Un projet culturel et social innovant émerge à Lisbonne pour répondre à un besoin encore trop rarement comblé : offrir aux enfants malvoyants l’accès à la lecture et aux histoires, deux éléments essentiels à leur développement. Selon Euronews FR, l’initiative « Palavras que Abraçam » (« Des mots qui réconfortent ») repose sur une série de vidéos où des volontaires lisent à voix haute des contes, rendant ainsi la littérature accessible à tous, où que l’on se trouve.

Ce qu'il faut retenir

  • Un partenariat entre l’association Bengala Mágica et la bibliothèque municipale d’Alcântara à Lisbonne a permis de lancer le projet « Palavras que Abraçam ».
  • La collection compte aujourd’hui 115 vidéos enregistrées par 61 bénévoles, dont 15 ont déjà été publiées sur YouTube.
  • Au Portugal, l’offre de livres en braille ou adaptés aux enfants malvoyants reste très limitée, malgré l’existence de quelques structures comme le Centre Prof. Albuquerque e Castro à Porto.
  • Le projet, initialement destiné aux enfants aveugles, s’élargit désormais aux enfants sourds-muets grâce à un partenariat avec l’Association portugaise des sourds.
  • Toute personne peut participer, soit en se rendant à la Bibliothèque municipale José Dias Coelho d’Alcântara, soit en s’inscrivant en ligne.

Une initiative née d’un besoin familial et d’une ambition collective

Le projet « Palavras que Abraçam » trouve son origine dans une histoire personnelle et une volonté de justice sociale. Lorsque le fils de Dídia Lourenço, Pedro, perd la vue à l’âge de six mois, sa mère décide de fonder, aux côtés d’autres parents, l’association Bengala Mágica. Cette structure a pour mission d’accompagner les enfants et adolescents malvoyants dans leur quotidien, en leur garantissant notamment un accès à la lecture, un droit fondamental pour tout enfant. « Depuis tout petit, je réclame des histoires. Dès que j’ai commencé à parler, je demandais toujours une histoire à ma mère, et elle se devait de me la lire », raconte Pedro, aujourd’hui âgé de dix ans et scolarisé en CM2.

Face à l’absence criante de livres adaptés aux enfants malvoyants au Portugal, Dídia Lourenço a rapidement mesuré l’ampleur du problème. Elle explique à Euronews FR que les ouvrages en braille ou conçus spécifiquement pour ce public sont rares : « Je les connais tous par cœur ». La majorité des versions en braille disponibles sont produites par le Centre Prof. Albuquerque e Castro, situé à Porto et rattaché à la Santa Casa da Misericórdia, avant d’être distribuées dans tout le pays. Les livres audio, bien que plus accessibles ces dernières années, restent également en quantité insuffisante.

L’illustration haptique et la lecture comme outils d’inclusion

Au-delà du braille, l’illustration haptique — une technique permettant de « voir » les images par le toucher — commence à se développer dans certains pays comme la France, mais elle reste encore peu répandue au Portugal. « Ma première frustration a été de me rendre dans de grandes librairies pour acheter des livres à prix abordable et de ne rien trouver », confie Dídia Lourenço. « Tous les jeunes enfants ont accès aux mots dès leur naissance. J’ai compris que mon fils devait lui aussi avoir ce droit, à travers ses propres écrits. » C’est cette conviction qui l’a poussée à s’engager activement pour briser les barrières de l’exclusion culturelle.

L’écrivaine Maria Saraiva de Menezes a rejoint le projet en tant que marraine et mentore. Son inspiration lui est venue après la lecture du roman « Miséricorde » de Lídia Jorge, dans lequel une narratrice évoque l’attente d’un bénévole lisant des histoires à des personnes âgées hospitalisées. « Tout a commencé avec cette histoire », explique-t-elle. « J’ai voulu offrir la même expérience aux enfants malvoyants. » Outre les lectures en présentiel organisées à la Fondation Lar de Cegos, elle a lancé ce projet de vidéos, où des bénévoles interprètent des nouvelles et des contes. Parmi les œuvres choisies, Pedro, le fils de Dídia Lourenço, a une préférence marquée pour « Le singe à la queue coupée » d’António Torrado, lue par la coordinatrice de la bibliothèque, Ana Gomes dos Santos.

