Les parlementaires brésiliens ont adopté début mai un projet de loi interdisant la production et la commercialisation du foie gras sur son territoire, au nom du bien-être animal. Une décision qui, selon la filière française, porte atteinte à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, comme le rapporte Franceinfo – Santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Brésil a approuvé un projet de loi interdisant le foie gras, en vigueur depuis début mai 2026.
  • La France, premier producteur mondial, craint la fin des exportations vers le Brésil, l’un des principaux marchés du Mercosur.
  • L’interprofession française (CIFOG) dénonce une mesure qui « compromet complètement l’accord du Mercosur ».
  • Le secteur représente 30 000 emplois en France et exporte pour environ 1 million d’euros par an vers le Brésil.
  • Marie-Pierre Pé, directrice du CIFOG, demande à la Commission européenne d’intervenir pour faire respecter l’accord.

Une loi brésilienne en contradiction avec les engagements commerciaux

Adopté par les parlementaires brésiliens, le texte interdit désormais la fabrication et la vente de foie gras dans le pays, sous prétexte de protéger le bien-être animal. Pour la France, premier producteur mondial avec une filière qui emploie 30 000 personnes, cette mesure représente une entrave majeure. « Nous considérons que ce projet de loi compromet complètement l’accord du Mercosur », a déclaré Marie-Pierre Pé, directrice du CIFOG (Comité interprofessionnel du foie gras), à Franceinfo – Santé.

L’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, signé en 2024, couvre une soixantaine de produits français sous indication géographique protégée (IGP), dont le canard à foie gras du Sud-Ouest. Ce traité doit encore être ratifié par les États membres, mais la France s’oppose déjà à son application provisoire. Pour Paris, la décision brésilienne est une violation flagrante des engagements commerciaux pris par les deux blocs.

Des exportations françaises en sursis

Le Brésil, premier pays du Mercosur, représente un marché important pour les producteurs français de foie gras. Chaque année, les importateurs brésiliens, principalement des restaurateurs et des épiceries fines des grandes métropoles comme São Paulo ou Rio de Janeiro, achètent pour près d’un million d’euros de foie gras français. « Le marché est en croissance constante, autant dire que cette interdiction va peser lourd sur nos exportations », explique Marie-Pierre Pé.

La filière craint également un effet domino. D’autres pays du Mercosur pourraient, à leur tour, adopter des mesures similaires sous la pression des associations de défense animale. « Nous nous opposons à toute entrave au commerce », insiste la directrice du CIFOG. Elle appelle le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva à revoir partiellement la loi, en limitant son application à la production locale plutôt qu’à l’importation. Une position soutenue par la Commission européenne, qui défend malgré tout les bénéfices du traité commercial malgré les réticences françaises.

Bruxelles sous pression pour faire respecter l’accord

Alors que la France multiplie les critiques contre l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur, la Commission européenne se trouve dans une position délicate. Officiellement, Bruxelles continue de vanter les avantages économiques du traité, estimant qu’il pourrait générer des milliards d’euros de bénéfices pour les entreprises européennes. Pourtant, Paris refuse de céder sur ce point précis, arguant que la mesure brésilienne porte atteinte à la crédibilité de l’UE en matière de commerce international.

Marie-Pierre Pé a donc demandé à Bruxelles d’agir rapidement pour faire respecter les clauses commerciales de l’accord. « Nous attendons de la Commission européenne qu’elle intervienne pour rappeler au Brésil ses obligations », a-t-elle souligné. Pour l’instant, aucune réponse officielle n’a été formulée par les institutions européennes, mais le dossier devrait être examiné lors de la prochaine session du Conseil des ministres du Commerce, prévue en juin 2026.

Et maintenant ?

La filière française du foie gras pourrait saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour contester la légalité de la loi brésilienne, si aucune solution diplomatique n’est trouvée d’ici l’été. Une décision de la Commission européenne est également attendue d’ici la fin du mois de juin pour déterminer si elle engage des sanctions commerciales contre le Brésil. Enfin, la ratification définitive de l’accord UE-Mercosur, initialement prévue pour 2027, pourrait être reportée en cas d’escalade du conflit.

Cette affaire illustre les tensions persistantes autour des normes sanitaires et animales dans les échanges internationaux. Alors que l’UE cherche à imposer ses standards, certains pays du Mercosur, comme le Brésil, privilégient désormais des législations strictes en matière de bien-être animal – quitte à bousculer les équilibres commerciaux.

Le gouvernement brésilien justifie cette mesure par des raisons de bien-être animal, estimant que la production de foie gras implique des pratiques cruelles envers les canards. La loi s’inscrit dans une série de réglementations plus strictes adoptées ces dernières années sur la protection animale.

Les exportateurs français pourraient perdre un marché représentant environ 1 million d’euros par an. À plus long terme, si d’autres pays du Mercosur suivent l’exemple du Brésil, les pertes pourraient atteindre plusieurs millions d’euros et menacer des emplois dans la filière.