Depuis que Vérargues, commune viticole de l’Hérault, a enregistré un record absolu de 46 °C le 28 juin 2019, le tourisme local a dû s’adapter à une nouvelle donne climatique. Entre installations de climatisation systématiques, réorganisation des activités et valorisation des atouts naturels, professionnels et habitants composent désormais avec des étés de plus en plus chauds, sans pour autant décourager les visiteurs. Selon Le Figaro, cette mutation s’impose comme une réponse pragmatique à la répétition des canicules, tout en préservant l’attractivité d’un territoire ancré dans l’œnotourisme et les hébergements de plein air.
Ce qu’il faut retenir
- 46 °C enregistrés à Vérargues en juin 2019, un record qui a marqué un tournant dans la gestion du tourisme local.
- Les hébergeurs ont généralisé la climatisation, y compris dans les mobil-homes, et certains bâtiments anciens misent sur leur architecture traditionnelle pour offrir de la fraîcheur.
- Les campings, comme celui du Bon Port à Lunel, ont repensé leurs espaces : activités décalées, végétalisation accrue et aménagements anti-chaleur pour attirer les vacanciers.
- Le secteur observe un déplacement des séjours vers le nord de l’Europe et une saison touristique étalée sur le printemps et l’arrière-saison pour éviter les pics de chaleur.
- Avec 1,75 million de nuitées en 2025 dans le Lunellois, la fréquentation reste stable malgré les canicules, signe d’une adaptation réussie.
La climatisation, nouvel atout commercial des hébergeurs
Dans le Lunellois, où l’œnotourisme et les chambres d’hôtes dominent, la climatisation s’est imposée comme un critère de choix pour les touristes. Une propriétaire de chambres d’hôtes, qui souhaite rester anonyme, explique avoir « bridé le thermostat à 23 °C » comme la plupart des hébergeurs de la région. « Les touristes ne savent pas utiliser la climatisation. Sinon, ils la mettent à 18 °C », confie-t-elle au Figaro. Si certains visiteurs, comme un couple suisse ayant écourté son séjour malgré l’absence de canicule, supportent de moins en moins les températures du sud, d’autres établissements misent au contraire sur des solutions plus naturelles. Chantal Granier, qui accueille des voyageurs depuis dix-neuf ans dans son mas du XVIIIe siècle à Vérargues, mise sur les murs épais, les voûtes en pierre et une gestion intelligente des ouvertures pour conserver la fraîcheur. « Les gens arrivent et disent : “Il fait frais.” »
Pour elle, installer une climatisation dans ce bâtiment ancien reviendrait à en dénaturer l’âme. Cette approche séduit une clientèle en quête d’un confort authentique : certains habitués ont réservé plusieurs mois à l’avance après une mauvaise expérience dans un hébergement trop chaud. « Ils m’ont dit : “On sait que chez vous, il fait toujours frais.” » Une preuve que l’adaptation passe parfois par le retour aux méthodes traditionnelles méditerranéennes.
Les campings en première ligne : entre innovations et végétalisation
À Lunel, le camping du Bon Port, établissement quatre étoiles de 300 emplacements, a radicalement transformé son offre pour faire face aux vagues de chaleur. Pascal Besse, son directeur adjoint, indique que « cette année, toute notre offre d’hébergement est climatisée ». Plus un seul mobil-home n’est laissé sans air conditionné. L’établissement a également repensé son fonctionnement quotidien : les activités sportives sont désormais décalées aux heures les moins chaudes, parfois jusqu’en soirée. « Nous n’organisons plus de match de foot à midi ou à 14 heures », précise-t-il. Volley, basket et même foot sont reprogrammés vers 20 heures, tandis que des séances de piscine nocturne ont été ajoutées pour permettre aux vacanciers de profiter de l’extérieur sans souffrir de la chaleur.
Le camping mise aussi sur la végétation pour limiter les effets de la canicule. « Environ 80 % du site est couvert d’une végétation qui garantit ombre et fraîcheur », explique Pascal Besse. Les emplacements ont été agrandis et aérés, avec des parkings déplacés à l’extérieur pour éviter l’accumulation de chaleur. Les arbres plantés évoluent également : « Nous nous tournons davantage vers des essences résistantes adaptées au climat méditerranéen », ajoute-t-il. Une stratégie qui illustre la volonté de concilier confort des visiteurs et préservation de l’environnement.
Les touristes modifient leurs habitudes : entre évitement et recherche de fraîcheur
Face aux températures extrêmes, les visiteurs adaptent leur rythme de vacances. Les sorties se concentrent désormais tôt le matin ou tard le soir, et les activités sont calquées sur les moments les plus supportables de la journée. À Vérargues, où l’œnotourisme est roi, l’accueil des visiteurs se fait principalement dans des espaces protégés, comme les caveaux viticoles. Philippe Gendre, directeur de l’office de tourisme de Lunel, souligne que le territoire possède déjà une culture de l’adaptation : « Nous sommes dans des régions où historiquement le rythme des journées prend en compte les températures élevées. » Pour lui, le record de 2019 reste surtout symbolique : ce n’est pas tant les 46 °C en eux-mêmes qui ont bouleversé les habitudes, mais bien la répétition des fortes chaleurs.
Les professionnels observent également un phénomène de « remontée vers le nord » à l’échelle européenne. Certains vacanciers quittent désormais le sud de l’Espagne, devenu étouffant l’été, pour rejoindre le sud de la France. L’Hérault mise ainsi sur un étalement de la saison touristique, en valorisant le printemps, l’arrière-saison, mais aussi l’arrière-pays, les rivières et les lacs, prisés lorsque la chaleur devient écrasante sur le littoral. En 2025, le Lunellois a enregistré près de 1,75 million de nuitées, un chiffre qui confirme la résilience du secteur malgré les canicules.
Architecture et tradition : des solutions durables face à la chaleur
Si la climatisation s’est généralisée, certains acteurs du tourisme misent sur des alternatives plus durables, comme l’architecture traditionnelle. Les mas en pierre, avec leurs murs épais et leurs voûtes, offrent une fraîcheur naturelle qui séduit une clientèle en quête d’authenticité. Chantal Granier, qui refuse d’installer de la climatisation dans son établissement, incarne cette approche : « Installer une clim dans ce bâtiment ancien, ce serait le dénaturer. » Une position qui attire des habitués prêts à réserver longtemps à l’avance, convaincus par la promesse d’un séjour frais sans artifice.
Cette stratégie rejoint celle des campings, qui investissent dans la végétalisation et la conception de leurs espaces pour limiter les îlots de chaleur. En privilégiant des essences résistantes et en repensant l’aménagement des emplacements, ils cherchent à offrir un séjour agréable tout en réduisant leur empreinte écologique. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres régions confrontées à des défis climatiques similaires.
Reste à voir si ces adaptations suffiront à maintenir l’attractivité du sud de la France face à des étés de plus en plus étouffants. Une chose est certaine : la chaleur, autrefois perçue comme un atout climatique, est désormais un défi à relever pour le tourisme méditerranéen.
Les campings ont généralisé la climatisation dans leurs hébergements, décalé les activités sportives aux heures les moins chaudes, ajouté des séances de piscine nocturne et repensé l’aménagement des emplacements avec une végétalisation accrue. Certains ont également déplacé les parkings à l’extérieur pour éviter l’accumulation de chaleur.
Non, selon les chiffres de 2025, le Lunellois a enregistré 1,75 million de nuitées, un niveau stable malgré les canicules. Les professionnels observent même un phénomène de « remontée vers le nord », avec des vacanciers européens quittant le sud de l’Espagne pour rejoindre le sud de la France.