Un documentaire indonésien, diffusé en mars 2026, met en lumière la résistance des communautés autochtones de Papouasie du Sud face à l’accaparement de leurs terres ancestrales par des projets agro-industriels. Réalisé par le journaliste d’investigation Dandhy Dwi Laksono et l’anthropologue Cypri Paju Dale, « Pesta Babi » — « La Fête du cochon » en indonésien — dénonce ce que ses auteurs qualifient de « colonialisme à notre époque ».

Selon Courrier International, ce film, qui agite depuis plusieurs semaines le débat public en Indonésie, retrace la lutte des peuples autochtones contre la transformation de leurs forêts en vastes monocultures industrielles. Une problématique qui dépasse le simple conflit foncier local pour s’inscrire dans une « crise politique et écologique plus vaste », comme l’a souligné le média en ligne indonésien Katadata.

Ce qu'il faut retenir

  • Un documentaire intitulé « Pesta Babi » (« La Fête du cochon ») sort en mars 2026 et dénonce l’accaparement des terres autochtones en Papouasie du Sud.
  • Réalisé par Dandhy Dwi Laksono (journaliste) et Cypri Paju Dale (anthropologue), le film met en avant la résistance des communautés contre les projets agro-industriels.
  • Le rituel traditionnel Awon Atatbon, organisé tous les sept à douze ans, est présenté comme une loi coutumière protégeant la forêt pendant dix ans et interdisant la cession de terres.
  • Près de 2,5 millions d’hectares de forêt ont été détruits en Papouasie, selon les données disponibles.
  • Le documentaire soulève une crise politique et écologique, opposant les visions locales et étatiques sur l’avenir de la région.

Un rituel ancestral au cœur de la résistance

Au centre du documentaire figure le rituel Awon Atatbon, une cérémonie traditionnelle du peuple Muyu. Comme le rapporte Courrier International, cette pratique, organisée périodiquement entre sept et douze ans, agit comme une loi coutumière. « La forêt doit être protégée durant dix ans pour permettre au gibier de se reconstituer, et la cession de terres à des acteurs privés est strictement interdite », explique Cypri Paju Dale dans le film. Autant dire que ce rituel incarne une forme de résistance culturelle et écologique face aux pressions économiques.

Le documentaire illustre ainsi comment cette tradition sert de rempart contre l’expansion des monocultures, souvent portées par des acteurs industriels. Selon les auteurs, la survie de ce rituel dépend directement de l’intégrité des forêts, aujourd’hui menacées par des projets agricoles à grande échelle. « C’est une question de survie, pas seulement pour les Papouasiens, mais pour l’écosystème tout entier », précise Dandhy Dwi Laksono.

Une crise écologique et politique en Papouasie du Sud

Plus qu’un conflit local, « Pesta Babi » révèle une tension plus large entre les communautés autochtones et l’État indonésien. La Papouasie du Sud, province située en Nouvelle-Guinée occidentale, est depuis des décennies un territoire disputé, marqué par des revendications indépendantistes et des politiques de développement controversées. Le documentaire met en lumière les contradictions entre les promesses de développement économique et les droits des populations locales.

Selon les estimations citées par Katadata, près de 2,5 millions d’hectares de forêt ont été détruits en Papouasie depuis le début des années 2000, principalement pour des plantations d’huile de palme et d’autres cultures industrielles. Cette déforestation massive s’accompagne de conflits violents entre les communautés locales, les entreprises et les forces de sécurité. « Le documentaire donne à voir une crise bien plus profonde que de simples litiges fonciers. Il s’agit d’un affrontement entre deux visions de l’avenir », analyse le média indonésien.

Un débat public relancé en Indonésie

Depuis sa sortie en mars 2026, « Pesta Babi » a suscité un vif débat en Indonésie, notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias. Le film a été salué pour son approche immersive, mêlant témoignages, images d’archives et analyses d’experts. Certains y voient une œuvre militante, tandis que d’autres critiquent son angle jugé trop partial. Toujours est-il que le documentaire a forcé les autorités à réagir.

Le gouvernement indonésien, souvent accusé de favoriser les grands groupes industriels au détriment des droits autochtones, n’a pas encore officiellement réagi à la sortie du film. Cependant, des associations locales ont déjà saisi l’occasion pour dénoncer les politiques de déforestation et réclamer une reconnaissance accrue des droits coutumiers. « Ce film a ouvert une brèche dans le discours officiel. Pour la première fois, le grand public prend conscience de l’ampleur de la crise », confie une militante des droits humains basée à Jayapura, contactée par Courrier International.

Et maintenant ?

Si le documentaire a ému et informé une partie de l’opinion publique, la question reste entière : ses effets se traduiront-ils par des changements concrets ? Pour l’instant, aucune mesure gouvernementale n’a été annoncée en réponse directe au film. Les prochaines étapes pourraient inclure des auditions parlementaires ou des rapports d’experts sur la déforestation en Papouasie, attendus d’ici la fin de l’année 2026.

Reste à voir si la pression médiatique et citoyenne suffira à infléchir les politiques en place. Une chose est sûre : « Pesta Babi » a déjà marqué les esprits et donné une visibilité inédite à une cause souvent ignorée.

La Papouasie du Sud n’est pas un cas isolé. Dans plusieurs régions du monde, les communautés autochtones luttent contre des projets industriels destructeurs, souvent soutenus par des États soucieux de croissance économique. Le cas de la Papouasie illustre ainsi une tendance plus large, où la préservation des cultures locales et des écosystèmes se heurte aux impératifs du développement. Une question qui dépasse largement les frontières indonésiennes.

Le rituel Awon Atatbon est une cérémonie traditionnelle du peuple Muyu, organisée tous les sept à douze ans. Elle sert de loi coutumière en protégeant la forêt pendant dix ans pour permettre la régénération du gibier et interdire la cession de terres. Ce rituel est central dans la lutte des communautés autochtones contre l’accaparement des terres par des projets agro-industriels.

Le documentaire vise à dénoncer ce que ses auteurs appellent le « colonialisme d’État » en Papouasie du Sud. Il met en lumière la résistance des communautés autochtones contre la destruction de leurs terres ancestrales au profit de monocultures industrielles, tout en soulignant l’ampleur de la crise écologique et politique dans la région.