« Je suis venu parce que les populations de l’Ituri, des Kivus et de toute la RDC méritent de savoir qu’elles ne sont pas seules », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lors d’une conférence de presse organisée samedi 30 mai 2026 à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri. Selon Courrier International, sa visite survient alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à sa 17e épidémie d’Ebola, la plus récente ayant été déclarée il y a deux semaines.

Ce qu'il faut retenir

  • 906 cas suspects et 223 décès enregistrés depuis le début de l’épidémie, selon les dernières données disponibles.
  • Bunia, en Ituri, est l’épicentre de la crise, mais des foyers persistent dans les provinces des Kivus.
  • Le laboratoire local de Bunia permet désormais des tests en 24 heures, contre plusieurs jours auparavant.
  • Les coutumes funéraires et la désinformation alimentent la propagation du virus et suscitent des tensions avec les équipes médicales.
  • La fermeture de la frontière avec l’Ouganda perturbe les échanges commerciaux et l’accès aux soins pour les populations frontalières.
  • Médecins Sans Frontières alerte sur l’insuffisance des moyens déployés face à l’ampleur de l’épidémie.

Selon Courrier International, la situation à Bunia, ville de plus d’un million d’habitants, ne laisse pas transparaître l’urgence sanitaire qui secoue la région. « Les gens continuent de se déplacer, de commercer, de vaquer à leurs activités normales », observe la BBC, qui évoque une apparente normalité malgré le bilan humain lourd. À l’aéroport de Bunia, des affiches multilingues informent les voyageurs sur les risques liés à Ebola, tandis que des spots radio et télévisés rappellent les gestes barrières et les procédures à suivre en cas de suspicion de contamination.

Une épidémie qui rappelle les défis passés, mais aux enjeux accrus

« Le pays a fait face à Ebola à 16 reprises par le passé et a chaque fois contrôlé l’épidémie. C’est la 17e. Cette histoire me donne confiance », a souligné Tedros Adhanom Ghebreyesus, cité par Courrier International. Son déplacement en Ituri, accompagné du ministre congolais de la Santé, visait à réaffirmer le soutien de la communauté internationale face à une crise que Kinshasa gère avec ses propres ressources, malgré des moyens limités. L’OMS a insisté sur la nécessité d’une coordination renforcée entre acteurs sanitaires et humanitaires, tout en soulignant le rôle clé des communautés locales dans l’endiguement de l’épidémie.

Pourtant, sur le terrain, les défis restent immenses. Médecins Sans Frontières (MSF) a confirmé samedi dans un communiqué que « le nombre d’organisations médicales expertes déployées reste largement insuffisant ». L’ONG pointe un soutien global bien en deçà des besoins, alors que « jamais une épidémie d’Ebola n’avait enregistré autant de cas dans les premiers jours de sa déclaration », selon les observations relayées par Le New York Times.

Mongbwalu, épicentre de la crise : un système de santé au bord de l’effondrement

À Mongbwalu, ville minière située à trois heures de route de Bunia et comptant environ 150 000 habitants, la situation est décrite comme « complètement débordée » par les journalistes du New York Times. Les équipements de protection individuelle (EPI) manquent cruellement, tout comme les kits de test. Dans l’unique aile de l’hôpital réservée aux patients d’Ebola, un enfant de cinq ans tente de contenir l’hémorragie nasale avec un mouchoir, tandis que le corps d’une jeune femme de 21 ans, morte sept heures plus tôt, attend encore d’être évacué. « Le médecin que nous avons interrogé n’a jamais été formé pour gérer une telle situation. Il est en colère contre le gouvernement, qu’il accuse de lenteur, et contre le monde, qu’il juge trop peu mobilisé », rapportent les reporters.

Les lacunes en matière de formation et d’équipements ne sont pas les seuls obstacles. Les tensions entre les équipes soignantes et les populations persistent, alimentées par des rumeurs persistantes sur les réseaux sociaux. Le New York Times, s’appuyant sur des témoignages recueillis par la Croix-Rouge, évoque des fausses informations affirmant que des agences prélèveraient les organes des personnes infectées ou expérimenteraient des vaccins sur les victimes. « Ce virus fait très peur. Il a un taux de mortalité élevé. Il y a toujours une forme de déni pour essayer de trouver des réponses qui mènent à autre chose qu’Ebola », explique une responsable de la Croix-Rouge de retour de mission.

Les funérailles, point de friction entre tradition et lutte contre la propagation

L’un des principaux défis réside dans la gestion des décès liés à Ebola, comme l’a souligné Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Je comprends à quel point il est douloureux de perdre un être cher et à quel point il est important de lui rendre hommage. Mais certaines pratiques, comme toucher les corps de ceux qui sont morts à cause du virus Ebola, peuvent le propager », a-t-il alerté. Ces tensions ont parfois dégénéré en attaques contre les centres de soins, où des soignants ont été pris à partie par des familles refusant les protocoles sanitaires imposés.

Selon Al-Jazeera, cité par Courrier International, ces conflits illustrent l’ampleur du travail de sensibilisation nécessaire pour gagner la confiance des communautés. « Les équipes sur le terrain doivent composer avec des réalités culturelles complexes tout en appliquant des mesures sanitaires strictes », note le média qatari.

Et maintenant ?

Alors que l’épidémie s’étend, les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux devront rapidement renforcer la réponse sanitaire. Une réunion d’urgence pourrait être organisée dans les prochains jours sous l’égide de l’OMS pour évaluer les besoins logistiques et financiers. Par ailleurs, la réouverture de la frontière avec l’Ouganda, fermée depuis une semaine, reste conditionnée à une baisse significative des cas dans la région frontalière. Pour l’heure, les ONG appellent à un engagement accru des États et des agences onusiennes afin d’éviter que cette épidémie ne s’aggrave davantage.

La fermeture de la frontière avec l’Ouganda, effective depuis le 23 mai, aggrave les difficultés des populations locales. Selon Radio Okapi, ce point de passage est « le principal point de transit pour les commerçants congolais se rendant en Asie, en Europe et dans d’autres destinations internationales ». Les échanges transfrontaliers, déjà fragilisés, pourraient subir un nouveau coup dur si la situation sanitaire ne s’améliore pas rapidement. « L’accès aux soins constitue également une préoccupation majeure », souligne le média congolais, rappelant que certains patients traversent quotidiennement la frontière pour bénéficier de soins en Ouganda, faute d’infrastructures adaptées en RDC.

Face à l’ampleur de la crise, Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé à une mobilisation sans précédent. « L’engagement des communautés est déterminant pour arrêter l’épidémie », a-t-il martelé, alors que les défis logistiques et humains semblent encore loin d’être surmontés. La prochaine réunion du comité d’urgence de l’OMS, prévue dans les prochains jours, pourrait préciser les contours de l’aide internationale.

Les autorités congolaises, soutenues par l’OMS et ses partenaires, devraient renforcer la formation des soignants, accélérer la distribution des équipements de protection et intensifier les campagnes de sensibilisation. Une réunion d’urgence est envisagée dans les prochains jours pour évaluer les besoins et coordonner l’aide internationale. La réouverture de la frontière avec l’Ouganda dépendra de l’évolution de la situation sanitaire.