Depuis le coup d’État militaire de 2014, les autorités thaïlandaises mènent une politique de réorganisation urbaine visant à éradiquer la street food des rues de Bangkok. Baptisée « rendre les trottoirs aux piétons », cette campagne s’est intensifiée en 2017 avec l’annonce d’une interdiction totale des vendeurs ambulants dans les 50 districts de la capitale, comme le rapporte Le Figaro. L’objectif affiché : dégager les axes les plus fréquentés et améliorer la circulation piétonne dans cette mégapole de plus de dix millions d’habitants.

Selon les chiffres officiels, près de 10 000 stands ont disparu depuis 2022, soit une baisse de plus de 60 % du nombre de vendeurs ambulants dans les rues de Bangkok, d’après l’administration métropolitaine de la ville. Cette mesure s’inscrit dans un contexte de forte affluence touristique : en 2025, la Thaïlande a accueilli près de 33 millions de visiteurs internationaux, dont 30,3 millions ont transité par Bangkok. Les quartiers centraux et prisés des touristes, comme Chinatown ou le parc Lumphini, sont particulièrement ciblés par ces restrictions.

Ce qu’il faut retenir

  • 60 % de vendeurs en moins depuis 2022, soit 10 000 stands disparus dans les rues de Bangkok.
  • Une politique lancée en 2017 sous le nom « rendre les trottoirs aux piétons », renforcée après le coup d’État de 2014.
  • 30,3 millions de touristes ont transité par Bangkok en 2025, selon le ministère du Tourisme et des Sports.
  • Les vendeurs jugés « trop envahissants » sont désormais considérés comme illégaux et exposés à des amendes ou à la confiscation de leur matériel.
  • Une transition vers des espaces dédiés, inspirés du modèle singapourien, est encouragée par les autorités.

Une street food emblématique menacée par l’ordre urbain

Dans les rues de Bangkok, l’odeur de l’ail, du piment ou de la viande grillée faisait jusqu’ici partie du paysage quotidien. Pourtant, cette street food, symbole de l’âme de la capitale thaïlandaise, est aujourd’hui fragilisée par une politique municipale déterminée à discipliner l’espace public. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité de dégager les trottoirs et d’améliorer la fluidité des déplacements dans une ville en surchauffe. « Les stands jugés trop envahissants ou gênant le passage sont désormais considérés comme illégaux », explique Le Figaro.

Cette politique touche particulièrement les vendeurs de gâteaux de riz gluant frits ou de nouilles, comme Looknam Sinwirakit, déjà verbalisée pour obstruction de la voie. « Je suis inquiète car nous sommes ici illégalement. Mais si on nous demande de partir, nous n’aurons pas le choix », a-t-elle confié au quotidien français. Pour beaucoup, la perte de leur licence signifie l’abandon pur et simple d’une activité transmise de génération en génération.

Des vendeurs contraints à l’exil ou à la reconversion

Face aux pressions, les autorités thaïlandaises poussent les vendeurs à se relocaliser dans des espaces dédiés, à l’image des marchés aménagés ou des centres inspirés du modèle singapourien. Certains y ont déjà trouvé leur place, moyennant un loyer quotidien et un accès garanti à l’eau et à l’électricité. C’est le cas de Panissara Piyasomroj, vendeuse de nouilles, pour qui cette transition a « revalorisé » son métier. « C’est devenu plus propre et plus professionnel », a-t-elle souligné.

Cependant, tous ne s’y retrouvent pas. Beaucoup ont jeté l’éponge, faute de rentabilité ou face à un cadre réglementaire plus strict. Wong Jaidee, vendeur de durians depuis une vingtaine d’années, résume son désarroi : « Je n’ai pas de plan B. Bangkok est une ville chère et nous pourrions ne pas y faire face. » Son témoignage illustre les difficultés rencontrées par une profession souvent précaire, désormais contrainte de s’adapter à un modèle plus formel et coûteux.

Entre préservation culturelle et modernisation, le débat reste ouvert

Pour les habitants comme pour les touristes, la street food de Bangkok représente bien plus qu’un simple commerce de rue. Elle incarne une culture spontanée et conviviale, où se mêlent saveurs locales et échanges humains. « Ce serait triste s’ils disparaissaient. Ça fait partie de la culture », a confié un touriste au Figaro. Pourtant, la priorité donnée à l’ordre urbain et à la fluidité des déplacements semble prendre le pas sur cette dimension immatérielle.

Les autorités thaïlandaises, elles, défendent une vision pragmatique. En déplaçant les stands vers des espaces dédiés, elles espèrent à la fois améliorer l’hygiène, réduire les conflits d’usage et valoriser l’image de la ville auprès des visiteurs. Reste à savoir si cette transition parviendra à concilier les exigences de modernité et la préservation d’un patrimoine culinaire et social unique.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances seront cruciales pour évaluer l’impact réel de cette politique. Une révision des mesures est prévue d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources proches du ministère du Tourisme. D’ici là, les autorités devraient poursuivre leur campagne de relocalisation, tout en maintenant une pression sur les stands jugés non conformes. La question reste entière : dans quelle mesure Bangkok parviendra-t-elle à conserver l’âme de sa street food tout en répondant aux exigences d’une métropole en pleine mutation ?

Cette politique s’inscrit dans une tendance plus large observée en Asie du Sud-Est, où plusieurs grandes villes réorganisent leur espace public pour accueillir une affluence touristique croissante. À Bangkok, comme ailleurs, le défi sera de trouver un équilibre entre modernisation et préservation de l’identité locale. Une équation d’autant plus complexe que la street food représente un secteur économique informel vital pour des milliers de familles.

Un stand est jugé illégal s’il est jugé « trop envahissant » ou s’il « gêne le passage » sur les trottoirs, selon les autorités municipales. Les critères incluent l’obstruction de la voie piétonne, le non-respect des espaces dédiés ou l’absence de licence en règle. Les vendeurs verbalisés risquent des amendes, la confiscation de leur matériel, voire la perte définitive de leur licence, comme le précise Le Figaro.

Oui, les autorités encouragent les vendeurs à se relocaliser dans des espaces dédiés, comme des marchés aménagés ou des centres inspirés du modèle singapourien. Ces espaces offrent un accès garanti à l’eau et à l’électricité, moyennant un loyer quotidien. Cependant, cette transition implique un changement de modèle économique, souvent plus coûteux et moins flexible, ce qui explique que de nombreux vendeurs préfèrent abandonner leur activité.