Près de 200 femmes meurent chaque jour en France d’un accident cardiovasculaire, selon les dernières données de Santé publique France. Pourtant, ce risque reste largement sous-estimé, notamment chez les patientes traitées pour un cancer du sein. C’est dans ce contexte qu’un collectif de cardiologues, gynécologues et médecins généralistes alerte, ce jeudi 7 mai 2026, sur l’urgence d’améliorer la prévention et le suivi des maladies du cœur chez ces femmes. Franceinfo - Santé revient sur les facteurs de risque spécifiques et les solutions proposées par les professionnels de santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 200 femmes décèdent chaque jour en France d’un AVC ou d’un infarctus, selon Santé publique France.
  • Les traitements contre le cancer du sein, comme certaines chimiothérapies ou la radiothérapie, augmentent le risque cardiovasculaire.
  • Une femme traitée pour un cancer du sein a plus de risques de mourir d’une maladie cardiaque que de son cancer.
  • Le collectif de médecins appelle à un suivi régulier et à des mesures de prévention renforcées pour ces patientes.
  • Le Dr Julia Simon, cardiologue, souligne l’importance des fenêtres thérapeutiques pour protéger le cœur pendant les traitements.

Des traitements anticancéreux qui pèsent sur le cœur

Les spécialistes tirent la sonnette d’alarme : les traitements contre le cancer du sein, bien qu’indispensables, exposent les patientes à des risques cardiovasculaires accrus. Parmi les principaux facteurs identifiés figurent les chimiothérapies, certaines molécules étant particulièrement toxiques pour le myocarde, ainsi que la radiothérapie, dont les rayons peuvent irradier le cœur lorsqu’ils sont dirigés vers le sein gauche. « Quand j’ai commencé mon internat, les gens arrivaient en cardiologie avec des cœurs fatigués, et on répondait simplement : *cœur fatigué*, sans plus de précisions », explique le Dr Julia Simon, cardiologue au CHU de Reims. « Aujourd’hui, l’objectif est de mettre en place des traitements pour protéger le cœur, en instaurant des fenêtres thérapeutiques afin qu’il puisse récupérer, tout en permettant au cancérologue de poursuivre les traitements contre le cancer. »

Ce risque persiste même plusieurs années après la fin des traitements anticancéreux. Les patientes concernées restent donc particulièrement vulnérables, d’où l’importance d’un suivi médical régulier et adapté. « Une femme ayant été traitée pour un cancer du sein a presque davantage de risques de mourir d’une maladie cardiaque que de son cancer », précise le collectif de médecins dans un texte adressé aux professionnels de santé. Une affirmation qui illustre l’urgence d’agir, alors que les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité chez la femme en France.

Des facteurs de risque souvent cumulés

Les femmes traitées pour un cancer du sein ne sont pas seulement exposées aux effets secondaires des traitements. Elles cumulent également des facteurs de risque cardiovasculaire spécifiques, liés à leur mode de vie ou à leur état de santé. Parmi ceux-ci, on retrouve l’usage de contraceptifs hormonaux, les bouleversements hormonaux liés à la ménopause, la consommation de tabac ou encore le stress. « Les hormones jouent un rôle clé dans l’équilibre cardiovasculaire », souligne un gynécologue membre du collectif. « Or, les traitements anticancéreux, en perturbant cet équilibre, peuvent aggraver ces risques. »

Santé publique France rappelle que les femmes sont globalement moins bien prises en charge que les hommes en matière de santé cardiovasculaire. Une méconnaissance des symptômes, des diagnostics souvent tardifs et des protocoles de soins moins adaptés expliquent en partie cette disparité. « Il est crucial de sensibiliser les patientes, mais aussi les professionnels de santé, à ces risques spécifiques », insiste le collectif. Un travail de pédagogie qui passe par une meilleure information, mais aussi par des outils de dépistage plus accessibles.

Vers une prise en charge plus précoce et mieux coordonnée

Face à cette situation, les médecins appellent à une prise en charge précoce et multidisciplinaire des femmes traitées pour un cancer du sein. Cela implique un dépistage régulier des maladies cardiovasculaires, via des examens comme l’échocardiographie ou le scanner coronaire. « Nous devons systématiser la réalisation d’un bilan cardiovasculaire avant, pendant et après les traitements anticancéreux », explique le Dr Simon. « Cela permettrait d’adapter les protocoles en fonction des besoins de chaque patiente et de limiter les séquelles à long terme. »

Le collectif plaide également pour une meilleure coordination entre oncologues, cardiologues et médecins généralistes. « Aujourd’hui, les informations ne circulent pas assez entre les différents spécialistes », regrette un médecin généraliste membre du groupe. « Résultat, certaines patientes passent entre les mailles du filet. Nous devons changer cela. » Une amélioration de la communication et des protocoles partagés pourrait ainsi sauver des vies, en évitant des complications évitables.

Et maintenant ?

Les médecins espèrent que leurs recommandations seront rapidement intégrées dans les bonnes pratiques cliniques. Une pétition, lancée en ligne, vise à alerter les autorités sanitaires et à obtenir des mesures concrètes. Par ailleurs, l’Assemblée nationale devrait examiner, d’ici la fin de l’année, une proposition de loi visant à renforcer la prévention cardiovasculaire chez les femmes. Reste à voir si ces initiatives déboucheront sur des actions tangibles, notamment en matière de financement et de formation des professionnels de santé.

En attendant, les associations de patientes appellent les femmes concernées à ne pas négliger les signaux d’alerte. Fatigue persistante, essoufflement anormal, douleurs thoraciques ou œdèmes doivent conduire à une consultation rapide. « Le cœur ne doit pas devenir le parent pauvre de la lutte contre le cancer », martèle le collectif. Un message clair, alors que la santé des femmes reste un enjeu majeur de santé publique.