Le Groupement des hôtelleries et restaurations (GHR) de Corse tire la sonnette d’alarme ce 20 mai 2026. Dans un communiqué commun avec le GHR national, il met en garde contre une « dégradation rapide de la situation économique du secteur » en Corse, où le tourisme joue un rôle clé. Selon BFM Business, les professionnels du tourisme insulaire dénoncent une accumulation de difficultés structurelles et conjoncturelles.
Ce qu’il faut retenir
- Explosion des coûts : +14,3 % de surcoût structurel lié à l’insularité, la saisonnalité et le logement des salariés, selon le rapport Goodwill sur l’économie corse.
- Concurrence déséquilibrée : 600 000 lits touristiques marchands et non marchands contre seulement 180 000 lits hôteliers.
- Crise des entreprises : +36,3 % de radiations d’entreprises, +12,6 % d’entreprises en difficulté et +8,4 % d’injonctions de payer en Corse.
- Logement et transport : difficultés de recrutement, hausse des prix du transport aérien, annulations de vols et crise du logement pour les salariés.
- Poids du tourisme : 3,5 milliards d’euros par an, soit 39 % du PIB de l’île en 2024, selon l’Insee.
Un secteur sous pression, menacé par une concurrence déloyale
Les professionnels du GHR de Corse pointent du doigt une « concurrence devenue profondément déséquilibrée » entre les meublés touristiques non régulés et l’hôtellerie traditionnelle. Selon leurs chiffres, l’île compte environ 600 000 lits touristiques marchands et non marchands, contre seulement 180 000 lits hôteliers. Cette situation, couplée à des coûts d’exploitation en hausse et à une fiscalité moins contraignante pour les locations saisonnières, fragilise durablement le secteur.
« Les professionnels corses supportent un surcoût structurel d’activité estimé à +14,3 %, notamment en raison de l’insularité, de la saisonnalité et du coût du logement des salariés », rappellent les groupements dans leur communiqué. Les entreprises locales subissent en effet des charges supplémentaires liées à leur isolement géographique, comme le transport des marchandises ou la dépendance aux compagnies aériennes.
Logement et recrutement : les deux maillons faibles du modèle corse
La crise du logement pour les salariés du tourisme est l’un des points noirs soulevés par les professionnels. Les difficultés à loger les employés — notamment en haute saison — aggravent les problèmes de recrutement, déjà exacerbés par des salaires peu attractifs face à l’inflation. Les hôtels et restaurants peinent à attirer et fidéliser du personnel, un phénomène qui menace la qualité du service et, in fine, la réputation de la destination.
Pour y remédier, le GHR propose la mise en place d’un dispositif permettant aux entreprises de récupérer la TVA sur les dépenses engagées pour créer ou aménager des logements destinés aux salariés. Une mesure qui, si elle était adoptée, pourrait atténuer une partie de la pression sur les employeurs. Mais pour l’instant, rien n’est acté.
Transport aérien : la question des dessertes et des tarifs
Autre sujet de préoccupation : la hausse des prix du transport aérien et les annulations de vols. Les compagnies aériennes, qui dominent l’accès à l’île, sont accusées de pratiquer des tarifs inflationnistes, surtout en période estivale. Les professionnels du tourisme demandent « des engagements clairs » des compagnies pour garantir des dessertes régulières et des prix maîtrisés.
Cette dépendance au ciel fragilise l’économie insulaire. Une annulation massive de vols, comme celles observées ces dernières années, peut plonger des centaines d’établissements dans une situation critique en quelques heures. Or, avec un trafic aérien concentré entre mai et septembre, toute perturbation a des répercussions immédiates sur les réservations et la trésorerie des entreprises.
Des demandes pressantes à l’État et aux pouvoirs publics
Face à l’urgence, le GHR de Corse réclame des « mesures immédiates et concrètes ». En tête de ses priorités : une « régulation stricte des meublés touristiques », perçus comme une menace existentielle pour l’hôtellerie traditionnelle. Les professionnels appellent également l’État à considérer le tourisme corse comme un « secteur stratégique national », au même titre que d’autres filières économiques locales.
Catherine Quérard, présidente nationale du GHR, résume la situation : « Lorsque le tourisme corse souffre, c’est toute l’économie insulaire qui vacille. Les professionnels demandent simplement des règles équitables, de la stabilité et les moyens de continuer à travailler. » Elle insiste aussi sur la nécessité pour Atout France de lancer rapidement une campagne nationale de promotion de la Corse, afin de soutenir la fréquentation touristique et de limiter l’impact des difficultés actuelles.
La Corse n’est pas un cas isolé : d’autres destinations méditerranéennes, comme Majorque ou la Sicile, font face à des enjeux similaires. Mais sur l’île de Beauté, où le tourisme pèse 39 % du PIB, l’enjeu est encore plus crucial. Une dégradation prolongée du secteur pourrait entraîner des suppressions d’emplois, une baisse des investissements et, in fine, un appauvrissement de l’île.
Les professionnels, eux, ne baissent pas les bras. « Les professionnels demandent à l’État de considérer le tourisme corse comme un secteur stratégique national », rappellent-ils. Reste à savoir si cette alerte, la plus forte depuis des années, sera entendue à temps.
Selon le rapport Goodwill sur l’économie corse, les surcoûts sont principalement liés à l’insularité (transport des marchandises, dépendance aux compagnies aériennes), à la saisonnalité (pic de demande en été nécessitant des recrutements massifs) et au coût du logement des salariés, souvent élevé dans les zones touristiques.
Les meublés touristiques échappent à certaines réglementations et taxes applicables aux hôtels, ce qui crée une concurrence déloyale. Avec 600 000 lits non marchands contre 180 000 lits hôteliers, leur développement massif menace la viabilité économique des établissements traditionnels, déjà fragilisés par la hausse des coûts.