Alors que le continent africain fait face à des défis économiques exacerbés par les tensions géopolitiques mondiales, notamment la guerre en Iran, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) s’impose comme un levier stratégique pour renforcer l’autonomie économique du continent. Selon Courrier International, la troisième édition du forum panafricain Biashara Afrika, qui se tient à Lomé, au Togo, du 18 au 20 mai 2026, rassemble près de 1 000 participants — chefs d’État, investisseurs, entrepreneurs et experts — autour d’un objectif clair : transformer l’accord de libre-échange en résultats concrets. Cet événement s’inscrit dans un contexte où la Zlecaf, bien qu’officiellement entrée en vigueur en janvier 2021, peine encore à atteindre ses ambitions initiales.
Ce qu'il faut retenir
- 55 pays africains, représentant 1,4 milliard d’habitants et un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars, sont concernés par la Zlecaf — un projet présenté comme un instrument de « souveraineté économique continentale ».
- La troisième édition de Biashara Afrika se tient à Lomé du 18 au 20 mai 2026, réunissant près de 1 000 participants pour accélérer la mise en œuvre des échanges intra-africains.
- Actuellement, seulement 18 % des échanges commerciaux des pays africains se font entre eux, mais la Zlecaf pourrait porter ce chiffre à 53 % une fois pleinement opérationnelle, selon la fondation Mo Ibrahim.
- La Zlecaf, lancée en 2012 par l’Union africaine (UA), est souvent comparée aux grandes zones de libre-échange mondiales comme l’UE ou l’ASEAN.
- Le forum Biashara Afrika 2026 est organisé dans le cadre des efforts pour concrétiser les promesses de la Zlecaf, malgré un contexte international marqué par les conflits en Iran et leurs répercussions économiques.
La Zlecaf, un projet ambitieux au rythme d’exécution encore lent
Créée en 2012 sous l’impulsion de l’Union africaine, la Zlecaf est officiellement entrée en vigueur en janvier 2021, après des années de négociations entre les 55 États membres. Selon Courrier International, ce projet vise à créer un marché unique africain, favorisant la libre circulation des biens, des services et des personnes. Avec un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars, il représente une opportunité majeure pour le continent, souvent décrit comme le « dernier grand marché inexploité » de la planète. Pourtant, son déploiement reste inégal, freiné par des barrières tarifaires, des infrastructures logistiques insuffisantes et des disparités économiques entre les pays membres.
La presse africaine et togolaise souligne que la Zlecaf est bien plus qu’un simple accord commercial : elle est présentée comme un outil de « souveraineté économique continentale ». Dans une tribune publiée par République Togo, proche du pouvoir de Faure Gnassingbé, la Zlecaf est décrite comme une réponse aux dépendances historiques du continent vis-à-vis des anciennes puissances coloniales. « Nous devons passer d’une économie de rente à une économie de production », affirmait récemment un haut responsable togolais, cité par le média. Pourtant, malgré ces ambitions, les résultats concrets tardent à se matérialiser.
Biashara Afrika 2026 : un forum pour passer des promesses aux actes
Le forum Biashara Afrika, qui se tient à Lomé jusqu’au 20 mai 2026, s’inscrit dans cette dynamique de concrétisation. Organisé sous l’égide de la Zlecaf, il réunit des décideurs politiques, des investisseurs privés et des entrepreneurs pour discuter des obstacles à surmonter et des opportunités à saisir. Selon Courrier International, l’objectif est double : d’une part, identifier les secteurs porteurs — agriculture, énergie, numérique, industrie — où les échanges intra-africains pourraient se développer rapidement ; d’autre part, mobiliser les financements nécessaires pour moderniser les infrastructures, notamment les routes, les ports et les réseaux électriques, souvent pointés du doigt comme des freins majeurs.
Parmi les participants attendus figurent des chefs d’État comme le président togolais Faure Gnassingbé, dont le pays mise sur ce forum pour renforcer son rôle de hub économique en Afrique de l’Ouest. Des investisseurs internationaux, notamment chinois, européens et américains, sont également conviés, reflétant l’intérêt croissant des acteurs extérieurs pour un marché africain en pleine structuration. « Ce forum est une opportunité unique de montrer que l’Afrique peut s’unir économiquement, malgré les défis géopolitiques », a déclaré un porte-parole de l’UA lors d’une conférence de presse préparatoire.
Un potentiel économique colossal, mais des défis structurels persistants
Les chiffres avancés par les défenseurs de la Zlecaf donnent le vertige : avec 1,4 milliard d’habitants et un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars, l’Afrique pourrait, si elle parvenait à exploiter pleinement son marché intérieur, rivaliser avec des blocs économiques comme l’Union européenne ou l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Pourtant, selon un rapport de la fondation Mo Ibrahim, citée par Courrier International, le commerce intra-africain ne représente actuellement que 18 % des échanges totaux des pays du continent — contre 68 % en Europe et 59 % en Asie. La Zlecaf pourrait, à terme, faire passer ce chiffre à 53 %, boostant ainsi la croissance et la création d’emplois.
Mais pour y parvenir, plusieurs obstacles doivent être levés. D’abord, les barrières non tarifaires — normes techniques, visas, corruption — qui ralentissent la circulation des marchandises. Ensuite, l’hétérogénéité des économies africaines : certains pays, comme le Nigeria ou l’Afrique du Sud, disposent d’industries développées, tandis que d’autres, comme le Tchad ou le Burundi, restent très dépendants de l’agriculture de subsistance. Enfin, les tensions géopolitiques actuelles, notamment la guerre en Iran, risquent d’alourdir les coûts des importations pour de nombreux pays africains, réduisant d’autant les marges de manœuvre pour investir dans l’intégration régionale.
« La Zlecaf n’est pas une option, mais une nécessité pour l’Afrique. Sans intégration économique, nous resterons vulnérables aux chocs extérieurs. »
— Extrait d’un discours du président de la Commission de l’Union africaine, cité par République Togo.
Un marché africain à la croisée des chemins
L’Afrique se trouve aujourd’hui à un carrefour : celui d’une intégration économique qui pourrait enfin lui permettre de tirer profit de sa démographie et de ses ressources, ou celui d’un découplage persistant, où les échanges intérieurs continueront de stagner. La guerre en Iran, en perturbant les chaînes d’approvisionnement mondiales, a rappelé à l’Afrique l’urgence de réduire sa dépendance aux importations, notamment alimentaires et énergétiques. La Zlecaf, en facilitant les échanges régionaux, pourrait offrir une réponse partielle à ce défi. Pourtant, comme le souligne un expert économique interrogé par Courrier International, « l’intégration ne se décrète pas, elle se construit ». Et pour l’instant, les chantiers sont encore nombreux.
Parmi les pistes envisagées pour relancer la dynamique, certains pays poussent en faveur d’une accélération des négociations sur la libre circulation des personnes, un volet encore largement ignoré de la Zlecaf. D’autres misent sur la digitalisation des échanges, avec l’espoir de contourner les barrières physiques grâce aux technologies. Mais une chose est sûre : sans une volonté politique forte et des financements adaptés, le continent risque de voir ses espoirs d’autonomie économique s’évanouir dans les sables du désert… ou dans les méandres des bureaucraties nationales.
Alors que le forum de Lomé s’achève mercredi, une question se pose : parviendra-t-il à insuffler une nouvelle dynamique à la Zlecaf, ou ne restera-t-il qu’un rendez-vous parmi d’autres, vite oublié dans l’agenda des priorités africaines ? Une chose est certaine : le temps presse, et les défis ne manquent pas.