Une réforme législative canadienne, entrée en vigueur le 15 décembre 2025, a supprimé la limite de première génération pour l’obtention de la citoyenneté. Selon Courrier International, cette modification permet désormais à des milliers de personnes, comme Eve Greenfield, une parajuriste de 57 ans originaire de Chicago, de revendiquer leurs origines canadiennes jusqu’à des ancêtres lointains.
Ce qu'il faut retenir
- Une loi canadienne, adoptée fin 2025, supprime la limite de première génération pour l’accès à la citoyenneté.
- Des milliers d’Américains pourraient désormais déposer une demande de preuve de citoyenneté.
- Pour prouver la filiation, les demandeurs doivent fournir des documents comme des certificats de naissance ou de mariage.
- Les avocats spécialisés en immigration sont submergés de demandes depuis l’entrée en vigueur de la réforme.
- Cette mesure suscite des débats sur la pertinence d’accorder la citoyenneté à des personnes ayant peu de lien réel avec le Canada.
Jusqu’alors, la loi canadienne limitait la transmission de la citoyenneté à la première génération née à l’étranger. Cette restriction avait été jugée inconstitutionnelle par un tribunal en 2023, comme l’a rapporté la CBC. Depuis, le gouvernement libéral a corrigé cette disposition, permettant à quiconque de prouver sa filiation avec un ancêtre canadien, à condition de disposer des documents nécessaires.
Pour Cassandra Fultz, consultante en immigration canadienne, cette réforme marque un tournant : « Il n’y a plus de limite au nombre de générations dont on peut se réclamer, tant que la documentation pertinente les accompagne ». Parmi les pièces justificatives acceptées, on trouve les certificats de baptême, de naissance, ou encore de mariage en cas de changement de nom. Eve Greenfield incarne cette nouvelle réalité : après des années à aider des Canadiens à obtenir des visas, elle a pu retracer son arbre généalogique jusqu’à sa grand-mère, Gertrude Greenfield, née au Manitoba. Résultat, elle se déclare désormais « fière d’être canadienne », selon CTV News.
Des milliers d’Américains en quête de leurs racines
Selon Associated Press, les cabinets d’avocats spécialisés en droit de l’immigration, tant aux États-Unis qu’au Canada, sont submergés par une vague de demandes depuis l’adoption de la réforme. « Motivés par des considérations politiques, l’héritage familial, les possibilités d’emploi ou d’autres facteurs, des milliers d’Américains se demandent si la simplification du processus ne fait pas de ce moment le bon pour obtenir la double nationalité », explique l’agence de presse. Le New York Times estime que des millions d’Américains pourraient être éligibles, bien que le nombre exact reste difficile à établir.
Pour beaucoup de demandeurs, l’obtention de la citoyenneté canadienne est avant tout une question de reconnexion avec leurs origines. Comme le rappelle Le New York Times, l’histoire des migrations entre les deux pays est marquée par des flux importants. Au milieu du XVIIIe siècle, quelque 10 000 Acadiens, colons français installés dans les provinces atlantiques, furent expulsés pour avoir refusé de prêter serment d’allégeance à la Grande-Bretagne. Entre 1840 et 1930, près de 900 000 Canadiens français quittèrent le Québec pour la Nouvelle-Angleterre, à la recherche de meilleures opportunités économiques.
Un débat sur la légitimité de la citoyenneté « par héritage »
Cette réforme ne fait pas l’unanimité. Le National Post, quotidien conservateur, critique ouvertement cette mesure en ces termes : « Le Canada distribue la citoyenneté comme des bonbons ». Le journal souligne que « un pays ne peut accorder indéfiniment sa citoyenneté à des personnes qui n’ont aucun lien réel avec lui ». Pour autant, le quotidien précise qu’il ne s’agit pas de rejeter les nouveaux arrivants : « Les personnes qui choisissent de venir ici, de s’y établir et de contribuer à nos communautés renforcent le Canada. C’est très différent d’accorder la citoyenneté indéfiniment à des personnes dont le seul lien avec le Canada est un ancêtre lointain. »
Autre élément notable de la réforme : à l’avenir, les parents canadiens devront avoir résidé au moins 1 095 jours au Canada pour transmettre la citoyenneté à leurs enfants. Une disposition que la BBC a relevée, soulignant qu’elle vise à renforcer le lien entre les nouveaux citoyens et le pays.
« Il n’y a plus de limite au nombre de générations dont on peut se réclamer, tant que la documentation pertinente les accompagne. »
Cassandra Fultz, consultante en immigration canadienne
Cette mesure s’inscrit dans un contexte plus large de révision des politiques d’immigration canadiennes, visant à attirer des talents tout en préservant l’identité nationale. Pour les demandeurs, la clé du succès réside dans la capacité à fournir des preuves solides de leur filiation. Une chose est sûre : pour des milliers de personnes à travers l’Amérique du Nord, l’idée de « retrouver ses racines » prend désormais un sens bien concret.
Les demandeurs doivent fournir des certificats de naissance, de baptême, ou de mariage en cas de changement de nom. Ces documents permettent d’attester la filiation avec un ancêtre né au Canada. D’autres preuves, comme des registres paroissiaux ou des actes notariés, peuvent également être acceptées.
La réforme s’applique à toutes les demandes déposées depuis son entrée en vigueur, le 15 décembre 2025. Les dossiers en cours avant cette date restent soumis à l’ancienne réglementation. Les autorités canadiennes n’ont pas encore précisé si un rattrapage serait possible pour les demandes rejetées sous l’ancien régime.