D’ici la fin de l’année 2026, Renault prévoit de produire jusqu’à 600 drones militaires par mois dans son usine de Cléon, en Normandie, avant d’atteindre un rythme de 1 000 « drones kamikazes » Toutatis par mois dès 2027. Cette ambition s’inscrit dans une stratégie française visant à accélérer la production de drones de défense, mais elle suscite des réserves parmi les industriels du secteur, à l’image d’Eisaku Ito, directeur général de Mitsubishi Heavy Industries (MHI). Selon BFM Business, ce dernier qualifie cette approche de « énorme gaspillage d’argent public », soulignant l’incompatibilité des méthodes de production automobile avec les exigences évolutives de l’industrie militaire.
Ce qu'il faut retenir
- Renault prévoit de produire 600 drones militaires par mois d’ici fin 2026 dans son usine de Cléon, puis 1 000 drones Toutatis par mois à partir de 2027.
- Cette stratégie s’appuie sur des partenariats avec Turgis Gaillard et Thales, tandis que d’autres constructeurs comme Volkswagen et Mercedes-Benz explorent des collaborations similaires.
- Eisaku Ito, patron de Mitsubishi Heavy Industries, critique vivement cette reconversion, jugeant les procédés industriels automobiles inadaptés aux besoins de la défense.
- Le ministère des Armées français mise sur cette production pour combler un retard dans les capacités de drones, malgré les réserves de la DGA sur la pertinence d’une montée en puissance rapide.
- Le Japon, comme la France, accélère ses investissements dans les drones militaires, avec un budget d’acquisition porté à 277 milliards de yens (1,7 milliard de dollars) pour l’exercice 2026.
La France mise sur Renault pour combler son retard en drones militaires
Le gouvernement français compte sur des industriels comme Renault pour relancer la production de drones de défense, un secteur où le pays accuse un retard par rapport à ses concurrents. Catherine Vautrin, ministre des Armées, affirmait en début d’année que la production de masse débuterait « avant la fin de cette année », s’appuyant sur le savoir-faire du constructeur automobile. Dans un communiqué publié en février 2026, Renault mettait en avant sa capacité à concevoir, industrialiser et produire en grande série des objets technologiques complexes, tout en maîtrisant les coûts et les délais. La collaboration avec Turgis Gaillard et Thales doit permettre de fabriquer des drones comme le Chorus ou le Toutatis, dont le coût unitaire est estimé à 120 000 euros, soit bien moins qu’un missile de croisière classique.
Pour la Direction générale de l’armement (DGA), cette approche présente un double avantage : réduire les coûts et garantir une montée en puissance rapide en cas de crise. Patrick Pailloux, directeur général de la DGA, avait précisé lors d’une audition à l’Assemblée nationale en avril 2026 que l’objectif n’était pas d’acquérir des quantités massives de drones, mais de s’assurer que Renault soit capable de produire en série « le moment venu ». À pleine capacité, l’atelier du Mans pourrait sortir jusqu’à 600 drones Chorus par mois, équipés de moteurs issus de l’usine Renault de Cléon. Ces chiffres restent modestes au regard des 500 000 véhicules produits par Renault en France en 2025, mais marquent une volonté de diversification industrielle.
Le Japon et la France adoptent des stratégies similaires, mais les industriels doutent
La France n’est pas seule à vouloir reconvertir ses capacités industrielles. Le Japon, où le ministère de la Défense a presque triplé son budget d’acquisition de drones pour atteindre 277 milliards de yens (1,7 milliard de dollars), mise également sur cette solution. Cette hausse budgétaire a attiré l’attention des start-up locales et des producteurs étrangers, mais elle révèle aussi les limites des chaînes de production traditionnelles de l’armement. Pour y répondre, plusieurs constructeurs automobiles japonais envisagent de collaborer avec des fabricants de drones. Volkswagen discute avec le système Iron Dome israélien, tandis que Mercedes-Benz collabore avec Tytan Technologies. Pourtant, cette reconversion ne fait pas l’unanimité.
Eisaku Ito, à la tête de Mitsubishi Heavy Industries (MHI), l’un des principaux conglomérats industriels japonais spécialisés dans la défense, considère que cette approche est vouée à l’échec. Selon lui, les usines automobiles, conçues pour produire des millions d’unités identiques, ne peuvent s’adapter aux besoins de l’industrie de défense, où les spécifications évoluent constamment. « Les procédés industriels de l’automobile sont incompatibles avec ceux des drones militaires », a-t-il déclaré au Financial Times. Il estime que produire des drones dans ces usines représenterait un risque économique majeur et entraînerait un « énorme gaspillage d’argent des contribuables », avec des appareils rapidement obsolètes ou inutilisables. Pour MHI, la solution réside dans une production de faible volume, mais hautement spécialisée, comme celle déjà maîtrisée par le groupe dans les domaines maritime, terrestre et aérien.
Des méthodes de production adaptées aux réalités militaires ?
Les partisans de la reconversion des usines automobiles, comme la DGA, soulignent que cette stratégie permettrait de réduire drastiquement les coûts. Un drone Chorus coûte 120 000 euros, contre plusieurs millions pour un missile de croisière, tout en offrant une capacité de frappe rapide et ciblée. Cependant, la DGA tempère cet optimisme. « Nous n’avons pas pour objectif d’acquérir de grandes quantités de drones qui deviendront rapidement obsolètes », avait précisé Patrick Pailloux. L’enjeu est plutôt de préparer une production de masse en cas de besoin, sans immobiliser des ressources dans des équipements potentiellement périmés.
De son côté, Mitsubishi Heavy Industries mise sur son expérience en production diversifiée et sécurisée. Le groupe affirme être la seule entreprise japonaise capable de gérer de manière globale la conception de drones sans dépendre de partenaires étrangers, un argument clé dans un contexte de tensions géopolitiques. Le ministère japonais de la Défense privilégie en effet les solutions nationales pour limiter les risques liés à la sécurité des données, un enjeu crucial dans le domaine des drones militaires.
L’un des défis majeurs consistera à concilier les impératifs de coût et de volume avec les exigences techniques et sécuritaires des drones militaires. La capacité à adapter rapidement les chaînes de production aux évolutions du champ de bataille – qu’il s’agisse de contre-mesures électroniques ou de nouvelles cibles – déterminera le succès de cette transition industrielle.
Renault collabore avec Turgis Gaillard pour produire le drone Chorus et avec Thales pour le drone Toutatis, un « drone kamikaze » conçu pour des missions d’attaque ciblée. Ces appareils sont prévus pour être produits à respectivement 600 et 1 000 unités par mois d’ici 2026 et 2027.
Les critiques, comme celle d’Eisaku Ito (Mitsubishi Heavy Industries), soulignent que les chaînes de production automobile, optimisées pour des millions d’unités identiques, ne sont pas adaptées aux besoins de l’industrie de défense. Les drones militaires nécessitent des spécifications évolutives et une production en faible volume, incompatible avec les méthodes automobiles. Selon Ito, cela entraînerait un gaspillage d’argent public et des équipements rapidement obsolètes.