Les organisateurs de plusieurs Marches des fiertés américaines ont vu leurs financements s’effriter ces derniers mois, au point de menacer l’organisation de certains événements en 2026. « Nous nous doutions que les entreprises allaient abandonner la Pride, mais ça fait quand même mal », a déclaré Sara Pequeño, chroniqueuse au quotidien USA Today, selon Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- La Tucson Pride, en Arizona, a été contrainte de se dissoudre en janvier 2026 après l’annulation de tous ses événements pour cette année.
- À Tampa (Floride), la ville a annoncé une pause d’un an en raison de l’arrêt des parrainages privés.
- Les organisateurs de la Pride de Pittsburgh (Pennsylvanie) estiment ne recevoir que 30 à 40 % des fonds perçus auparavant.
- Seule la Marche des fiertés de New York a été maintenue pour l’instant, malgré les difficultés financières.
- Les sponsors, sous pression politique et économique, réduisent leurs engagements envers les événements LGBTQI+.
Cette situation reflète une tendance plus large aux États-Unis, où les associations organisatrices de Marches des fiertés peinent à trouver des financements stables. Selon Prism, une association à but non lucratif, Tucson Pride a dû se dissoudre en janvier 2026 après avoir annulé tous ses événements prévus pour 2026. « En quelques mois, nous sommes passés de zéro à tout perdre », a expliqué un porte-parole de Prism, citant l’arrêt des subventions publiques et privées. La dissolution de l’association a été officialisée, mettant fin à plusieurs décennies d’activisme local.
En Floride, la situation est tout aussi préoccupante. La ville de Tampa a annoncé en mai 2026 une pause d’un an pour sa Pride, faute de parrainages suffisants. Carrie West, qui supervise habituellement l’organisation de l’événement, a confié à la National Public Radio (NPR) : « Tout à coup, vlan ! On se retrouve sans argent, sans subventions, sans aide financière pour assurer notre fonctionnement, pour planifier ». Elle a souligné que les entreprises locales, souvent ciblées par des campagnes de boycott, préfèrent désormais éviter tout lien avec les événements LGBTQI+.
À Pittsburgh (Pennsylvanie), les organisateurs estiment que leurs recettes issues des sponsors ne représenteront que 30 à 40 % de ce qu’ils touchaient il y a quelques années. Dena Stanley, directrice de la Pittsburgh Pride, a expliqué que l’organisation d’une Marche des fiertés représente un coût logistique important : location d’espaces, sécurité, communication, animation. « Sans ces fonds, nous ne pouvons tout simplement pas garantir un événement à la hauteur des attentes », a-t-elle déclaré. Selon elle, la réduction des budgets privés est directement liée à un contexte politique national de plus en plus hostile envers les droits LGBTQI+.
Pourtant, certaines Marches des fiertés résistent. À New York, la Pride 2026 est maintenue, malgré les incertitudes financières. Les organisateurs ont indiqué avoir sécurisé des partenariats publics et des dons de particuliers, mais reconnaissent que la situation reste fragile. « Nous bénéficions encore d’un soutien historique, mais nous surveillons de près l’évolution des sponsors », a précisé un membre de l’équipe, sous couvert d’anonymat. Cette exception new-yorkaise s’explique en partie par la taille de l’événement, qui attire des millions de participants et bénéficie d’une visibilité internationale, mais aussi par une mobilisation accrue des associations locales.
Cette crise financière intervient dans un contexte politique déjà tendu aux États-Unis. Plusieurs États, notamment en Floride et au Texas, ont adopté ces dernières années des lois restrictives envers les droits LGBTQI+, comme l’interdiction des soins de réattribution sexuelle pour les mineurs ou les restrictions d’affichage des drapeaux arc-en-ciel dans les écoles. Les entreprises, de leur côté, sont prises entre deux feux : d’un côté, des associations LGBTQI+ les exhortent à maintenir leur engagement, de l’autre, des groupes conservateurs menacent de boycotter les marques perçues comme « trop progressistes ».
Pour les organisateurs de Marches des fiertés, la question dépasse désormais le simple cadre financier. « Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est une question de visibilité et de sécurité », a souligné Carrie West. Sans sponsors, certains événements pourraient réduire leur ampleur, voire disparaître, privant des milliers de personnes d’un espace de célébration et de revendication. À l’inverse, une résistance accrue pourrait renforcer la solidarité au sein de la communauté LGBTQI+ et auprès de ses alliés.
Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. D’abord, un contexte politique national de plus en plus hostile aux droits LGBTQI+, qui pousse certaines entreprises à éviter les associations perçues comme « controversées ». Ensuite, des campagnes de boycott menées par des groupes conservateurs, qui ciblent les marques soutenant les événements LGBTQI+. Enfin, une logique économique classique : les sponsors privilégient souvent les partenariats « sûrs », surtout dans un climat économique incertain.
Les organisateurs misent sur plusieurs leviers : des campagnes de crowdfunding pour mobiliser le public, des partenariats avec des fondations engagées dans les droits humains, et une diversification des activités (ventes de merchandising, animations payantes). Certaines villes explorent aussi des financements publics locaux, bien que ces budgets soient souvent insuffisants. La recherche de sponsors internationaux, moins exposés aux pressions locales, est également une piste.