Selon Euronews FR, l’Arménie est la cible depuis plusieurs mois d’une campagne de désinformation massive d’origine russe en amont des élections législatives prévues le 7 juin 2026. Cette opération, qualifiée d’une des plus importantes des dernières années par des chercheurs, s’inscrit dans le cadre d’une stratégie pro-Kremlin visant à déstabiliser le gouvernement arménien en place.

Ce qu'il faut retenir

  • Une campagne de désinformation pro-russe a ciblé l’Arménie depuis début mars 2026, selon des chercheurs.
  • 343 vidéos truquées ont été diffusées début mai, faisant de cette opération l’une des plus vastes depuis plusieurs années.
  • Le récit central de cette campagne affirme qu’une victoire du Premier ministre Nikol Pachinian pourrait déclencher un conflit entre l’Arménie et la Russie.
  • Deux opérations distinctes, « Matriochka » et « Storm-1516 », sont à l’œuvre pour discréditer le gouvernement arménien et ses soutiens européens.
  • Le 11 mai 2026, une fausse vidéo accusait le porte-parole de Pachinian de préparer un conflit militaire avec la Russie après les élections.

Une opération d’influence massive ciblant les élections arméniennes

Selon les analyses publiées par Euronews FR, cette campagne de désinformation s’articule autour de deux axes principaux. D’une part, des vidéos truquées, souvent générées à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, sont diffusées massivement sur les réseaux sociaux. D’autre part, des réseaux de bots relayent des fausses informations visant à discréditer le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, et ses alliés européens.

Parmi les 343 vidéos fabriquées identifiées début mai, un récit récurrent se dégage : une victoire de Pachinian, dont la campagne électorale est résolument pro-européenne, entraînerait inévitablement un conflit armé entre l’Arménie et la Russie. Ce scénario, entièrement infondé, est présenté comme une certitude par les auteurs de ces contenus.

Des allégations infondées et des méthodes en constante évolution

Le collectif Antibot4Navalny, spécialisé dans l’étude des réseaux de bots, a identifié plus d’une dizaine de fausses vidéos mettant en scène Pachinian aux côtés du président français Emmanuel Macron. Ces vidéos propagent une théorie du complot selon laquelle les deux dirigeants auraient conclu un « accord secret » : un soutien français lors du scrutin en échange d’un engagement arménien à déclencher une guerre contre la Russie en cas de victoire électorale.

Le 11 mai 2026, une vidéo particulièrement virale affirmait, sans preuve, que le porte-parole de Pachinian avait reconnu la présence d’instructeurs de l’OTAN en Arménie et promis de « provoquer un conflit militaire avec la Russie » après les législatives. Aucune de ces allégations n’a été étayée par des éléments concrets, et les chercheurs soulignent que les chiffres de visionnage de ces contenus ont été artificiellement gonflés.

Un contexte géopolitique tendu entre l’Arménie et la Russie

Cette campagne de désinformation s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre Erevan et Moscou. Le 26 mars 2025, le Parlement arménien a voté en faveur de l’ouverture d’un processus d’adhésion à l’Union européenne, une décision soutenue par le parti Contrat civil de Pachinian. Ce rapprochement avec Bruxelles a été salué lors du premier sommet UE-Arménie, organisé début mai 2026, en présence de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, du président du Conseil européen António Costa et du président français Emmanuel Macron.

Lors de ce sommet, Pachinian a déclaré que l’Arménie entrait « dans une nouvelle période de paix et de consolidation d’un régime démocratique », ajoutant que cette dynamique favorisait le développement des relations bilatérales avec l’UE. Une déclaration qui a visiblement irrité le Kremlin, d’autant que Pachinian a souligné « l’importance de renforcer les liens entre l’Arménie et l’Union européenne » comme garantie de stabilité régionale.

Les avertissements de Vladimir Poutine et les accusations russes

Quelques jours après ce sommet, le président russe Vladimir Poutine a directement lié la situation arménienne à celle de l’Ukraine lors d’une conférence de presse donnée à Moscou pour le Jour de la Victoire. Il a mis en garde Erevan contre les conséquences d’un rapprochement avec l’UE, déclarant : « Nous ressentons tous aujourd’hui les conséquences de la situation en Ukraine. Comment tout cela a-t-il commencé ? Par l’adhésion de l’Ukraine, ou plutôt sa tentative d’adhésion, à l’UE. C’était la première étape, la toute première. »

Ces propos s’ajoutent aux accusations répétées de Moscou concernant une prétendue ingérence européenne dans le processus électoral arménien. Dès janvier 2026, la Russie affirmait que l’UE poussait le gouvernement arménien à truquer les élections. Le 20 janvier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait même qualifié le soutien financier promis à l’Arménie par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, d’« aveu sincère » de culpabilité de la part de Bruxelles.

Deux opérations distinctes pour déstabiliser l’Arménie : « Matriochka » et « Storm-1516 »

Selon les chercheurs du laboratoire Media Forensics de l’université Clemson (Caroline du Sud), deux campagnes de désinformation d’origine russe sont actuellement actives en Arménie. La première, baptisée « Matriochka », utilise massivement l’intelligence artificielle pour produire des vidéos truquées. La seconde, « Storm-1516 », est décrite par le service de renseignement extérieur allemand (BND) et l’agence française Viginum comme un réseau de manipulation de l’information visant à saper les institutions démocratiques arméniennes.

D’après Ella Murray, analyste en influence numérique à Clemson, les méthodes de Storm-1516 évoluent constamment. « Ils ont élargi leur réseau d’influenceurs et de faux bots, tout en créant des comptes se faisant passer pour des utilisateurs locaux », explique-t-elle. L’objectif affiché de ces campagnes est clair : discréditer les candidats pro-occidentaux et réaffirmer l’influence russe dans la région, comme cela a été observé lors des élections en Moldavie en 2025 ou en Hongrie.

Et maintenant ?

Les élections législatives arméniennes, prévues le 7 juin 2026, s’annoncent donc sous haute tension, avec un risque accru de désinformation et de manipulation de l’opinion publique. Les autorités arméniennes, soutenues par des experts européens, multiplient les mises en garde contre ces campagnes d’ingérence. Reste à voir si ces efforts suffiront à contrer l’influence des réseaux pro-russes, alors que le Kremlin continue de brandir la menace d’un scénario à l’ukrainienne pour dissuader Erevan de poursuivre son rapprochement avec l’UE.

L’enjeu dépasse le cadre arménien : cette stratégie de déstabilisation pourrait s’étendre à d’autres pays du partenariat oriental de l’UE, où la Russie cherche à préserver son influence par tous les moyens. Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour évaluer la résilience des institutions arméniennes face à cette offensive informationnelle.

Moscou cherche à empêcher le gouvernement arménien, dirigé par Nikol Pachinian, de poursuivre son rapprochement avec l’Union européenne. En sapant sa crédibilité et en alimentant la peur d’un conflit avec la Russie, le Kremlin espère influencer le résultat des élections en faveur de forces plus alignées sur ses intérêts. Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de maintien de son influence dans l’espace postsoviétique.