Selon Libération, le socio-économiste Nicolas Farvaque met en lumière les lacunes persistantes en matière d’accompagnement des jeunes en situation de décrochage scolaire ou d’absence d’emploi et de formation. Face à ce constat, il appelle à la mise en place d’une « vraie stratégie pour l’apprentissage », ainsi qu’à l’instauration de parcours professionnels durables dans des secteurs en tension, notamment ceux du soin et de l’aide à domicile.

Ce qu'il faut retenir

  • Nicolas Farvaque, socio-économiste, souligne l’urgence de structurer une politique publique dédiée à l’apprentissage des jeunes en décrochage scolaire.
  • Il propose de créer des parcours durables dans les métiers confrontés à des pénuries de main-d’œuvre, comme les secteurs du soin et de l’aide à domicile.
  • Cette approche vise à réduire le nombre de jeunes ni en emploi ni en formation, un phénomène qui concerne encore trop de personnes en France.

Le phénomène des jeunes ni en emploi ni en formation, souvent désigné par l’acronyme NEET (Not in Education, Employment or Training), reste un défi majeur pour les pouvoirs publics. Selon les dernières données disponibles, plus de 1,5 million de jeunes âgés de 15 à 29 ans en France se trouvent dans cette situation, soit près de 12 % de cette tranche d’âge. Ce chiffre, qui concerne autant les jeunes diplômés que ceux sans qualification, met en lumière les failles d’un système éducatif et professionnel qui peine à offrir des alternatives concrètes aux décrocheurs.

Pour Nicolas Farvaque, spécialiste des politiques publiques et de l’économie du travail, la solution passe par une refonte des dispositifs existants. « Il faut des moyens pour anticiper le décrochage scolaire et proposer des alternatives crédibles aux jeunes en difficulté », a-t-il déclaré. Selon lui, l’apprentissage doit être placé au cœur de cette stratégie, avec des parcours adaptés aux réalités du marché du travail. « Les métiers en tension, comme ceux du soin ou de l’aide à domicile, offrent des opportunités réelles, mais il faut les rendre attractifs et accessibles », a-t-il ajouté.

Les secteurs du soin et de l’aide à domicile, confrontés à un vieillissement de la population et à une pénurie de personnel qualifié, pourraient effectivement absorber une partie de ces jeunes en quête de sens et de stabilité professionnelle. Pourtant, les freins persistent : manque de visibilité sur les formations, rémunérations parfois insuffisantes, ou encore méconnaissance des dispositifs d’accompagnement. Pour Farvaque, la réponse doit être globale : « Une stratégie efficace doit combiner incitations financières, simplification administrative et partenariats renforcés entre les acteurs de l’éducation, de la formation et du monde économique. »

« Les métiers en tension offrent des opportunités réelles, mais il faut les rendre attractifs et accessibles. » — Nicolas Farvaque, socio-économiste

Les dispositifs actuels, comme les missions locales ou les contrats d’apprentissage, peinent à toucher l’ensemble des jeunes concernés. Seuls 45 % des jeunes en décrochage scolaire bénéficient d’un accompagnement personnalisé, selon les chiffres du ministère du Travail. Les autres se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes, faute de structures adaptées ou de relais efficaces. « On parle beaucoup de prévention, mais les moyens alloués restent insuffisants », a souligné Farvaque. « Il faut investir dans des programmes de détection précoce, dès le collège, et former davantage d’intervenants capables d’accompagner ces jeunes vers des solutions concrètes. »

La crise sanitaire a encore aggravé la situation, avec une hausse de 15 % des jeunes NEET entre 2020 et 2022, selon l’INSEE. Les perturbations scolaires et les fermetures de structures d’accueil ont laissé des traces durables, notamment pour les jeunes issus de milieux défavorisés. « La pandémie a révélé les inégalités sociales sous-jacentes », rappelle Farvaque. « Aujourd’hui, il est urgent de combler ces écarts avant qu’ils ne se transforment en fossés insurmontables. »

Et maintenant ?

Une concertation entre l’État, les régions et les acteurs socio-économiques est attendue dans les prochains mois pour définir les contours d’une nouvelle stratégie nationale en faveur de l’apprentissage. Plusieurs pistes sont évoquées, comme l’extension des aides financières pour les entreprises accueillant des apprentis ou la création de « campus métiers » dédiés aux secteurs en tension. Une feuille de route détaillée devrait être présentée d’ici la fin de l’année, avec des mesures opérationnelles à partir de 2027. Reste à voir si ces propositions parviendront à inverser durablement la tendance.

Pour les jeunes concernés, le chemin vers une insertion professionnelle réussie passe inévitablement par une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés. En attendant, le défi reste entier : transformer les intentions en actions concrètes, avant que le décrochage ne devienne une fatalité pour une génération.

Les secteurs du soin (infirmiers, aides-soignants) et de l’aide à domicile (auxiliaires de vie, accompagnants d’élèves en situation de handicap) figurent parmi les plus concernés par les besoins en recrutement. D’autres domaines, comme la restauration ou le bâtiment, rencontrent également des difficultés à recruter, mais de manière moins structurelle.