Une dynamique inclusive qui s’étend au-delà des frontières

Le succès du projet « Palavras que Abraçam » dépasse désormais les murs de Lisbonne. À ce jour, 61 bénévoles se sont portés volontaires pour enregistrer des vidéos, portant le nombre total de lectures réalisées à 115. Parmi elles, 15 ont déjà été publiées sur les chaînes YouTube des Bibliothèques de Lisbonne et de Bengala Mágica. « C’est une réussite, car des histoires sont enregistrées chaque jour, la collection s’enrichit constamment et c’est une activité inclusive », se félicite Maria Saraiva de Menezes. « Elle s’adresse à tous les enfants, dans le monde lusophone, partout dans le monde. Dans n’importe quel pays, on peut écouter ces histoires. »

L’engouement autour du projet ne se limite pas aux frontières du Portugal. Son approche, simple et efficace, pourrait inspirer d’autres pays confrontés aux mêmes défis en matière d’accessibilité culturelle. Pour Maria Saraiva de Menezes, l’énergie qui émane de ce projet est contagieuse : « Des personnes qui n’auraient jamais imaginé participer nous remercient de leur offrir cette opportunité, alors que c’est nous qui devrions leur être reconnaissants. Ils donnent de leur temps, de leur disponibilité, de leur voix et de leur amour, car c’est là l’essence même de la lecture d’histoires. »

Vers une inclusion toujours plus large : le projet s’ouvre aux enfants sourds-muets

Encouragée par l’accueil réservé à son initiative, l’équipe de « Palavras que Abraçam » envisage désormais d’étendre son action aux enfants sourds-muets. Un nouveau partenariat a été établi avec l’Association portugaise des sourds afin de constituer un vivier de bénévoles maîtrisant la langue des signes portugaise. Ana Gomes dos Santos, coordinatrice de la bibliothèque, souligne la portée universelle du projet : « Le projet devient de plus en plus inclusif. Il n’est pas réservé aux personnes aveugles ou malvoyantes, mais à tous les enfants et, pourquoi pas, à tous les adultes qui aiment écouter des histoires. »

Cette volonté d’inclusion reflète une tendance croissante dans le domaine de l’accessibilité, où les initiatives culturelles cherchent à toucher des publics toujours plus larges. La lecture et le conte, qu’ils soient oraux ou signés, deviennent ainsi des outils puissants pour lutter contre l’isolement et favoriser l’épanouissement de chacun.

Et maintenant ?

La collecte de nouvelles histoires devrait se poursuivre dans les mois à venir, avec l’objectif d’atteindre plusieurs centaines de vidéos disponibles en ligne. Une campagne de sensibilisation est également prévue pour encourager davantage de bénévoles à rejoindre le projet, qu’ils soient locuteurs natifs ou non du portugais. Une date clé à retenir : la publication d’un premier bilan officiel est attendue pour la fin de l’année 2026, qui permettra d’évaluer l’impact réel de cette initiative sur les enfants bénéficiaires et d’envisager des partenariats supplémentaires avec d’autres associations ou institutions culturelles.

Pour participer, il suffit de s’inscrire en ligne ou de se rendre à la Bibliothèque municipale José Dias Coelho d’Alcântara, située dans le quartier d’Alcântara à Lisbonne. Ce projet, né d’un besoin individuel, illustre comment une idée simple peut se transformer en une véritable dynamique collective, capable de changer le quotidien de milliers d’enfants à travers le monde.

Toute personne souhaitant contribuer peut s’inscrire en ligne ou se rendre directement à la Bibliothèque municipale José Dias Coelho d’Alcântara à Lisbonne. Il suffit de choisir une histoire parmi celles proposées et de l’enregistrer en vidéo, avant de la transmettre aux organisateurs. Le projet accueille aussi bien les locuteurs natifs que ceux qui maîtrisent d’autres langues, tant que les histoires sont enregistrées en portugais.

Oui, bien que limitées, quelques structures proposent des livres en braille ou des adaptations pour enfants malvoyants. Le Centre Prof. Albuquerque e Castro, basé à Porto et rattaché à la Santa Casa da Misericórdia, est l’une des principales sources de production et de distribution d’ouvrages en braille au Portugal. Cependant, l’offre reste insuffisante face à la demande.