Alors que le Festival de Cannes s’apprête à ouvrir ses portes, le président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), Gaëtan Bruel, dresse un constat alarmant sur l’état de la filière cinématographique mondiale. Dans un entretien accordé au Figaro, il met en garde contre une « crise d’ampleur mondiale » qui menace non seulement les salles de cinéma, mais aussi l’emploi, la souveraineté culturelle et la diversité des récits en France.
Ce qu'il faut retenir
- Gaëtan Bruel, président du CNC, qualifie la situation de « moment de grand danger » pour le cinéma, avec des risques de délocalisations et de perte de souveraineté culturelle.
- Le CNC soutient directement une soixantaine de films en compétition à Cannes cette année, parmi les 150 présentés sur la Croisette.
- La crise touche l’ensemble de la filière : salles de cinéma, séries, jeux vidéo et même les aides publiques, comme en témoigne la suspension récente d’un fonds d’aide aux créateurs.
- La concurrence des plateformes de streaming, bien que toujours un enjeu, n’est plus le principal défi : c’est désormais la perte de contrôle sur les imaginaires qui inquiète le plus.
Une filière sous tension avant l’ouverture du Festival de Cannes
Selon le Figaro, l’institution que dirige Gaëtan Bruel sera bien présente sur la Croisette, où pas moins de soixante films ayant bénéficié des aides du CNC figurent en compétition. Mais derrière l’éclat du glamour cannois, les acteurs du secteur expriment des inquiétudes croissantes. « Nous vivons un moment de grand danger pour la filière », déclare le président du CNC, soulignant que la crise dépasse désormais le cadre historique des salles face aux plateformes de streaming. Pour lui, « nous parlons d’une filière industrielle, avec les risques d’une casse de l’emploi, de délocalisations et d’une perte de souveraineté sur nos récits et nos imaginaires ».
Le CNC, créé après-guerre pour soutenir la création française, joue un rôle central dans ce paysage. Pourtant, son action se heurte à des défis structurels. Les aides publiques, souvent pointées du doigt, doivent désormais composer avec une concurrence accrue venue des États-Unis, de la Corée du Sud ou de la Chine, où les financements publics et privés sont massifs.
La crise dépasse le simple cadre des salles de cinéma
Gaëtan Bruel rappelle que les défis actuels ne se limitent pas à la concurrence des services de streaming, un sujet récurrent depuis les années 2010. Aujourd’hui, c’est l’ensemble de l’écosystème qui est fragilisé : « La véritable concurrence pour les œuvres de qualité ne vient plus seulement des plateformes, explique-t-il. Elle émerge aussi des séries, des jeux vidéo et même des contenus hybrides, où la frontière entre ces médias s’estompe ». Pour le président du CNC, cette évolution menace directement la capacité des producteurs français à contrôler leurs récits et à préserver une industrie culturelle autonome.
Cette situation s’inscrit dans un contexte où la France, malgré ses atouts, n’est pas épargnée. Si la filière résiste mieux qu’ailleurs grâce à son système d’aides et à sa diversité, elle n’en reste pas moins vulnérable. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2020 et 2025, le nombre de films produits en France a légèrement diminué, tandis que les coûts de production ont augmenté, notamment en raison de la hausse des salaires et des contraintes réglementaires.
Les aides publiques au cœur des débats
Le CNC n’est pas épargné par les turbulences. Comme le rapporte le Figaro, sa commission a récemment décidé de suspendre temporairement l’un de ses fonds d’aide destiné aux créateurs de contenus, faute de pouvoir délibérer « sereinement ». Cette décision, qui a suscité des polémiques, illustre les tensions internes autour de l’utilisation des subventions publiques. Certains estiment que les critères d’attribution doivent être revus pour s’adapter à un paysage médiatique en pleine mutation, tandis que d’autres craignent une remise en cause de l’équilibre qui a permis à la France de figurer parmi les leaders mondiaux du cinéma.
Cette suspension intervient dans un contexte où les critiques sur le CNC se multiplient. Certains lui reprochent de ne pas assez soutenir l’innovation, tandis que d’autres l’accusent, à l’inverse, de privilégier des projets trop éloignés des attentes du public. Gaëtan Bruel, lui, défend une ligne pragmatique : « Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, rappelle-t-il. Le système français a fait ses preuves, mais il doit évoluer pour rester pertinent ».
Alors que le monde du cinéma se réunit sur la Croisette, les enjeux dépassent largement le cadre artistique. Ils touchent à l’identité culturelle d’un pays, à la pérennité d’emplois qualifiés et à la capacité de la France à préserver son indépendance face à une concurrence toujours plus féroce. Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce comme un tournant pour l’industrie.
Selon Gaëtan Bruel, les risques principaux sont la casse de l’emploi, les délocalisations, la perte de souveraineté sur les récits culturels et la concurrence accrue des contenus étrangers, notamment américains et asiatiques.