« Pas question d’acheter des millions de drones comme le fait l’Ukraine » : c’est sur cette position que le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, s’est exprimé ce vendredi 19 juin 2026 dans les colonnes de BFM Business. Alors que le salon international de l’armement Eurosatory, qui se tient à Villepinte jusqu’à samedi, place les drones au cœur des débats, le général rappelle que la France privilégie une approche mesurée, adaptée à ses besoins de défense.
Ce qu'il faut retenir
- L’armée de Terre française prévoit d’équiper ses troupes de 15 000 drones en 2026, mais rejette une logique de surproduction comme celle observée en Ukraine.
- Le général Pierre Schill souligne que « tout soldat devient un pilote de drones » et encourage l’innovation au sein des unités.
- Les drones, omniprésents sur les théâtres ukrainien, libanais et moyen-oriental, ont une « durée de vie limitée » en raison de l’innovation rapide dans ce domaine.
- La France mise sur la qualité et l’entraînement plutôt que sur des stocks massifs, une stratégie justifiée par l’absence de conflit direct.
Les drones, nouveaux acteurs centraux des conflits modernes
Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont révélé le rôle pivot des drones sur les champs de bataille. Ces engins, qu’ils soient terrestres, aériens, navals ou intercepteurs, ont transformé la conduite des opérations militaires. Une réalité que le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, a soulignée lors d’un entretien accordé à BFM Business. Pour lui, cette « omniprésence » des drones dans les conflits actuels en fait « une réalité à prendre en compte » pour la France.
L’Ukraine, confrontée depuis 2022 à l’invasion russe, est devenue un modèle en la matière. Le pays a massivement investi dans les drones FPV (First Person View), des appareils à longue portée capables d’opérations terrestres, navales ou de brouillage. Cette expertise ukrainienne a même été sollicitée par des pays du Golfe après des frappes attribuées à l’Iran au printemps 2026, illustrant l’importance stratégique de ces technologies.
Une stratégie française différente : qualité plutôt que quantité
Face à cette dynamique, le général Schill rejette l’idée d’une accumulation massive de drones, comparable à celle de l’Ukraine. « On a la chance de ne pas être en guerre », a-t-il rappelé, justifiant ainsi une approche plus pragmatique. Contrairement aux obus d’artillerie, souvent stockés en masse, les drones ont une « durée de vie limitée », notamment en raison de leur obsolescence technologique rapide. « Si j’avais stocké mes drones dans un hangar il y a un an, ils seraient moins utiles aujourd’hui », a-t-il expliqué.
Cette obsolescence s’explique par l’innovation constante dans le domaine. « Les drones tels qu’ils existent aujourd’hui n’existaient pas il y a quatre ans », a-t-il précisé. Il a cité l’exemple des drones télécommandés par signal vidéo, rapidement rendus inefficaces par le brouillage électronique, imposant désormais l’usage de drones filaires pour contourner ces contre-mesures.
L’innovation au cœur de la doctrine militaire française
Pour le général Schill, la France mise sur l’adaptabilité et l’innovation plutôt que sur des méga-commandes industrielles. « Ce qui est important, c’est de produire ce qui est nécessaire pour défendre notre pays, ce n’est pas de gagner de l’argent sur la production des armes », a-t-il affirmé lors d’Eurosatory. Il a appelé les industriels à « être capables d’être au meilleur niveau » pour certains drones spécifiques, tout en insistant sur la nécessité de former les soldats à leur utilisation.
« Tout soldat devient un pilote de drones », a-t-il déclaré, ajoutant que les unités sont désormais invitées à « voler, bricoler, inventer leurs drones ». Cette philosophie s’inscrit dans une logique d’« esprit pionnier et d’innovation », visant à maintenir l’armée de Terre à la pointe des technologies militaires. En 2026, l’objectif reste clair : équiper les troupes de 15 000 drones, sans pour autant tomber dans la surproduction.
Un marché en ébullition, mais des tensions sur les commandes
Si la logique française divise certains industriels, qui voient dans les commandes massives un levier de rentabilité, le général Schill maintient sa position. Les dronistes occupent une place centrale à Eurosatory, où plusieurs entreprises françaises ont investi dans ce secteur porteur. Pourtant, face à la retenue affichée par l’armée, certains entrepreneurs expriment leur frustration, préférant une politique de stocks plus généreuse.
Le chef d’état-major a rappelé que la priorité reste la défense nationale, et non la rentabilité industrielle. « Produire ce qui est nécessaire pour défendre notre pays » : telle est la ligne directrice, même si elle peut sembler en décalage avec les attentes du marché. Cette approche reflète aussi une volonté de ne pas s’engager dans une course aux armements inutile, dans un contexte où la France n’est pas en conflit direct.
Le général Pierre Schill a confirmé que cette stratégie serait évaluée régulièrement, notamment en fonction de l’évolution des menaces et des avancées technologiques. Pour l’heure, la France semble déterminée à tracer sa propre voie, entre pragmatisme et ambition technologique.
Selon le général Pierre Schill, la France n’est pas en situation de conflit direct comme l’Ukraine, ce qui lui permet d’adopter une approche plus mesurée. De plus, les drones ont une « durée de vie limitée » en raison de l’innovation rapide, rendant les stocks massifs peu pertinents. La priorité reste donc de produire « ce qui est nécessaire pour défendre » le territoire, sans tomber dans une logique de surproduction.