Une équipe internationale de scientifiques vient de franchir une étape majeure dans l’étude des perceptions olfactives. Selon Franceinfo - Sciences, des chercheurs ont conçu la première « carte des odeurs » à l’échelle planétaire, un outil inédit qui classe les effluves en fonction de leur similarité moléculaire et de leur perception par l’être humain.

Ce qu'il faut retenir

  • Une carte mondiale des odeurs, basée sur l’analyse de plus de 5 000 molécules odorantes, a été publiée par une équipe internationale.
  • Cette cartographie repose sur des algorithmes d’intelligence artificielle et des tests olfactifs menés auprès de volontaires.
  • Les scientifiques distinguent désormais 10 grandes catégories d’odeurs, allant du floral au putride en passant par le fruité ou le chimique.
  • L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes cérébraux liés à l’olfaction, mais aussi d’améliorer les applications industrielles.

Une avancée scientifique majeure dans le domaine de l’olfaction

Publiée ce 7 mai 2026 dans la revue Nature Olfaction, cette étude marque un tournant dans la recherche sur l’odorat. Comme l’a expliqué Joel Mainland, neurobiologiste à l’Université de Pennsylvanie et coauteur de l’étude, « nous avons pour la première fois une représentation visuelle des liens entre les molécules et leur perception par l’humain ».

Pour y parvenir, l’équipe a combiné des données issues de spectrométrie de masse — analysant la structure chimique de milliers de composés volatils — avec des tests menés auprès de plus de 2 000 participants. Ces derniers ont évalué l’intensité et la qualité des odeurs présentées, permettant de créer un réseau de similarités.

Dix catégories olfactives pour mieux comprendre notre environnement

Le résultat ? Une classification en dix familles principales : floral, fruité, épicé, résineux, chimique, putride, caramelisé, mentholé, terreux et animal. « Autant dire que cette carte offre une grille de lecture inédite pour décrypter comment notre cerveau interprète les odeurs », a précisé Mainland. Chaque catégorie regroupe des molécules aux propriétés chimiques voisines, mais aussi des perceptions subjectives proches.

Les chercheurs ont également identifié des zones de chevauchement entre ces catégories. Par exemple, certaines molécules classées comme « fruitées » peuvent aussi être perçues comme « florales » selon les individus. Cette variabilité interpersonnelle reste l’un des défis à relever pour les prochaines étapes.

Des applications potentielles en médecine et en industrie

Au-delà de l’aspect fondamental, cette carte ouvre la voie à des applications concrètes. En médecine, elle pourrait aider à mieux comprendre les troubles de l’odorat, comme l’anosmie (perte totale d’odorat) ou les phantosmies (hallucinations olfactives). « Des maladies neurodégénératives comme Alzheimer s’accompagnent souvent de modifications de la perception des odeurs bien avant l’apparition des symptômes », a rappelé Thomas Hummel, spécialiste de l’olfaction à l’Université de Dresde.

Côté industriel, les secteurs de la parfumerie, de l’agroalimentaire ou de la cosmétique pourraient optimiser la formulation de leurs produits. « Imaginez une base de données consultable par les créateurs de parfums pour explorer des associations d’odeurs inédites », a imaginé Mainland. Des entreprises comme Givaudan ou Firmenich ont déjà manifesté leur intérêt pour ces travaux.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude prévoient d’affiner leur modèle en intégrant des données génétiques. « Nous voulons savoir si certaines variations génétiques expliquent pourquoi certains individus perçoivent une odeur comme agréable alors que d’autres la trouvent désagréable », a indiqué Mainland. Une publication complémentaire est attendue d’ici la fin 2026.

À plus long terme, cette carte pourrait servir de base à un « Google des odeurs », permettant de rechercher des molécules ou des fragrances par similarité. Une telle innovation nécessitera cependant des partenariats entre laboratoires et acteurs privés pour être pleinement exploitée.

Cette première mondiale soulève aussi des questions éthiques. Faut-il, par exemple, réglementer l’utilisation de cette cartographie dans la publicité ou le marketing olfactif ? Les débats sont déjà lancés, alors que les géants du numérique commencent à s’intéresser au sujet.

Pour l’instant, non. La carte classe les odeurs existantes, mais ne permet pas encore de créer des fragrances à partir de données numériques. Cependant, elle ouvre la voie à une meilleure compréhension des mécanismes de mélange des odeurs, ce qui pourrait faciliter le développement de parfums sur mesure d’ici quelques années.