Le salon international de la défense et de la sécurité terrestres et aériennes Eurosatory, organisé à Villepinte en banlieue parisienne, a servi de tribune ce mardi 16 juin 2026 à deux figures du centre politique français, Édouard Philippe et Gabriel Attal. Les deux candidats à l’élection présidentielle de 2027 y ont exposé leurs visions pour renforcer la souveraineté militaire de la France, en insistant sur l’augmentation des capacités industrielles, la multiplication des réservistes et une réduction de la dépendance aux équipements américains.

Selon BFM Business, Édouard Philippe, président du parti Horizons et ancien Premier ministre, et Gabriel Attal, secrétaire général du parti Renaissance, ont tous deux souligné la nécessité de « massifier » l’appareil de défense français. Leur visite, effectuée le même jour sans qu’ils ne se croisent, marque une volonté commune de placer la question de la défense au cœur des débats politiques à un an de l’échéance électorale.

Ce qu'il faut retenir

  • Édouard Philippe propose de multiplier par cinq le nombre de réservistes, visant 200 000 à 250 000 réservistes, contre moins de 50 000 actuellement et un objectif de 80 000 d’ici 2030 selon la loi de programmation militaire en vigueur.
  • Il suggère également d’instaurer un service militaire volontaire de 50 000 personnes par an, bien supérieur aux dispositifs actuels.
  • Gabriel Attal plaide pour une « désaméricanisation » de la défense française et la réduction des achats de matériel américain.
  • Il propose la création d’un « dôme de fer » européen et une revue des programmes de défense après 2027 pour identifier les marges d’innovation et les coûts.
  • Les deux candidats s’accordent sur la nécessité de renforcer la production nationale de munitions et de densifier les capacités industrielles de défense.
  • La France compte actuellement une armée de 200 000 à 250 000 militaires d’active, avec un objectif de réservistes bien inférieur à celui envisagé par Philippe.

Une vision commune : plus de masse et plus de souveraineté

Édouard Philippe a rappelé que la loi de programmation militaire (LPM), adoptée et en cours d’exécution, constitue une base solide pour la défense française. Cependant, il estime que la priorité doit désormais porter sur la « masse » : « Nous devons désormais nous préoccuper de la masse : plus de soldats, plus de drones, plus de munitions, plus de matériels, plus de logiciels », a-t-il déclaré à l’issue de sa visite.

Pour atteindre cet objectif, le maire du Havre propose notamment de densifier le nombre de réservistes. Aujourd’hui, la France en compte moins de 50 000, un chiffre bien en deçà des ambitions affichées. La LPM prévoit d’atteindre 80 000 réservistes d’ici 2030, puis 105 000 en 2035, soit un réserviste pour deux militaires d’active. Philippe, lui, vise un ratio d’un réserviste pour un soldat d’active, avec un effectif total de 200 000 à 250 000 réservistes. « Un réserviste pour un soldat d’active », a-t-il insisté lors de son intervention.

Au-delà des effectifs, Édouard Philippe a également mis l’accent sur la nécessité de réorganiser l’économie française pour produire davantage de munitions. « Nous devons organiser notre économie pour être en mesure de produire plus de munitions », a-t-il souligné, sans préciser les moyens concrets pour y parvenir.

Attal et la « désaméricanisation » de la défense française

Gabriel Attal, de son côté, a présenté quatre priorités pour la défense française : l’indépendance, l’anticipation, la capacité à porter de grands projets et l’Europe. « On doit continuer à renforcer notre souveraineté, notre indépendance, désaméricaniser notre défense », a-t-il déclaré, en insistant sur la nécessité de réduire la dépendance aux équipements militaires américains.

Le secrétaire général de Renaissance a également proposé de lancer une revue des programmes de défense après l’élection présidentielle de 2027. Cette revue aurait pour but d’identifier, programme par programme, les coûts, les délais et les marges d’innovation possibles. « Je proposerai qu’un nouveau livre blanc soit lancé », a-t-il ajouté, en référence au dernier document de ce type, publié en 2013. Attal a également évoqué la construction d’un « dôme de fer » européen, une idée qu’il a qualifiée d’équivalent à un bouclier anti-missiles pour le continent.

Sur le plan européen, Gabriel Attal s’est prononcé en faveur d’une coopération renforcée entre les États membres, notamment pour développer des grands projets industriels communs. Il a également évoqué la nécessité de poursuivre les efforts en matière d’innovation technologique, sans entrer dans le détail des programmes concernés.

Deux visions en compétition au sein du centre

Édouard Philippe et Gabriel Attal, tous deux candidats à la présidentielle de 2027, ont arpenté les allées d’Eurosatory sans se croiser. Interrogé par la presse, Philippe a tenu à préciser : « Je suis ici pour parler de la défense. Je ne suis pas en guerre contre Gabriel Attal ». Les deux hommes, en compétition au sein du bloc central, pourraient se rapprocher début 2027, mais leurs propositions divergent sur certains points clés.

Si Attal mise sur une revue des programmes et une coopération européenne accrue, Philippe insiste davantage sur la massification des effectifs et la production industrielle. Leurs propositions respectives reflètent leurs priorités politiques, mais aussi leurs visions de la place de la France dans le paysage géopolitique mondial.

Et maintenant ?

Les propositions d’Édouard Philippe et Gabriel Attal pourraient alimenter les débats politiques dans les mois à venir, alors que la France s’apprête à organiser l’élection présidentielle de 2027. Leurs visions respectives en matière de défense seront probablement affinées, notamment en fonction des évolutions du contexte international. Une chose est sûre : la question de la souveraineté militaire et industrielle restera au cœur des discussions, alors que les tensions géopolitiques persistent en Europe et dans le monde.

Reste à voir comment ces propositions seront perçues par les électeurs et si elles trouveront un écho suffisant pour influencer les programmes des partis politiques. Pour l’heure, aucune date n’a été fixée pour une éventuelle mise en œuvre de ces mesures, mais les discussions pourraient s’intensifier d’ici la fin de l’année 2026.

Selon la loi de programmation militaire en vigueur, la France vise 80 000 réservistes d’ici 2030, puis 105 000 en 2035. Ces chiffres restent bien inférieurs aux 200 000 à 250 000 réservistes proposés par Édouard Philippe.

Le « dôme de fer » européen est une proposition visant à créer un système de défense antimissile pour protéger le continent. Il s’inspire du bouclier antimissile israélien du même nom, conçu pour intercepter des roquettes et missiles ennemis.