Quatre nouveaux centres de données pourraient consommer plus d’un tiers de la capacité électrique maximale de la ville du Cap, en Afrique du Sud, alerte Daily Maverick, média d’investigation local, selon Courrier International. Ces infrastructures, qui s’ajouteraient aux 62 data centers déjà installés dans le pays, nécessiteraient 580 mégawatts (MW), soit 34 % de la puissance électrique mobilisée lors des pics de demande dans la métropole sud-africaine.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Afrique du Sud abrite déjà 62 data centers, un record sur le continent africain.
  • Quatre nouveaux centres pourraient exiger 580 MW, soit 34 % de la capacité électrique maximale du Cap lors des pics de consommation.
  • La municipalité du Cap n’a pas confirmé ces chiffres, mais reconnaît une baisse de 20 % de la consommation électrique depuis 2008.
  • Deux projets portés par Equinix suscitent l’opposition, notamment pour leur impact sur l’eau, alors que la région a frôlé le « Day Zero » en 2018.
  • Les opposants craignent l’absence de transparence sur la consommation réelle d’eau des futurs data centers.

Une consommation électrique record en question

Les quatre nouveaux projets de data centers envisagés au Cap pourraient, selon Daily Maverick, représenter une charge électrique équivalente à 580 MW. Une demande qui, si elle se concrétise, dépasserait 34 % de la capacité maximale mobilisée lors des pics de consommation dans la ville. Le Cap, comme le reste de l’Afrique du Sud, reste marqué par une crise énergétique persistante, marquée par des coupures d’électricité chroniques ces dernières années. Pourtant, la municipalité du Cap n’a pas confirmé ces estimations, soulignant que la consommation électrique locale a diminué de 20 % depuis 2008.

Interrogée par le média, la municipalité a estimé que l’impact supplémentaire des data centers « n’est pas si important ». Une position qui contraste avec les inquiétudes exprimées par des groupes de la société civile et des experts en énergie. Jusqu’à présent, les data centers implantés dans les trois plus grandes villes d’Afrique du Sud ont été approuvés avec peu de consultation publique, malgré les débats mondiaux sur leur empreinte environnementale.

L’ombre de la pénurie d’eau plane sur les projets

Parmi les opposants aux nouveaux centres de données, deux organisations se distinguent : Foxglove et The Housing Assembly. Elles dénoncent notamment l’absence d’évaluation précise de la consommation d’eau des infrastructures. Equinix, l’entreprise porteuse de deux des projets, assure que ses data centers utiliseront des systèmes de refroidissement à air sec, limitant ainsi leur besoin en eau. Pourtant, pour les associations, cette promesse ne suffit pas.

Le risque est d’autant plus prégnant que la région a frôlé, en 2018, un « Day Zero » — le jour où les robinets seraient restés vides faute de réserves suffisantes. Le Cap reste extrêmement vulnérable aux pénuries d’eau, un contexte qui rend les projets encore plus controversés. « Ces infrastructures consomment énormément d’énergie et d’eau, des ressources déjà rares dans le pays », rappelle un porte-parole de The Housing Assembly.

Des projets approuvés dans l’opacité

Daily Maverick souligne que les autorisations pour les data centers dans les grandes villes sud-africaines sont souvent accordées avec peu de transparence. « Les projets ont été approuvés avec relativement peu de participation ou de contrôle du public », indique le média, alors que les débats sur l’impact environnemental de ces infrastructures s’intensifient à l’échelle mondiale. L’Afrique du Sud, qui héberge déjà 62 data centers, est le pays africain le plus équipé en la matière, mais cette avance s’accompagne désormais de critiques croissantes.

Parmi les projets en cours, celui d’Equinix, qui prévoit deux nouveaux centres près de l’aéroport du Cap, cristallise les tensions. Ces infrastructures devraient nécessiter 160 MW chacune, une consommation qui, dans un contexte de crise énergétique, interroge sur la priorité donnée à ces projets face aux besoins des ménages et des entreprises locales.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir s’intensifier les débats autour de ces projets. La municipalité du Cap et les autorités régionales devront trancher sur la faisabilité de ces infrastructures, dans un contexte où la demande en électricité reste sous haute tension. Les associations attendent notamment une étude d’impact environnemental complète, incluant une évaluation précise de la consommation d’eau. Une décision est attendue d’ici la fin de l’année, alors que la société civile promet de maintenir la pression pour une gestion plus transparente des ressources.

En attendant, la question reste entière : comment concilier le développement des data centers, symbole de la transition numérique, avec les contraintes énergétiques et hydriques d’un pays en tension permanente ?

Les data centers nécessitent une alimentation électrique constante pour faire fonctionner leurs serveurs et systèmes de refroidissement. Selon l’ADEME, un seul centre de données peut consommer autant d’électricité qu’une ville de 50 000 habitants. Leur refroidissement représente jusqu’à 40 % de leur consommation totale.

Le « Day Zero » désigne le jour où une ville n’a plus assez d’eau pour alimenter ses robinets. En 2018, Le Cap a frôlé cette situation, avec des réserves d’eau tombées à 13,5 % de leur capacité. La ville a évité le pire grâce à des restrictions drastiques et des pluies tardives.