Un comprimé innovant, le daraxonrasib, pourrait bien révolutionner la prise en charge du cancer du pancréas, l’un des cancers les plus agressifs et mortels. Selon Franceinfo – Santé, les résultats d’une étude clinique récente montrent que ce traitement permet de doubler l’espérance de vie des patients atteints d’un cancer métastasé, déjà traités par chimiothérapie. Ces conclusions, attendues avec impatience, seront présentées ce dimanche 31 mai lors du congrès annuel de la Société américaine d’oncologie clinique (ASCO), qui se tient à Chicago jusqu’au 3 juin.
Ce qu’il faut retenir
- Le daraxonrasib est un traitement oral qui multiplie par deux l’espérance de vie des patients atteints d’un cancer du pancréas métastasé (13,2 mois contre 6,7 mois pour une seconde chimiothérapie).
- Ce médicament cible spécifiquement les mutations du gène K-RAS, présentes dans 90 % des cancers du pancréas.
- Il provoque moins d’effets secondaires que la chimiothérapie, bien que certains patients aient dû interrompre le traitement en raison de réactions cutanées ou digestives.
- Les résultats complets de l’étude ne sont pas encore publiés, mais les experts saluent déjà une avancée majeure.
- Le cancer du pancréas, en hausse en France, devrait devenir le deuxième cancer le plus mortel dans les prochaines années.
Un cancer parmi les plus meurtriers, pour lequel les options thérapeutiques restent limitées
Avec seulement 11 % de survie à cinq ans après le diagnostic, le cancer du pancréas figure parmi les tumeurs les plus redoutables. « Quand j’ai choisi de me spécialiser dans ce domaine, on me demandait souvent pourquoi, raconte Alice Boilève, oncologue digestive à l’hôpital Gustave-Roussy de Villejuif. Tout le monde me disait que tous mes patients allaient mourir et qu’aucune molécule ne fonctionnait. Aujourd’hui, je peux affirmer que c’est faux. » Selon les chiffres de l’Institut national du cancer, près de 13 000 décès ont été enregistrés en 2022, et 16 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués l’année suivante. Bien que ces chiffres restent inférieurs à ceux du cancer du sein ou de la prostate, leur progression est alarmante : « C’est le quatrième cancer le plus fréquent, et on prédit qu’il deviendra le deuxième en termes de mortalité dans les années à venir », précise l’oncologue.
L’augmentation de l’incidence de ce cancer en France est particulièrement marquée. « Le cancer pancréatique progresse d’environ 3 % chaque année, soit deux à trois fois plus vite que dans la plupart des autres pays européens », expliquait en 2024 Mathias Brugel, oncologue et coauteur d’une étude sur les liens entre pesticides et cancer du pancréas, dans Le Monde. Les facteurs de risque classiques – tabac, obésité, diabète – n’expliquent pas à eux seuls cette hausse. « C’est pourquoi la recherche s’oriente désormais vers des causes environnementales comme les microplastiques, les pesticides ou encore les aliments ultra-transformés », ajoute Alice Boilève.
Un espoir thérapeutique inédit pour un cancer jusqu’ici résistant
À ce jour, les traitements disponibles contre le cancer du pancréas ne font que ralentir l’évolution de la maladie. « Certains patients ayant participé à l’essai clinique de phase 1 sont toujours en vie plus de deux ans après le début du traitement », témoignait Pascal Hammel, chef du service d’oncologie de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif, en avril 2025 dans Le Monde. « Gagner six mois de vie lorsque l’on sait que la maladie est mortelle est déjà une avancée majeure, et ce n’est qu’une première étape », souligne Julien Edeline, oncologue digestif au Centre Eugène-Marquis de Rennes, dans Le Parisien. Ce dernier espère des résultats encore plus prometteurs si le traitement est administré à des stades moins avancés de la maladie.
