Une avancée scientifique pourrait donner un sérieux coup d’arrêt au braconnage des pangolins, ces mammifères sauvages considérés comme les plus victimes de trafic illégal au monde. Selon Libération, une équipe de chercheurs dirigée par l’Institut national de recherche pour le développement (IRD) a mis au point une technique innovante de traçage génomique. L’objectif ? Permettre aux autorités de remonter jusqu’aux réseaux criminels responsables du commerce illégal d’écailles et de viande de ces animaux protégés.

Ce qu'il faut retenir

  • Les pangolins sont les mammifères les plus braconnés au monde, principalement pour leurs écailles et leur viande, très prisées en Asie.
  • Une méthode de traçage génomique a été développée par l’IRD pour identifier l’origine géographique des pangolins victimes de trafic.
  • Cette technique permettra de remonter les réseaux criminels et de cibler les zones de braconnage et de transit.
  • Les pangolins sont des espèces strictement protégées par la convention CITES, mais leur trafic persiste en raison de la demande internationale.
  • L’IRD souligne que cette innovation pourrait révolutionner la lutte contre le trafic d’espèces sauvages.

Le pangolin, mammifère nocturne recouvert d’écailles kératineuses, est aujourd’hui en danger critique d’extinction dans plusieurs régions du monde. Comme le rapporte Libération, sa viande, considérée comme un mets de choix dans certains pays asiatiques, et ses écailles, utilisées en médecine traditionnelle, alimentent un marché noir particulièrement lucratif. Selon les dernières estimations de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), plus d’un million de pangolins ont été braconnés au cours de la dernière décennie, faisant de ce trafic l’un des plus rentables après celui des drogues et des armes.

L’équipe de l’IRD, en collaboration avec des partenaires internationaux, a donc conçu un outil capable d’analyser l’ADN des pangolins saisis par les autorités. « Chaque individu possède une signature génétique unique, qui permet de déterminer sa région d’origine avec une précision inédite », a expliqué le Pr. Laurent Granjon, chercheur à l’IRD et coordinateur du projet. Cette méthode, baptisée « pangolinomics », s’appuie sur des bases de données génétiques déjà existantes et sur des algorithmes d’intelligence artificielle pour croiser les informations.

Concrètement, lorsque des pangolins sont interceptés par les douanes ou les services de police, un prélèvement d’ADN est effectué sur les échantillons saisis. Ces données sont ensuite comparées à une carte génomique des populations de pangolins en Afrique et en Asie. « On peut ainsi identifier si l’animal provient d’une zone protégée au Gabon, au Cameroun ou en Indonésie, par exemple », précise le Pr. Granjon. Cette traçabilité géographique est essentielle pour remonter les filières et identifier les maillons faibles des réseaux criminels.

Et maintenant ?

Les chercheurs prévoient de finaliser les tests de validation de leur méthode d’ici la fin de l’année 2026. Une fois opérationnelle, cette technique sera proposée aux autorités des pays les plus touchés par le trafic, comme le Vietnam, la Malaisie ou la République démocratique du Congo. « Nous travaillons aussi à l’élaboration de protocoles standardisés pour que les laboratoires locaux puissent utiliser cet outil sans dépendre de nos équipes », a indiqué le Pr. Granjon. À plus long terme, l’IRD espère étendre cette méthode à d’autres espèces menacées, comme les éléphants ou les rhinocéros, dont le braconnage reste également très actif.

Cette innovation survient à un moment où les organisations de conservation tirent la sonnette d’alarme. En 2025, le pangolin a été classé parmi les espèces les plus traficées par le Traffic, un réseau international de surveillance du commerce illégal d’animaux sauvages. Malgré les interdictions internationales, le braconnage persiste en raison de la corruption et des faibles moyens alloués aux forces de l’ordre dans certaines régions. La méthode développée par l’IRD pourrait donc devenir un levier clé pour renforcer les actions répressives et dissuasives.

Pour l’heure, les chercheurs restent prudents quant à l’impact immédiat de leur découverte. « Il faudra plusieurs années pour évaluer son efficacité à grande échelle », tempère le Pr. Granjon. Une chose est sûre : cette avancée technologique ouvre une nouvelle front dans la lutte contre le trafic d’espèces sauvages, un fléau qui pèse lourdement sur la biodiversité mondiale.

Les pangolins sont recherchés pour deux raisons principales : leur viande, considérée comme un mets de luxe dans certains pays asiatiques, et leurs écailles, utilisées en médecine traditionnelle chinoise pour leurs supposées propriétés thérapeutiques. Malgré leur statut d’espèce protégée, cette demande persistante alimente un trafic extrêmement lucratif, comparable à celui de l’ivoire ou de la corne de rhinocéros.