En Centrafrique, deux semaines après l’investiture du président Faustin Archange Touadéra pour un nouveau mandat marquant l’avènement de la VIIe République, l’ancien Premier ministre et figure de l’opposition, Martin Ziguélé, rompt le silence. Selon RFI, l’actuel président du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) alerte sur la dégradation des conditions de vie des populations, après une décennie de gouvernance du régime en place. Dans un contexte politique toujours tendu entre le pouvoir et l’opposition, Ziguélé réaffirme la nécessité d’un dialogue inclusif entre les acteurs politiques et les forces vives du pays pour une meilleure gestion des affaires nationales.

Ce qu’il faut retenir

  • Investiture de Faustin Archange Touadéra : le président centrafricain a été investi pour un nouveau mandat il y a deux semaines, officialisant le passage à la VIIe République.
  • Sortie de Martin Ziguélé : l’ancien Premier ministre et leader du MLPC s’exprime publiquement après des mois de silence, critiquant la gouvernance actuelle.
  • Critique des conditions de vie : Ziguélé souligne la dégradation de la situation socio-économique après dix ans de pouvoir du régime en place.
  • Appel au dialogue inclusif : il insiste sur l’urgence d’un dialogue entre tous les acteurs politiques pour une gestion plus efficace du pays.

Un bilan économique et social contesté après dix ans de gouvernance

Dans son intervention, Martin Ziguélé, qui fut Premier ministre de 2001 à 2003 sous la présidence d’Ange-Félix Patassé, dresse un constat sévère sur l’héritage du régime actuel. « Les Centrafricains subissent une dégradation continue de leurs conditions de vie depuis une décennie », a-t-il déclaré, soulignant l’absence de résultats tangibles malgré les promesses de stabilisation et de développement. Selon lui, la persistance des tensions politiques et sécuritaires a empêché toute avancée significative sur les plans économique et social.

Ziguélé rappelle que le pays reste confronté à des défis majeurs, notamment la pauvreté généralisée, l’accès limité aux services de base et une insécurité endémique qui freine toute relance économique. « Le temps des discours doit laisser place à des actions concrètes », a-t-il ajouté, mettant en garde contre les risques d’un enlisement durable si aucune réforme structurelle n’est engagée. Ces propos interviennent dans un contexte où la Centrafrique tente de se relever après des années de crise politique et de conflits armés.

Des tensions persistantes entre pouvoir et opposition

Le climat politique en Centrafrique reste marqué par une défiance réciproque entre le camp présidentiel et les forces d’opposition. Après sa réélection en 2020, puis son investiture pour un nouveau quinquennat en mars 2026, Faustin Archange Touadéra a multiplié les tentatives de réconciliation nationale, sans parvenir à apaiser totalement les tensions. Plusieurs partis d’opposition, dont le MLPC de Ziguélé, dénoncent un manque de transparence dans la gestion des affaires publiques et une concentration du pouvoir entre les mains du président.

Selon des observateurs locaux, les désaccords portent notamment sur la réforme constitutionnelle, l’organisation des élections locales et la lutte contre la corruption. « Un dialogue inclusif n’est pas une option, mais une nécessité absolue pour sortir le pays de l’impasse », a insisté Ziguélé, rappelant que les crises politiques répétées ont souvent servi de terreau aux crises sécuritaires. Ces critiques s’inscrivent dans une dynamique régionale, alors que plusieurs pays voisins tentent de jouer un rôle de médiation.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour évaluer la capacité du gouvernement à répondre aux attentes de la population. Une réunion prévue à l’initiative de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) est attendue d’ici fin avril pour relancer le processus de dialogue politique. Par ailleurs, la tenue d’élections locales, initialement prévue pour 2025 mais reportée à plusieurs reprises, reste un sujet de tension. Reste à voir si l’appel de Ziguélé à l’unité nationale sera entendu, ou si les divisions persisteront au risque d’aggraver l’instabilité du pays.

Face à ces enjeux, le président Touadéra a jusqu’ici privilégié une approche sécuritaire pour stabiliser le pays, avec le soutien de la mission de l’ONU (MINUSCA) et des forces russes du groupe Wagner. Cependant, la pression de l’opposition et des partenaires internationaux pourrait l’inciter à engager des réformes plus ambitieuses, sous peine de voir la situation socio-économique se dégrader davantage. Dans l’immédiat, l’attention se porte sur la capacité des acteurs centrafricains à dépasser leurs divergences pour éviter une nouvelle escalade des violences.

Martin Ziguélé est une figure historique de la politique centrafricaine. Ancien Premier ministre de 2001 à 2003, il a été candidat à la présidence à plusieurs reprises, notamment en 2011 et 2015. Leader du MLPC, l’un des principaux partis d’opposition, il incarne une ligne critique envers le régime actuel et milite pour une gouvernance plus inclusive.