Un nouveau chapitre s’ouvre pour Bruno Verjus, figure majeure de la gastronomie française, qui signe avec « La Recette » son premier roman, publié aux éditions Albin Michel. Selon Franceinfo - Culture, l’ouvrage, dont la sortie est prévue pour ce vendredi 7 mai 2026, marque une extension naturelle de sa démarche créative, déjà saluée par deux étoiles au Guide Michelin pour son restaurant Table, situé dans le 12ᵉ arrondissement de Paris.

Cette transition vers l’écriture n’est pas un hasard. Comme il l’explique lui-même, cuisiner et écrire relèvent pour lui d’une même quête : « nourrir », au sens large. Un engagement qui, selon ses propres mots, a toujours visé à « bien nourrir le corps avec des produits irréprochables, mais aussi l’âme ». Une philosophie qu’il décline désormais à travers les mots, après l’avoir exprimée pendant des années par ses plats.

Ce qu'il faut retenir

  • Bruno Verjus, chef doublement étoilé au Guide Michelin pour son restaurant Table (Paris 12ᵉ), publie son premier roman, « La Recette », aux éditions Albin Michel, disponible dès le 7 mai 2026.
  • L’ouvrage met en scène Miki, une jeune femme cantonaise, et explore une quête autour d’une recette de tarte aux pralines roses, inspirée d’une histoire vraie liée à Alain Chapel.
  • Verjus y évoque sa vision de la cuisine comme un acte de soin, mêlant « prendre soin du corps » et « nourrir l’âme », avec une approche holistique influencée par ses expériences en Asie.
  • Le roman s’articule autour de deux citations en exergue : celle d’Alain Chapel (« La cuisine, c’est beaucoup plus que des recettes ») et celle d’Héraclite (« Entrez, il y a des dieux aussi dans la cuisine »).
  • Pour Verjus, écrire ce livre représente une nouvelle étape dans sa quête de transmission, après avoir « nourri le corps et la bouche », il entend désormais « nourrir avec ses mots ».

Un parcours marqué par un basculement intérieur

Avant de devenir l’un des chefs les plus respectés de sa génération, Bruno Verjus a d’abord suivi des études de médecine, comme il le confie dans l’entretien accordé à Franceinfo - Culture. Une voie rationnelle, tournée vers le soin des corps, qu’il aurait pu embrasser pleinement en prêtant le serment d’Hippocrate. Pourtant, quelque chose a basculé, presque à son insu. « Un jour, il y a eu cette main, ce geste, comme s’il avait cessé d’expliquer pour commencer à ressentir », explique-t-il.

Ce glissement, imperceptible au début, l’a conduit vers les fourneaux. Désormais, il se décrit comme un « soignant », mais dont le langage a changé : « Je n’ai jamais cessé de soigner, j’ai simplement changé de langage ». Une métamorphose qu’il explore dans « La Recette », où il mêle fiction et souvenirs, notamment à travers l’histoire de Miki, héroïne dont la quête d’une recette perdue rappelle étrangement la sienne.

De la cuisine à l’écriture : une même recherche de beauté

Dans son roman, Bruno Verjus met en lumière le processus créatif qui sous-tend ses plats. Comme il le précise, il ne se contente pas de suivre des recettes : il puise son inspiration dans des images, des paysages, des sensations. « Quand je crée un plat, je me nourris énormément d’images, de tableaux, de photographies, mais aussi de choses que je ressens et que je perçois, même si elles ne sont pas visibles », confie-t-il. Une démarche qui, selon lui, s’applique tout autant à l’écriture qu’à la cuisine.

Miki, l’héroïne de « La Recette », incarne cette quête de beauté et d’authenticité. À travers sa recherche d’une tarte aux pralines roses, elle incarne le mouvement même de la création : « C’est une quête qui raconte une histoire vraie », souligne Verjus. Celle-ci trouve son origine dans un échange avec un ami pâtissier, puis dans la découverte des carnets perdus d’Henri Cornil, ancien collaborateur d’Alain Chapel, qui avait transmis sa recette à l’établissement. Un détail qui a servi de tremplin à l’invention romanesque.

La cuisine comme acte de don et de transmission

Pour Bruno Verjus, cuisiner et écrire ne relèvent pas d’une démarche égoïste. Au contraire, il s’agit d’un « acte de don ». « On ne se répare pas soi-même en cuisinant, on ne s’apaise pas non plus. On est au contraire dans un acte de don », explique-t-il. Une vision qui rejoint, selon lui, l’esprit du serment d’Hippocrate : « Faire du bien, quoi qu’il arrive ».

Cette idée de transmission est au cœur du roman. À la fin de l’histoire, Miki reçoit un trophée pour sa version revisitée de la tarte aux pralines roses. Elle reprend l’adage d’Alain Chapel (« La cuisine, c’est bien plus que des recettes ») et y ajoute : « La cuisine, c’est un sentiment ». Une phrase qui résume à elle seule la philosophie de Verjus, où technique et émotion ne font qu’un.

Un engagement holistique, nourri par l’Asie

L’influence asiatique occupe une place centrale dans l’univers de Bruno Verjus, tant dans sa cuisine que dans son écriture. « Comme j’ai passé énormément de temps en Asie, j’ai une pensée assez holistique, qu’on retrouve dans le roman d’ailleurs, et qui guide aussi ma main et mon cerveau quand je cuisine », précise-t-il. Cette approche, mêlant précision et spiritualité, transparaît dans ses descriptions des plats et des paysages, où chaque détail compte.

Dans « La Recette », cette dimension holistique se traduit par une recherche constante de l’équilibre. Que ce soit à travers un plat ou une phrase, Verjus cherche à capturer l’essence des choses, à en révéler la beauté cachée. « En chaque chose, il y a une forme de beauté », affirme-t-il. Une quête qui, pour lui, dépasse largement le cadre de la gastronomie ou de la littérature.

Et maintenant ?

La sortie de « La Recette » marque une nouvelle étape dans la carrière de Bruno Verjus, qui pourrait bien ne pas s’arrêter là. Si le chef a d’ores et déjà confirmé son engagement dans la restauration avec son restaurant Table, rien n’exclut qu’il poursuive l’exploration de l’écriture. Les éditions Albin Michel, qui publient l’ouvrage, laissent entendre que ce premier roman pourrait ouvrir la voie à d’autres projets littéraires, dans un style qui lui est propre : entre réalisme et onirisme culinaire.

Interrogé sur ses projets futurs, Verjus évoque une possible collaboration avec des artistes visuels pour illustrer ses futurs textes, ou encore l’idée d’un recueil de recettes littéraires. « Nourrir avec des mots, c’est une nouvelle façon de partager ce que je suis », confie-t-il. Une certitude : sa démarche continuera de s’inscrire dans cette quête de transmission, où cuisine et littérature ne forment qu’un seul langage.

Pour l’heure, les lecteurs pourront découvrir « La Recette » dès ce 7 mai 2026, un ouvrage qui, comme ses plats, se savoure avec attention et émotion.

Le roman s’inspire en partie de l’histoire vraie de la tarte aux pralines roses, recette que Bruno Verjus a cherché à reconstituer pour son restaurant Table. L’intrigue autour des carnets perdus d’Henri Cornil, ancien collaborateur d’Alain Chapel, a servi de base à l’invention romanesque, mêlant fiction et souvenirs personnels.

Pour l’instant, l’auteur n’a pas confirmé de suite à « La Recette », mais il évoque la possibilité de collaborer avec des artistes visuels pour illustrer ses futurs textes ou de publier un recueil de recettes littéraires. Rien n’exclut donc un prolongement de cette aventure écrite.