Développé par le laboratoire américain Revolution Medicines, le daraxonrasib agit en ciblant les protéines de la famille RAS, impliquées dans 90 % des cancers du pancréas. « Cela signifie que ce traitement pourrait être prescrit à 9 patients sur 10 », explique Iris Pauporté, directrice de recherche à la Ligue contre le cancer. Autre atout : il se présente sous forme de comprimé à prendre quotidiennement par voie orale. Les effets indésirables restent modérés : éruptions cutanées, inflammations autour des ongles, diarrhées ou nausées. « Pour certains patients, ces symptômes relèvent d’une simple gêne, mais pour d’autres, il a fallu interrompre le traitement », précise Alice Boilève, qui a suivi plusieurs cas en France.
Des limites à considérer, mais une avancée majeure pour la recherche
Malgré ces résultats encourageants, le daraxonrasib n’est pas efficace pour tous les patients. « Il ne faut pas donner de faux espoirs », met en garde Alice Boilève. « Lors de l’essai, on a pu observer que la tumeur arrêtait de progresser de manière claire et nette, mais la question reste entière : à partir de quand la molécule cesse-t-elle de fonctionner ? Comment traiter les patients après ? » La spécialiste souligne également l’absence de données complètes sur les caractéristiques des patients inclus, le taux de progression de la maladie ou les effets indésirables à long terme. « Nous attendons avec impatience la publication de l’intégralité des résultats », confie-t-elle.
Pourtant, les experts s’accordent à dire que ce traitement marque un tournant. « C’est le début d’une révolution qui va changer nos pratiques dans les années à venir », déclare Alice Boilève. « C’est la première fois qu’une étude de grande envergure cible le gène K-RAS, contre lequel on n’arrivait pas à agir jusqu’à présent. » Les progrès récents en oncologie – immunothérapie et thérapies ciblées – ont surtout bénéficié à d’autres types de cancer. « Pour le pancréas, la situation est différente, car cet organe est entouré d’une enveloppe difficile à pénétrer », rappelle Iris Pauporté. « Jusqu’à aujourd’hui, les avancées technologiques ont surtout profité aux cancers accessibles, comme ceux du sein ou de la prostate. »
D’autres innovations en cours pour combattre ce cancer
Le daraxonrasib n’est pas le seul espoir pour les patients atteints de cancer du pancréas. « Une vraie différence est en train d’arriver pour ce cancer qui n’avait pas vu de progrès médicaux depuis quarante ans », souligne Patrick Mehlen, biologiste au Centre Léon-Bérard à Lyon, dans une déclaration reprise par l’AFP. D’autres pistes sont explorées, comme une radiothérapie ciblée testée au CHU de Grenoble. Cette technique utilise des bâtonnets radioactifs insérés dans l’abdomen pour détruire la tumeur avec précision. Une autre molécule, l’eraglusib, a également montré des résultats prometteurs : son administration à des patients atteints de cancer métastatique a permis de prolonger leur espérance de vie de 2,9 mois en moyenne et de réduire la mortalité de 38 %, selon une étude publiée dans la revue Nature.
Brian M. Wolpin, médecin à Harvard et coordinateur de l’essai clinique du daraxonrasib, espère que ce traitement « changera les pratiques et améliorera la prise en charge des patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique ». Alice Boilève partage cet optimisme : « Ce médicament ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques. »
Les spécialistes rappellent toutefois que, malgré ces progrès, la recherche doit se poursuivre. « Ce n’est pas une solution miracle, mais une étape importante dans la lutte contre cette maladie », conclut Iris Pauporté. « L’enjeu reste de trouver des combinaisons thérapeutiques efficaces et de mieux comprendre les mécanismes de résistance. »
Le daraxonrasib cible les mutations du gène K-RAS, présentes dans 90 % des cancers du pancréas. Il est actuellement testé sur des patients atteints d’un cancer métastasé, déjà traités par chimiothérapie. Son utilisation pourrait être élargie si les essais cliniques confirment son efficacité à des stades plus précoces de la maladie.
Les effets indésirables rapportés incluent des éruptions cutanées, des inflammations autour des ongles, ainsi que des troubles digestifs comme des diarrhées ou des nausées. Certains patients ont dû interrompre le traitement en raison de ces symptômes, mais ils restent généralement moins sévères que ceux de la chimiothérapie.