Le Festival de Cannes 2026 met à l’honneur un documentaire poignant qui explore les liens familiaux brisés par l’exil et les différences idéologiques, à travers le parcours de Mahsa et Siavash Karampour. Intitulé « Dans la gueule de l’ogre » et présenté dans la section Acid, ce film réalisé par Mahsa Karampour — également cinéaste — offre un regard intime sur la réconciliation entre une sœur cinéaste et son frère, chanteur punk iranien, séparés par des années de distance et de divergences politiques. Selon Libération, cette œuvre se distingue par sa capacité à mêler récit personnel et critique sociale, offrant une plongée dans les fractures d’une famille iranienne confrontée à l’exil et à la répression.
Ce qu'il faut retenir
- Le documentaire « Dans la gueule de l’ogre » de Mahsa Karampour est projeté à Cannes 2026 dans la section Acid, selon Libération.
- Il retrace la relation entre Mahsa, cinéaste, et Siavash, son frère chanteur punk, séparés par l’exil et leurs différences idéologiques.
- Mahsa Karampour est à la fois réalisatrice du film et protagoniste de ce récit familial.
- Le film aborde les thèmes de l’exil, de la répression politique en Iran et de la réconciliation entre deux figures aux parcours opposés.
- La section Acid du Festival de Cannes met traditionnellement en avant des œuvres engagées et innovantes, comme le rapporte Libération.
Une fratrie divisée par l’histoire et l’idéologie
Mahsa et Siavash Karampour incarnent, à travers leur histoire, les tensions qui traversent une génération d’Iraniens partagés entre tradition et modernité. Mahsa, établie en Europe en tant que cinéaste, et Siavash, resté en Iran où il développe une carrière de chanteur punk — genre musical souvent réprimé dans le pays —, illustrent deux réponses opposées face au régime iranien. Selon Libération, leur relation, d’abord tendue par des désaccords profonds, devient le cœur du documentaire, qui explore comment deux destins peuvent se rejoindre malgré tout. Le film ne se contente pas de raconter leur histoire : il interroge aussi la notion de « fratrie comme patrie », un concept qui prend tout son sens dans le contexte migratoire iranien.
Le titre du documentaire, « Dans la gueule de l’ogre », fait référence à une métaphore puissante de la répression en Iran. Pour Mahsa Karampour, ce choix n’est pas anodin : il reflète la pression constante exercée par le régime sur les dissidents, qu’ils soient artistes, intellectuels ou simples citoyens. « On a grandi dans un pays où la liberté était un luxe, explique-t-elle. Ce film est une façon de montrer que même quand on est loin, on reste sous l’emprise de cette « gueule » qui nous rappelle sans cesse notre origine. »
Un documentaire entre intimité et engagement politique
Ce qui frappe dans « Dans la gueule de l’ogre », c’est l’équilibre entre récit intime et dénonciation politique. D’un côté, le film suit les retrouvailles de Mahsa et Siavash, où se mêlent souvenirs d’enfance, tensions familiales et tentatives de réconciliation. De l’autre, il intègre des archives et des témoignages sur la répression en Iran, notamment celle qui a suivi le mouvement de contestation de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Amini. Selon Libération, ces éléments donnent au documentaire une dimension à la fois personnelle et universelle, où la politique et la famille s’entremêlent inextricablement.
Le frère et la sœur ne cachent pas leurs divergences : Siavash, dont les chansons critiquent ouvertement le régime, a fait face à des pressions constantes, tandis que Mahsa, en exil, a dû composer avec un sentiment de culpabilité face à ceux restés au pays. « On n’est pas d’accord sur tout, mais c’est justement ça qui rend notre relation réelle », confie Siavash dans le film. Le documentaire évite ainsi le piège du manichéisme, montrant une fratrie où l’amour et les désaccords coexistent.
En attendant, l’œuvre s’inscrit dans une tendance du cinéma iranien contemporain, qui utilise l’art comme arme de résistance face à l’oppression. Entre mémoire familiale et combat politique, « Dans la gueule de l’ogre » pose une question simple, mais essentielle : peut-on se reconstruire quand on est à la fois le témoin et la victime de l’histoire ? La réponse, comme le film, est nuancée.
La section Acid (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) est un espace dédié aux films engagés, innovants et souvent marginaux au sein du Festival de Cannes. Elle met en lumière des œuvres qui ne trouvent pas toujours leur place dans les sélections traditionnelles, comme le rapporte Libération.