Les députés examinent en commission une révision de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, selon BFM Business. Deux ans et demi après son adoption initiale, le texte propose d’ajouter 36 milliards d’euros au budget initialement prévu, portant ainsi les dépenses militaires à 413 milliards d’euros sur six ans. L’objectif affiché est d’atteindre un budget annuel de 76,3 milliards d’euros en 2030, soit 2,5 % du PIB, un seuil symbolique dans un contexte géopolitique marqué par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet de loi propose d’ajouter 36 milliards d’euros au budget initial de la LPM 2024-2030, portant les dépenses totales à 413 milliards d’euros.
  • L’enveloppe vise à atteindre un budget militaire annuel de 76,3 milliards d’euros en 2030, soit 2,5 % du PIB.
  • Les investissements prioritaires incluent 8,5 milliards d’euros supplémentaires pour les munitions, portant le budget dédié à 26 milliards d’euros sur la période.
  • Le texte introduit un nouvel « état d’alerte de sécurité nationale », permettant de déroger à certaines règles en cas de menace grave pour le pays.
  • Il autorise également l’utilisation d’algorithmes par les services de renseignement pour traquer des données en ligne, sous couvert de lutte contre la criminalité organisée et le trafic d’armes.

Un contexte international sous haute tension

La révision de la LPM intervient dans un environnement sécuritaire particulièrement dégradé. Depuis deux ans, les tensions persistent en Ukraine et au Moyen-Orient, tandis que la France et l’Europe font face à des menaces hybrides, allant des cyberattaques aux actions de déstabilisation sur leur sol. « La France doit se préparer à affronter (...) des crises simultanées, durables, de haute intensité (...) tout en gérant sur son propre territoire des actions hybrides », a alerté Catherine Vautrin, ministre des Armées, lors de son audition devant les députés.

Cette hausse des dépenses militaires s’inscrit dans la droite ligne des annonces de l’OTAN, qui a appelé ses membres à consacrer au moins 2 % de leur PIB à la défense. Avec l’objectif de 2,5 %, la France se place en tête des pays européens, mais certains élus estiment que l’effort reste insuffisant face à l’ampleur des défis. « Un péril qui semble existentiel ou a minima très grand », a souligné Jean-Louis Thiériot (LR), co-rapporteur du texte et ancien ministre, lors des débats en commission.

Des mesures ciblées et des innovations controversées

Le texte ne prévoit pas de modifier la structure des armées, mais il recentre les investissements sur des postes jugés critiques. Outre les munitions, dont le budget est porté à 26 milliards d’euros, les députés mettent l’accent sur la modernisation des équipements et la résilience des forces. Parmi les nouveautés, le projet de loi autorise les opérateurs privés à neutraliser des drones survolant des sites sensibles, une mesure directement inspirée par les risques liés aux engins volants non identifiés.

Autre disposition majeure : la création d’un « état d’alerte de sécurité nationale ». Ce mécanisme permettrait, en cas de menace grave pour la Nation, de déroger à certaines règles administratives, comme celles encadrant la construction, l’expropriation ou les normes environnementales. Une flexibilité qui vise à accélérer les réponses en situation de crise, mais qui soulève des questions quant à son application concrète.

Enfin, le texte ouvre la voie à l’utilisation d’algorithmes par les services de renseignement pour exploiter des données de connexions en ligne. Cette mesure, justifiée par la nécessité de lutter contre « la criminalité organisée » et « le trafic de stupéfiants ou d’armes », rappelle une disposition similaire censurée par le Conseil constitutionnel dans la précédente loi contre le narcotrafic. Son adoption définitive reste donc incertaine, d’autant que son encadrement juridique devra être précisé.

« C’est une loi de programmation pour deux ans. (...) La France doit se préparer à affronter des crises simultanées, durables, de haute intensité. »
Catherine Vautrin, ministre des Armées

Des critiques venues de tous les bancs

Si le texte est globalement salué pour son ambition, il suscite des réserves, voire des oppositions, de la part de certains parlementaires. Laurent Jacobelli (RN) a dénoncé une loi « de rattrapage » de la précédente LPM, adoptée en 2023, tandis que Aurélien Saintoul (LFI) a estimé que les 36 milliards d’euros supplémentaires servaient majoritairement à éponger les factures de la LPM précédente, qualifiant le texte de « fondamentalement insincère ».

À l’inverse, Jean-Louis Thiériot (LR) a reconnu un effort notable, tout en pointant son insuffisance face à l’urgence stratégique. « Il faut se préparer à des conflits de haute intensité, et cela demande des moyens bien supérieurs », a-t-il insisté. Ces divergences illustrent les tensions entre les impératifs de court terme et les besoins de long terme, d’autant que l’année 2027 sera marquée par une présidentielle en France, susceptible de rebattre les cartes.

Et maintenant ?

L’examen du texte en commission doit se poursuivre dans les prochaines semaines, avant son passage en séance plénière à l’Assemblée nationale. Son adoption définitive n’est pas acquise, notamment en raison des désaccords persistants sur son financement et son contenu. Par ailleurs, le budget militaire reste soumis à l’approbation annuelle du Parlement, qui peut théoriquement s’écarter de la trajectoire fixée par la LPM chaque automne lors du vote du budget de l’État. Enfin, les élections de 2027 pourraient introduire des ajustements majeurs, voire une refonte complète de la politique de défense.

Cette révision de la LPM s’inscrit dans une dynamique européenne plus large, alors que les dépenses militaires des États membres de l’UE ont augmenté de près de 30 % depuis 2022, selon les estimations de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). Pour la France, l’enjeu sera de concilier ses engagements internationaux, la modernisation de ses forces et les contraintes budgétaires, dans un contexte où les menaces hybrides et les conflits de haute intensité pourraient s’aggraver.

L’objectif de 2,5 % du PIB s’aligne sur les recommandations de l’OTAN, qui demande à ses membres de consacrer au moins 2 % de leur richesse nationale à la défense. La France, qui avait déjà dépassé ce seuil en 2024 avec un budget de 2 % du PIB, cherche à renforcer ses capacités face aux menaces croissantes en Europe et au Moyen-Orient, notamment après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’escalade des tensions au Proche-Orient.

Plusieurs parlementaires, de tous bords, remettent en cause le réalisme du texte. Certains, comme Aurélien Saintoul (LFI), estiment que les 36 milliards d’euros supplémentaires servent principalement à couvrir les dépassements de la LPM précédente, qualifiant le projet de « fondamentalement insincère ». D’autres, comme Jean-Louis Thiériot (LR), jugent l’effort insuffisant face à l’ampleur des menaces, tandis que Laurent Jacobelli (RN) critique une loi de « rattrapage » plutôt que de rupture stratégique.