Selon Euronews FR, une étude chinoise révèle que le changement climatique étend les zones à risque du chikungunya, une maladie virale transmise par les moustiques. Les projections indiquent que des régions tempérées, comme l’Europe centrale et le nord-est de l’Amérique du Nord, pourraient devenir des foyers majeurs d’ici 2100.
Ce qu'il faut retenir
- 139 pays ou régions sont aujourd’hui exposés au risque de chikungunya, soit 21,3 % des terres émergées.
- Le virus pourrait gagner le nord, notamment l’Europe centrale, le nord-est de l’Amérique du Nord et l’Asie orientale, en raison de la hausse des températures.
- Le moustique tigre asiatique, plus résistant au froid que l’*Aedes aegypti*, favorise cette expansion.
- Entre 18 °C et 28 °C, le virus devient quatre à cinq fois plus contagieux dans le moustique.
- En 2025, 502 264 cas ont été recensés dans le monde, causant 186 décès dans 41 pays.
- Les systèmes de santé des pays tempérés doivent se préparer avant 2040 pour éviter une épidémie locale.
Un risque sanitaire en expansion géographique
Une étude publiée dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology, menée par des scientifiques chinois, montre que 139 pays ou régions sont désormais exposés au chikungunya. Ce chiffre représente 21,3 % des terres émergées, selon les données compilées par les chercheurs. Si l’Afrique et l’Asie du Sud restent les zones les plus touchées, le réchauffement climatique modifie progressivement la donne.
« Nous démontrons que, selon les modèles climatiques, le virus va s’étendre vers le nord, dans les régions tempérées », a indiqué le Dr Ye Xu, coauteur de l’étude. Parmi les zones concernées figurent l’Europe centrale, le nord-est de l’Amérique du Nord et l’Asie orientale. Aujourd’hui, le virus n’est pas endémique en Europe ou en Amérique du Nord, où les cas recensés concernent uniquement des voyageurs en provenance de zones tropicales ou subtropicales.
Des moustiques plus adaptés aux climats tempérés
Le chikungunya est principalement transmis par l’*Aedes aegypti*, un moustique présent dans les régions tropicales. Cependant, une mutation du virus lors de l’épidémie de 2005-2006 dans l’océan Indien a permis son adaptation au moustique tigre asiatique, plus résistant aux températures fraîches. « Comme ce moustique tolère mieux les conditions plus fraîches que l’*Aedes aegypti*, le réchauffement climatique pourrait lui permettre de s’installer dans des régions autrefois trop froides », a expliqué le Dr Yang Wu, autre coauteur de l’étude.
Les chercheurs ont également observé que des températures comprises entre 18 °C et 28 °C accélèrent de quatre à cinq fois la vitesse de développement du virus à l’intérieur du moustique. Une donnée qui augmente significativement le risque d’épidémies locales. « Lorsque des moustiques adaptés s’implantent, la probabilité de transmission locale du chikungunya augmente », a souligné le Dr Wu.
Un impact sanitaire déjà lourd et appelé à s’alourdir
Le chikungunya est désormais une menace mondiale. Selon les données de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), 502 264 cas ont été recensés en 2025 dans 41 pays et territoires, entraînant 186 décès. Le taux de létalité s’élève à environ 1,3 pour 1 000, ce qui correspond à une perte annuelle d’environ 284 000 années de vie ajustées sur l’incapacité, un indicateur mesurant les années de vie en bonne santé perdues en raison de la maladie ou du handicap.
Pour anticiper cette propagation, les chercheurs ont croisé des dizaines de milliers de données géolocalisées sur la présence des moustiques et du virus dans le monde. Ils ont ensuite projeté l’évolution de leurs aires de répartition entre aujourd’hui et 2100, en s’appuyant sur 16 scénarios climatiques élaborés par le GIEC. Si l’ampleur exacte de l’expansion dépend du scénario retenu, certaines régions apparaissent systématiquement comme des foyers majeurs : le centre-nord de l’Europe, le nord-est de l’Amérique du Nord et l’Asie orientale.
Des mesures préventives urgentes pour les systèmes de santé
Face à cette menace croissante, les auteurs de l’étude appellent les pays à se préparer. « La population n’a pas à paniquer, mais les systèmes de santé doivent se préparer en amont », a averti le Dr Xu. Parmi les mesures proposées figurent le suivi des populations de moustiques, la formation des professionnels de santé pour un diagnostic rapide, le renforcement de la lutte antivectorielle et la mise en place de plans de réaction rapide avant l’apparition d’épidémies.
« Ces mesures sont particulièrement importantes dans les régions tempérées où la maladie n’a pas été jusqu’ici un problème de santé publique de routine », a précisé le Dr Xu. Les pays identifiés comme prioritaires, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, les États-Unis, la Chine et le Japon, doivent intégrer la surveillance préventive des vecteurs et la formation au diagnostic clinique avant 2040.
Le chikungunya, autrefois limité aux régions tropicales, illustre ainsi comment le changement climatique redessine la carte des maladies infectieuses. Une adaptation rapide des politiques de santé publique sera déterminante pour éviter une épidémie majeure en Europe ou en Amérique du Nord.
Le chikungunya est une maladie virale transmise principalement par les moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus (moustique tigre). Il provoque de fortes fièvres, des douleurs articulaires et, dans certains cas, des complications neurologiques. La transmission se fait par la piqûre d’un moustique infecté.
Le moustique tigre (Aedes albopictus) supporte mieux les températures fraîches que l’*Aedes aegypti*. Avec le réchauffement climatique, il peut s’installer dans des régions autrefois trop froides pour lui, augmentant ainsi le risque de transmission locale du virus.