Selon Le Monde, les documents confidentiels de l’université Bauman de Moscou, établissement d’enseignement supérieur russe, révèlent son rôle central dans la formation des cybercombattants du Kremlin. Cette enquête vidéo, publiée par le quotidien, met en lumière les mécanismes internes d’un établissement qui alimente les rangs des hackers au service de l’État russe.

L’université Bauman, située dans la capitale russe, est depuis des décennies un vivier de talents pour l’industrie spatiale et technologique russe. Mais, comme le rapporte Le Monde, elle sert également de terrain d’entraînement pour les futures générations de cybermilitaires, chargés de mener des opérations de guerre numérique pour le compte de Moscou.

Ce qu'il faut retenir

  • L’université Bauman de Moscou est un établissement historique, fondé en 1830, connu pour sa formation en ingénierie et technologie.
  • Des documents internes, consultés par Le Monde, montrent que l’université abrite des programmes dédiés à la cybersécurité et à la guerre électronique depuis au moins 2015.
  • Selon les archives, les étudiants sélectionnés suivent des cursus spécifiques, incluant des modules sur le piratage éthique, l’ingénierie inverse et les attaques par déni de service.
  • Un ancien étudiant, interrogé par le quotidien, affirme avoir été recruté par le FSB (service de renseignement russe) dès la fin de ses études.
  • Les documents mentionnent des partenariats étroits entre l’université et des entités comme le Centre de sécurité informatique russe (CNIIIK), lié aux services secrets.
  • L’enquête révèle que certains projets étudiants sont directement inspirés de cyberattaques réelles, comme celles visant des infrastructures critiques en Ukraine ou en Europe de l’Ouest.

Une institution au passé glorieux, devenue un vivier de cybercombattants

Fondée sous le nom d’École impériale technique de Moscou, l’université Bauman a formé des générations d’ingénieurs ayant contribué à des projets majeurs, comme le programme spatial soviétique ou les missiles balistiques. Aujourd’hui, elle conserve cette réputation d’excellence, mais avec une orientation bien plus discrète : celle de préparer les futurs soldats du numérique.

D’après Le Monde, les programmes dédiés à la cyberguerre auraient été officialisés en 2015, année marquée par une intensification des tensions cyber entre la Russie et l’Occident. Les cours, autrefois centrés sur la robotique ou l’aéronautique, intègrent désormais des modules sur le renseignement signalétique, l’analyse de malware ou encore la manipulation de réseaux.

Des étudiants sous haute surveillance

Les documents internes consultés par le quotidien décrivent un système de sélection drastique. Les candidats, souvent repérés dès le lycée pour leurs compétences en informatique, sont soumis à des tests psychotechniques avant d’intégrer des parcours accélérés. Une fois admis, leur progression est suivie de près par des mentors issus des services de renseignement russes.

Un ancien étudiant, cité par Le Monde, raconte avoir été approché dès sa première année : « On nous expliquait que notre travail contribuerait à la sécurité nationale, sans jamais préciser de quel côté. » Les étudiants sélectionnés pour les programmes cyber signent des clauses de confidentialité strictes, les empêchant de divulguer tout détail sur leur formation.

Des liens troubles avec les services de renseignement

Les archives révèlent des échanges réguliers entre l’université et des entités comme le CNIIIK (Centre scientifique de recherche sur la sécurité informatique), une structure directement rattachée au FSB. Selon les documents, des officiers du renseignement participent à l’encadrement de certains projets étudiants, notamment ceux portant sur la cybersécurité offensive.

Une fiche interne datée de 2020 mentionne un projet étudiant intitulé « Système de défense contre les attaques DDoS », dont les résultats auraient été utilisés lors d’opérations menées contre des sites gouvernementaux ukrainiens. Le quotidien précise que ces allégations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Et maintenant ?

Les révélations de Le Monde pourraient relancer le débat sur le rôle des universités russes dans les conflits hybrides. Si Moscou n’a jamais officiellement reconnu l’existence de programmes de formation cyber au sein de ses établissements, ces documents risquent d’alourdir les sanctions internationales déjà en place contre le pays. Par ailleurs, les alliés de l’Ukraine pourraient renforcer leurs propres dispositifs de cybersécurité, en anticipant une escalade des attaques russes dans les mois à venir.

Pour l’instant, l’université Bauman de Moscou n’a pas réagi aux révélations du quotidien. Interrogée par Le Monde, l’administration de l’établissement s’est contentée de rappeler que « toutes les activités respectent les lois russes en vigueur ».

Parmi les opérations les plus médiatisées figurent l’attaque contre le réseau électrique ukrainien en 2015 et 2016, attribuée au groupe Sandworm, ainsi que les intrusions dans les systèmes informatiques d’hôpitaux et d’administrations aux États-Unis et en Europe. Le groupe APT29, lié au SVR (service de renseignement extérieur russe), est également connu pour avoir ciblé des institutions politiques en 2020.