouvoir freinent toute avancée vers des élections crédibles. La communauté internationale, dont l’ONU, appelle à une relance urgente du processus électoral pour sortir de l’impasse institutionnelle.

Côté humanitaire, la situation est tout aussi alarmante. Plus de 5,5 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, ont besoin d’une assistance d’urgence, selon les Nations unies. La malnutrition aiguë touche particulièrement les enfants, tandis que les services publics, comme les hôpitaux et les écoles, sont régulièrement la cible d’attaques ou de pillages. L’accès à l’eau potable et à l’électricité reste limité dans de nombreuses zones, aggravant les risques sanitaires.

« Cette visite est une occasion de réaffirmer le soutien de l’ONU aux Haïtiens et de plaider pour une réponse internationale coordonnée face à cette crise sans précédent. »
— António Guterres, secrétaire général de l’ONU

Quels objectifs pour cette visite ?

D’après RFI, António Guterres doit rencontrer plusieurs acteurs locaux, dont des responsables gouvernementaux, des représentants de la société civile et des victimes des violences. L’objectif affiché est de montrer la solidarité de l’ONU, mais aussi d’évaluer les besoins immédiats des populations les plus touchées. Une attention particulière sera portée aux zones les plus affectées par les violences, comme Cité Soleil ou Martissant, où les gangs imposent un climat de terreur.

La visite du secrétaire général s’inscrit également dans le cadre des efforts internationaux pour relancer une mission de soutien à la police haïtienne. Le pays manque cruellement de forces de l’ordre capables de faire face à la menace des gangs, malgré l’envoi récent d’une mission multinationale, la MSS (Mission multinationale de soutien à la sécurité), autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2023. Cependant, les retards dans son déploiement et son financement limitent son efficacité pour l’instant.

Et maintenant ?

La visite d’António Guterres pourrait servir de catalyseur pour une mobilisation accrue de la communauté internationale. Les observateurs s’attendent à ce que le secrétaire général appelle à un renforcement des moyens alloués à la MSS et à une accélération des réformes politiques en Haïti. Une conférence des donateurs est d’ailleurs prévue en juillet 2026 à New York, où le sort du pays devrait être au cœur des discussions. Reste à voir si les engagements pris se traduiront par des actions concrètes sur le terrain.

En attendant, la population haïtienne continue de subir au quotidien les conséquences d’une crise qui s’éternise. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si cette visite de solidarité peut déboucher sur des avancées tangibles, ou si elle restera, une fois de plus, un simple symbole.

La MSS, autorisée par l’ONU en octobre 2023, a pour mission d’appuyer la police haïtienne dans la lutte contre les gangs. Elle est composée de forces policières issues de plusieurs pays, principalement des Caraïbes, et vise à rétablir la sécurité dans les zones les plus affectées par la violence. Cependant, son déploiement et son financement ont été ralentis par des retards logistiques et politiques.