Le président argentin Javier Milei a détaillé dans une tribune publiée par le Financial Times son projet visant à transformer l’Argentine en un « paradis de l’intelligence artificielle », en s’appuyant sur une fiscalité minimale et l’absence de régulation de cette technologie. Selon le Monde, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de libéralisation économique portée par le dirigeant libertarien depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2023.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet de Javier Milei repose sur une fiscalité limitée et l’absence de régulation pour les entreprises utilisant l’IA comme dirigeant.
- L’objectif affiché est de faire de l’Argentine un « paradis de l’intelligence artificielle », en attirant des acteurs internationaux grâce à des conditions avantageuses.
- Cette approche s’inscrit dans la continuité des réformes économiques libérales engagées par le gouvernement depuis fin 2023.
- Le président Milei a publié sa tribune dans le Financial Times, un média influent dans les cercles économiques internationaux.
Une stratégie économique basée sur la dérégulation et la fiscalité attractive
Dans sa tribune, Javier Milei présente son projet comme une réponse aux contraintes réglementaires pesant sur l’innovation technologique. « Nous allons libérer l’intelligence artificielle en supprimant les barrières bureaucratiques et en offrant un environnement fiscal compétitif », a-t-il déclaré. Selon lui, cette politique permettrait d’attirer des entreprises dites « non humaines », c’est-à-dire dirigées par des systèmes d’IA, en leur garantissant un cadre juridique stable et des charges fiscales allégées. — Autant dire que le gouvernement mise sur une attractivité inédite pour dynamiser l’économie locale.
Ce projet s’appuie sur une philosophie économique ultralibérale, déjà appliquée dans d’autres secteurs depuis l’arrivée de Milei à la Casa Rosada. Le président argentin a multiplié les mesures en faveur des entreprises, comme la réduction des impôts sur les bénéfices ou la simplification des procédures administratives. Pour les défenseurs de cette approche, cette stratégie pourrait positionner Buenos Aires comme un hub technologique en Amérique latine, en concurrence directe avec des places comme São Paulo ou Mexico.
Un pari risqué sur l’avenir de l’IA et de l’emploi
Cependant, cette initiative soulève des questions quant à ses conséquences sociales et économiques. Plusieurs économistes interrogés par le Monde s’interrogent sur la viabilité à long terme d’un modèle basé sur une fiscalité quasi inexistante pour les entreprises technologiques. « Le risque est de créer une bulle spéculative autour de l’IA, sans garantie de retombées concrètes pour la population », a souligné un professeur d’économie à l’université de Buenos Aires, sous couvert d’anonymat. — Bref, le pari de Milei pourrait se révéler gagnant… ou profondément déséquilibré.
Un autre point de tension concerne l’impact sur l’emploi. Si l’objectif est d’attirer des entreprises dirigées par des IA, cela pourrait entraîner une réduction des postes traditionnels, notamment dans les services administratifs ou la gestion. Le gouvernement n’a pas encore précisé de mesures d’accompagnement pour les travailleurs concernés, ce qui alimente les craintes d’une précarisation accrue dans un pays déjà marqué par un chômage structurel élevé.
Un contexte régional marqué par la course à l’IA
Cette annonce intervient dans un contexte où plusieurs pays d’Amérique latine tentent de se positionner comme des acteurs clés de l’économie numérique. Le Brésil et le Mexique ont déjà mis en place des incitations fiscales pour les start-up technologiques, tandis que le Chili mise sur des infrastructures dédiées à l’innovation. Pour Javier Milei, l’enjeu est double : attirer des capitaux étrangers tout en renforçant l’autonomie technologique de l’Argentine, un objectif ambitieux dans une région souvent perçue comme en retard sur ces questions.
Si le pari réussit, Buenos Aires pourrait devenir un laboratoire unique pour l’IA « sans frontières », où les entreprises seraient libres de tester des modèles innovants sans contraintes. En revanche, un échec pourrait accentuer les déséquilibres économiques du pays, déjà fragilisé par des décennies de crises successives. — Autant dire que l’expérience Milei en la matière sera scrutée de près par les observateurs du monde entier.
Quelles réactions en Argentine et à l’international ?
Sur la scène nationale, les réactions sont contrastées. Les milieux d’affaires saluent une initiative audacieuse, tandis que les syndicats et une partie de la société civile expriment des craintes quant aux conséquences sociales. À l’étranger, certains experts y voient une opportunité de repenser la régulation de l’IA, tandis que d’autres y perçoivent un dangereux précédent, où la course à l’innovation primerait sur la protection des travailleurs et des citoyens.
D’après le Monde, le président argentin n’a pas encore dévoilé de calendrier précis, mais il a évoqué une réforme fiscale visant à exonérer partiellement les entreprises dirigées par l’IA des impôts sur les bénéfices. Une task force dédiée à l’attractivité de ces entreprises devrait également être créée d’ici la fin de l’année 2026.