Quatre organisations majeures de la production et de la création audiovisuelles ont choisi la Journée de la création, organisée ce jeudi 7 mai 2026 à Paris par le Festival de la fiction de La Rochelle, pour alerter sur les menaces qui pèsent sur leur secteur. Selon Ouest France, ces acteurs, représentant des dizaines de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, ont formulé cinq exigences précises pour préserver l’avenir de la fiction française.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinq exigences majeures ont été présentées par les quatre organisations réunies à Paris.
  • La protection de l’audiovisuel public figure en tête de leurs priorités.
  • L’intelligence artificielle et son impact sur la création sont au cœur des débats.
  • Le financement des projets de fiction est également pointé du doigt.
  • La Journée de la création s’inscrit dans le cadre du Festival de la fiction de La Rochelle, un événement clé du paysage audiovisuel français.

Un secteur en alerte face aux transformations technologiques et économiques

Les quatre organisations — qui représentent des centaines de producteurs, réalisateurs et créateurs — ont profité de cette rencontre pour tirer la sonnette d’alarme. Selon Ouest France, elles estiment que la fiction n’est pas un simple divertissement, mais un outil essentiel pour porter des valeurs et des idées. « La fiction n’est pas un luxe ; elle porte des valeurs », a rappelé l’une des porte-parole lors de la conférence de presse. Autant dire que les enjeux sont à la fois artistiques et sociétaux, bien au-delà du simple cadre économique.

Parmi les sujets qui les préoccupent, l’intelligence artificielle occupe une place centrale. Les créateurs craignent que son utilisation massive ne standardise les contenus et ne réduise la diversité des récits. « Nous devons encadrer son usage pour qu’elle reste un outil au service de la création, et non l’inverse », a souligné un producteur présent lors de l’événement. Le débat porte notamment sur la protection des œuvres originales face à la multiplication des contenus générés par IA, souvent sans contrôle ni respect des droits d’auteur.

L’audiovisuel public et le financement : des piliers menacés

Autre point noir : la fragilisation de l’audiovisuel public. Les organisations signataires rappellent que les chaînes publiques jouent un rôle clé dans la diffusion de fictions françaises, notamment celles qui explorent des sujets de société ou des histoires locales. « Sans un soutien fort de l’État et des diffuseurs publics, une partie de notre patrimoine culturel risque de disparaître », a averti un représentant des syndicats de producteurs. Le financement des projets, déjà complexe, devient encore plus incertain dans un contexte de restrictions budgétaires et de concurrence accrue.

Pour répondre à ces défis, les quatre organisations ont listé cinq exigences concrètes. La première vise à renforcer le financement public et privé des fictions, en instaurant des mécanismes pérennes. La seconde demande un cadre légal strict pour encadrer l’usage de l’IA dans la création, afin d’éviter les dérives. Les autres points concernent la protection des droits d’auteur, la promotion de la diversité des récits et le soutien à l’innovation dans les formats.

« La fiction est un langage universel qui permet de raconter la société, de la questionner, de la faire évoluer. Sans elle, nous perdons une partie de notre capacité à imaginer ensemble l’avenir. »
— Déclaration commune des quatre organisations, retranscrite par Ouest France

Paris et La Rochelle, deux villes au cœur des enjeux culturels

La rencontre de ce jeudi s’est tenue à Paris, mais elle s’inscrit dans la continuité des débats qui animent chaque année le Festival de la fiction de La Rochelle. Cet événement, l’un des plus importants dédiés à la fiction télévisée en Europe, sert de catalyseur pour les professionnels du secteur. « C’est ici que se jouent souvent les annonces majeures qui façonnent notre industrie », a rappelé un organisateur du festival. La Rochelle, avec son ambiance à la fois professionnelle et conviviale, offre un cadre idéal pour des échanges aussi stratégiques.

Les participants ont également souligné l’importance de cette mobilisation collective. « Personne ne peut agir seul face à ces défis. Nous avons besoin d’une réponse coordonnée, qui implique les pouvoirs publics, les diffuseurs et les créateurs », a expliqué une réalisatrice présente lors de la journée. Les cinq exigences formulées ce jeudi pourraient ainsi servir de base à une plateforme commune, susceptible d’être présentée aux institutions dans les mois à venir.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient intervenir d’ici l’automne 2026, lorsque les organisations signataires prévoient de rencontrer les représentants du ministère de la Culture et des principales chaînes de télévision. Une date butoir a même été évoquée : celle du prochain budget de l’État, dont le vote est attendu début 2027. D’ici là, les débats devraient s’intensifier, notamment autour des propositions concrètes pour encadrer l’IA et sécuriser le financement des fictions. Reste à voir si ces exigences seront suivies d’effets, ou si elles resteront lettre morte.

En attendant, une chose est sûre : la Journée de la création a marqué un coup d’envoi. Les acteurs du secteur, déterminés, semblent prêts à faire entendre leur voix. « Nous ne lâcherons rien », a conclu un producteur. « La fiction française a encore de beaux jours devant elle, mais il faut se battre pour qu’elle puisse exister. »

Les quatre organisations en question sont le Syndicat des Producteurs de Films d’Animation (SPFA), le Syndicat des Producteurs Indépendants (SPI), la Fédération des Industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia (FICAM), et le Collectif des Réalisateurs Indépendants (CRI). Selon Ouest France, ces syndicats et collectifs représentent ensemble plusieurs centaines de professionnels du secteur.