Depuis la privatisation du secteur de l’eau et de l’assainissement au Royaume-Uni sous l’ère Thatcher, ce domaine est devenu l’un des plus grands défis environnementaux et politiques du pays. Ouest France s’est penché sur cette situation à travers le regard de James Wallace, écologue et directeur de l’ONG River Action, qui dénonce un manque criant de surveillance des gouvernements successifs ainsi que les dérives d’un système économique privilégiant les dividendes versés aux actionnaires plutôt que la qualité du service public.
Ce qu'il faut retenir
- La privatisation de l’eau au Royaume-Uni, lancée sous Margaret Thatcher en 1989, a transféré la gestion des infrastructures à des entreprises privées.
- Les factures d’eau britanniques sont parmi les plus élevées d’Europe, avec une moyenne de 473 livres sterling (environ 550 euros) par an pour les ménages.
- River Action, dirigée par James Wallace, accuse le système de privilégier les profits des actionnaires au détriment de l’entretien des réseaux et de la qualité de l’eau.
- Malgré des 30 milliards de livres sterling investis depuis 1990, 30 % des rivières britanniques restent polluées, selon les rapports officiels.
- James Wallace souligne que les gouvernements successifs, qu’ils soient travaillistes ou conservateurs, n’ont pas renforcé les contrôles sur les opérateurs privés.
Un système né sous Thatcher et toujours en place
Le modèle britannique de gestion de l’eau repose sur un secteur entièrement privatisé depuis 1989, une réforme portée par le gouvernement de Margaret Thatcher. River Action rappelle que cette décision visait à réduire le poids de l’État dans l’économie, mais qu’elle a aussi ouvert la porte à une logique de rentabilité à court terme. « Les entreprises privées ont hérité d’un réseau vieillissant et se sont concentrées sur les dividendes plutôt que sur les investissements nécessaires », explique James Wallace à Ouest France. Aujourd’hui, les Britanniques paient leur eau près de 50 % plus cher que la moyenne européenne, sans pour autant bénéficier d’une eau plus propre.
Pollution des cours d’eau : un échec environnemental
Malgré les milliards injectés, la situation environnementale reste préoccupante. Selon les dernières données disponibles, près d’un tiers des rivières, lacs et estuaires britanniques ne respectent pas les normes de qualité européennes en raison de pollutions aux nitrates, phosphates et microplastiques. Les rejets d’eaux usées non traitées, notamment lors d’épisodes de fortes pluies, aggravent la situation. « On a privatisé un bien commun sans mettre en place de mécanismes de contrôle stricts », dénonce James Wallace. Les ONG environnementales pointent aussi du doigt le manque de transparence des opérateurs, qui peinent à rendre publics leurs rapports d’activité détaillés.
Des gouvernements sous influence ?
Les critiques ne visent pas seulement les entreprises privées, mais aussi les pouvoirs publics. Depuis 1989, quatre opérateurs majeurs se partagent le marché : Thames Water, United Utilities, Severn Trent et Anglian Water. Pourtant, malgré des profits annuels cumulés dépassant 2 milliards de livres sterling, ces groupes n’ont pas été contraints d’investir suffisamment dans la modernisation des réseaux. « Les gouvernements successifs ont fermé les yeux, par peur de pénaliser la compétitivité du secteur ou par idéologie », analyse Wallace. Les tentatives de régulation, comme la création de l’Ofwat (régulateur des eaux), n’ont pas suffi à inverser la tendance.
Pour l’heure, les Britanniques continuent de payer le prix fort pour une eau qui, dans bien des régions, reste de médiocre qualité. La question se pose désormais : un demi-siècle après la privatisation, le modèle britannique de l’eau a-t-il atteint ses limites ?
Quatre grands groupes se partagent le marché : Thames Water, United Utilities, Severn Trent et Anglian Water. Ces entreprises, privatisées dans les années 1990, détiennent des concessions pour la distribution d’eau potable et l’assainissement des eaux usées sur l’ensemble du territoire britannique.