Le constructeur automobile allemand BMW a connu une chute brutale en Bourse cette semaine, après avoir annoncé un troisième « profit warning » en deux ans. Son titre a perdu plus de 8 % mercredi 17 juin à la Bourse de Francfort, avant de replonger de 4 % le lendemain, clôturant à 59,74 euros. Sur les cinq derniers jours, l’action a chuté de près de 10 %, selon les données rapportées par Capital.
Ce mouvement de défiance des investisseurs fait suite à une révision drastique des prévisions financières du groupe. BMW a en effet réduit de 60 % ses anticipations de résultat opérationnel pour sa branche automobile en 2026. Alors qu’il tablait auparavant sur une stabilité, le constructeur prévoit désormais une « légère baisse » de ses livraisons. La marge bénéficiaire, autrefois estimée entre 4 % et 6 %, est désormais attendue dans une fourchette bien plus étroite, comprise entre 1 % et 3 %. Autant dire que la rentabilité des capitaux employés dans l’automobile devrait se situer entre 1 % et 5 %, contre 6 % à 10 % précédemment.
Ce qu'il faut retenir
- Chute boursière de 10 % en cinq jours pour BMW, avec un titre à 59,74 euros le 18 juin.
- Réduction de 60 % des prévisions de résultat opérationnel pour 2026.
- Marge bénéficiaire revue à la baisse : 1 % à 3 % contre 4 % à 6 % auparavant.
- Rentabilité des capitaux employés dans l’automobile désormais attendue entre 1 % et 5 %.
- Concurrence accrue en Chine et instabilité géopolitique au Moyen-Orient cités comme principales causes.
Des prévisions revues à la baisse sous la pression de plusieurs facteurs
BMW attribue cette dégradation de ses perspectives à deux phénomènes majeurs : un durcissement de la concurrence en Chine et dans la région Asie-Pacifique, ainsi que les répercussions du conflit au Moyen-Orient. « D’une part, les prix de l’énergie restent élevés et pèsent sur la structure des coûts de notre entreprise, d’autre part, l’instabilité liée au conflit a un impact négatif sur le moral des consommateurs sur l’ensemble des marchés mondiaux », a expliqué le groupe dans un communiqué, comme le rapporte Capital.
Cette situation a été analysée par Mathieu Détouche, gérant de fonds actions chez Arkéa Asset Management. Intervenant sur BFM Business, il a confirmé que la baisse des ventes en Chine – où le marché automobile recule de 19 % – impacte directement BMW, qui enregistre une baisse de 15 % sur place. « Le Moyen-Orient va peser aussi, avec le prix de l’essence qui va augmenter, la confiance des consommateurs pas au beau fixe. Tout ça pèse sur la décision d’achat », a-t-il précisé. Pour autant, le spécialiste estime qu’il n’y a « rien de nouveau » : la concurrence chinoise est un phénomène qui s’installe depuis plusieurs mois déjà.
L’industrie automobile européenne face à la montée en puissance des constructeurs chinois
Les acteurs premium comme BMW, Volkswagen ou Mercedes réalisent près de la moitié de leur chiffre d’affaires en Chine. Or, les constructeurs locaux ont comblé une partie de leur retard technologique, proposant des véhicules d’une qualité comparable à des prix bien inférieurs. « Les acteurs chinois ont rattrapé leur retard avec une qualité semblable et des prix inférieurs », a souligné Mathieu Détouche. Cette pression tarifaire s’ajoute aux coûts élevés de la transition électrique, qui pèsent sur la compétitivité de l’industrie européenne.
Les chiffres de BMW en Chine illustrent cette tendance : alors que le groupe vise un niveau de stabilité à 50 000 ventes mensuelles, il n’a enregistré que 30 000 unités entre avril et mai 2026, selon les données de Citi citées par Capital. Même une hausse des volumes aux États-Unis et en Europe n’a pas suffi à compenser ces pertes. « Malgré une hausse des volumes aux Etats-Unis et en Europe, il n’y a pas eu d’effet de compensation », a confirmé le constructeur.
« La transition électrique coûte cher (…) l’industrie européenne est en difficulté. »
— Mathieu Détouche, gérant de fonds actions chez Arkéa Asset Management
Un secteur automobile allemand en difficulté
BMW n’est pas le seul constructeur allemand à subir une dégradation de ses marges. Chez Volkswagen, les marges bénéficiaires, qui s’élevaient à 10 % en 2023, pourraient chuter à seulement 1 % en 2026, selon les estimations. Cette tendance reflète les défis structurels auxquels fait face l’industrie automobile européenne : concurrence accrue, coûts énergétiques élevés et ralentissement de la demande.
Le conflit au Moyen-Orient aggrave cette situation en maintenant des prix de l’énergie élevés et en pesant sur la confiance des consommateurs. « Les prix de l’énergie restent élevés et pèsent sur la structure des coûts de notre entreprise », a rappelé BMW. Cette instabilité géopolitique perturbe également les chaînes d’approvisionnement et les décisions d’investissement, autant de facteurs qui pèsent sur la rentabilité à court terme.
Au-delà de BMW, l’ensemble du secteur automobile européen reste sous haute tension. Les constructeurs premium, en particulier, devront innover pour justifier leurs prix face à des concurrents chinois de plus en plus agressifs. La transition vers l’électrique, bien que nécessaire, représente un investissement colossal que peu d’acteurs pourront supporter sans ajustements stratégiques majeurs.
Pour les investisseurs, la prudence reste de mise. Après plusieurs « profit warnings » en deux ans, la crédibilité de BMW pourrait être mise à l’épreuve. La capacité du groupe à retrouver une trajectoire de croissance soutenable dépendra de sa capacité à surmonter ces défis, sans garantie de succès immédiat.
BMW a réduit ses prévisions en raison d’un double choc : la concurrence accrue des constructeurs chinois en Asie-Pacifique, où les ventes ont chuté de 15 %, et les répercussions du conflit au Moyen-Orient, qui maintient des prix de l’énergie élevés et freine la demande des consommateurs. Ces facteurs ont pesé sur les marges, autrefois estimées entre 4 % et 6 %, et désormais limitées à une fourchette de 1 % à 3 %.
La dégradation des perspectives de BMW reflète une tendance plus large dans l’industrie automobile allemande. Volkswagen, par exemple, voit ses marges chuter de 10 % en 2023 à seulement 1 % en 2026. L’ensemble du secteur est sous pression en raison de la concurrence chinoise, des coûts énergétiques élevés et d’un ralentissement de la demande, notamment en Chine.