Le marché du crédit immobilier connaît une embellie temporaire en ce mois de mai 2026, selon les données compilées par Pretto et rapportées par Capital. Une accalmie qui contraste avec les tensions observées depuis le début de l’année, marquées par la hausse des taux d’intérêt en réponse aux tensions géopolitiques et à l’inflation persistante. Les taux moyens s’affichent désormais à 3,27 % sur 15 ans, 3,42 % sur 20 ans et 3,50 % sur 25 ans, des niveaux stables depuis avril. Pourtant, cette fenêtre de répit pourrait bien se refermer dès juin, si la Banque centrale européenne (BCE) concrétise ses prévisions d’inflation revues à la hausse.
Ce qu'il faut retenir
- Les taux moyens de crédit immobilier s’établissent à 3,27 % sur 15 ans, 3,42 % sur 20 ans et 3,50 % sur 25 ans en mai 2026, selon Pretto et Capital.
- La BCE a maintenu ses taux directeurs à 2 % fin avril, mais anticipe une inflation à 2,6 % pour 2026, contre 1,9 % initialement prévu.
- Les marchés obligataires anticipent une à deux hausses des taux directeurs d’ici la fin 2026, ce qui pourrait entraîner une remontée des taux immobiliers dès juin.
- Le conflit au Moyen-Orient continue de faire pression sur les prix du pétrole, alimentant l’inflation au-delà du seul poste énergétique.
- Pierre Chapon, cofondateur de Pretto, estime que la situation reste moins explosive qu’en 2022, malgré des tensions persistantes.
Cette stabilisation des taux intervient dans un contexte économique particulièrement agité. Depuis fin février, les frappes américano-israéliennes sur l’Iran ont plongé les marchés financiers dans une nervosité palpable. L’OAT à 10 ans, référence pour les banques dans la fixation des taux immobiliers, a ainsi franchi la barre des 3,60 % à la mi-mars, contre 3,40 % en février. Une hausse brutale qui avait alors fait craindre une nouvelle escalade des coûts d’emprunt. Mais mai apporte un soulagement temporaire, même si les experts restent prudents.
Pierre Chapon, cofondateur de Pretto, souligne que « la guerre au Moyen-Orient, même si elle évolue chaque jour, a globalement fait monter les prix du pétrole ». Il précise : « Cela a des conséquences sur les chaînes d’approvisionnement. L’inflation est en train d’arriver partout, au-delà du simple prix à la pompe. » Une analyse qui rappelle les mécanismes à l’œuvre lors du conflit en Ukraine en 2022, lorsque les taux immobiliers avaient bondi de 1 % à près de 4 % en dix-huit mois. Pourtant, Chapon tempère : « Le contexte de départ est très différent. En 2022, on partait de taux historiquement bas, avec une activité économique dynamique et une forte demande. Aujourd’hui, l’activité est plus molle, avec des droits de douane et un chômage en hausse. Il n’y a pas de rattrapage à faire. »
Les banques, de leur côté, adoptent des stratégies contrastées. Certaines, comme le CCF, ont fortement relevé leurs grilles en avril par précaution face aux tensions obligataires, avant de les abaisser à nouveau en mai pour reconquérir des parts de marché. Le CCF a ainsi réduit ses barèmes de 0,10 à 0,25 point, effaçant presque intégralement sa précédente hausse. À l’inverse, le Crédit Agricole Île-de-France a choisi de remonter ses taux de 0,10 point. Pour Chapon, ce « yoyo » reflète « un marché piloté de très près par les banques, qui peuvent revenir rapidement pour capter des dossiers ». Son conseil aux emprunteurs ? « Comparer, et comparer au bon moment. »
« Il y a une petite pause dans la hausse en mai, donc une fenêtre. Il ne faut pas traîner. » — Pierre Chapon, cofondateur de Pretto
Pour un ménage gagnant 4 000 euros nets par mois, cette pause représente une opportunité. Avec des taux stables en mai, il peut encore emprunter 279 000 euros sur 25 ans pour une mensualité de 1 400 euros. En cas de hausse de 0,10 point, la mensualité n’augmenterait que de 14 euros. « Les taux augmentent, mais ils restent bons », rappelle Chapon. « Les hausses ne sont pas de nature à rendre un projet inintéressant. Il faut garder la tête froide et se dire qu’on peut encore trouver 3,3 ou 3,4 % sur 25 ans, à taux fixe. » Dans un contexte d’incertitude persistante, notamment sur les retraites, l’immobilier conserve donc une attractivité, selon l’expert.
La situation reste donc sous haute surveillance. Les banques continueront d’ajuster leurs barèmes en fonction de l’évolution des marchés, tandis que les ménages devront composer avec un environnement où l’inflation et les taux d’intérêt resteront des variables clés. Une chose est sûre : mai offre une parenthèse bienvenue, mais elle ne durera pas éternellement.
Les marchés obligataires anticipent une à deux hausses des taux directeurs de la BCE d’ici décembre 2026, selon les prévisions révisées de l’inflation à 2,6 %. Si ce scénario se confirme, les taux immobiliers pourraient repartir à la hausse dès juin ou juillet, avec un impact direct sur le coût des crédits. Les experts estiment qu’une hausse de 0,10 point entraînerait une augmentation de la mensualité d’environ 14 euros pour un emprunt de 279 000 euros sur 25 ans.
Contrairement à la période post-invasion de l’Ukraine en 2022, où les taux étaient partis de niveaux historiquement bas (1 %), le contexte actuel est différent. L’activité économique est plus atone, avec des facteurs comme les droits de douane ou un chômage élevé qui limitent la demande. Les taux actuels, bien qu’en légère hausse, restent inférieurs à ceux observés lors des pics précédents, ce qui permet aux projets immobiliers de rester viables.