Selon Euronews FR, la Commission européenne a confirmé que le phénomène climatique El Niño devrait se produire « quasi certainement » cette année, avec des répercussions potentielles en Europe, notamment au Portugal. Le climatologue Carlos da Camara, interrogé par la rédaction, met en garde contre un risque accru de canicules et d’incendies de grande ampleur dans la péninsule Ibérique.

Ce qu'il faut retenir

  • El Niño est « pratiquement certain » en 2026, avec une probabilité de prolongement jusqu’en 2027, selon le Centre commun de recherche (CCR) de la Commission européenne.
  • L’intensité du phénomène devrait atteindre un niveau « très élevé », voire « très fort », dépassant les précédents historiques enregistrés il y a 12 ans.
  • Au Portugal, les effets directs d’El Niño restent limités, mais le changement climatique pourrait amplifier les risques indirects, notamment les incendies et les vagues de chaleur.
  • L’Organisation météorologique mondiale (OMM) estime à 80 % la probabilité d’un épisode entre juin et août, avec une intensité « modérée à forte » jusqu’à la fin de l’année.
  • L’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère (IPMA) souligne que les températures pourraient dépasser les 40 °C dès le week-end dans plusieurs régions de l’intérieur du pays.

Un phénomène climatique aux conséquences mondiales, mais des effets indirects en Europe

La Commission européenne, via son Centre commun de recherche (CCR), a confirmé que l’épisode El Niño en cours devrait atteindre une intensité « très élevée », voire « très forte ». « Ce phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur cette année pourrait dépasser les précédents records, comme celui de 2014-2015 », indique le rapport du CCR. Les scientifiques alertent sur les risques alimentaires liés à la sécheresse, dans un contexte déjà tendu par la hausse des prix de l’énergie et des engrais. Selon les prévisions, des centaines de millions de personnes supplémentaires pourraient se retrouver en situation de risque, avec des répercussions sur des cultures clés comme le blé dur, le maïs, le riz, le soja et le blé d’hiver.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a également tiré la sonnette d’alarme début juin, estimant à 80 % la probabilité d’un épisode El Niño entre juin et août. « Le monde doit traiter cette menace comme une alerte climatique urgente », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans une vidéo diffusée le 6 juin. « El Niño va encore intensifier le réchauffement climatique, et ses impacts seront plus sévères, iront plus loin et franchiront les frontières à une vitesse dévastatrice. »

Pourquoi le Portugal pourrait-il être concerné malgré tout ?

Si El Niño prend naissance dans le Pacifique, ses effets ne se limitent pas à cette région. « Bien qu’El Niño se produise dans l’océan Pacifique, il peut influencer les régimes climatiques à l’échelle planétaire », rappelle l’IPMA dans une note technique. Cependant, ses conséquences directes sur le Portugal restent difficiles à prédire avec précision. « L’influence directe sur le continent européen est faible, voire très faible, et encore plus réduite sur la péninsule Ibérique », explique le climatologue Carlos da Camara, chercheur senior à l’Institut Dom Luiz.

Pour autant, « l’effet papillon » généré par ce phénomène pourrait, combiné au changement climatique, aggraver les risques pour le Portugal cet été. Carlos da Camara compare El Niño à une pierre jetée dans un étang : « Les perturbations créées par le phénomène s’étendent au continent américain, à l’Indonésie, puis au sud de l’Afrique avant de s’estomper. En Europe, l’influence directe est minime, mais les effets indirects, eux, peuvent être significatifs. » Le spécialiste craint notamment une vague de chaleur comparable à celle de 2003, la plus intense jamais enregistrée en Europe, avec des températures dépassant localement les 40 °C.

Un cocktail explosif : sécheresse, biomasse et risque d’incendies

Le Portugal cumule déjà plusieurs facteurs aggravants. Après un printemps particulièrement pluvieux, la tempête Kristin, survenue en début d’année, a abattu des millions d’arbres, augmentant considérablement la quantité de biomasse disponible pour brûler. « Si une vague de chaleur comme celle de 2003 survient, nous pourrions assister à des incendies de grande ampleur », prévient Carlos da Camara. « La combinaison de températures élevées, d’une biomasse accrue et d’un contexte de changement climatique crée un cocktail explosif. »

Selon l’IPMA, les températures pourraient atteindre ou dépasser les 40 °C dès le week-end dans plusieurs localités de l’intérieur du pays. Certains modèles privés évoquent même des pics à 50 °C, mais ces prévisions restent assorties d’un « très grand degré d’incertitude », précise le climatologue. « Nous ne disposons pas encore de suffisamment d’informations pour confirmer si les niveaux de 2003 seront atteints dès les prochains jours », ajoute-t-il.

« El Niño aura-t-il des influences directes ? Non. Des influences indirectes ? Très probablement, oui. Des influences indirectes sur un arrière-plan déjà aggravé et détérioré par le changement climatique, ce qui peut entraîner des impacts beaucoup plus importants ? La réponse est oui, certainement. »
Carlos da Camara, climatologue à l’Institut Dom Luiz

El Niño : un phénomène cyclique, mais amplifié par le réchauffement climatique

Contrairement aux idées reçues, El Niño n’est pas un phénomène nouveau. Le terme a été utilisé pour la première fois à la fin du XIXe siècle par des pêcheurs péruviens pour désigner le réchauffement des courants du Pacifique, souvent observé à Noël. « Ce n’est pas lié au changement climatique, mais celui-ci peut en amplifier les effets », rappelle Euronews FR. Les météorologues associent désormais El Niño à une série d’événements extrêmes, comme les sécheresses dévastatrices de 2014-2015, qui ont perturbé l’agriculture et accru l’insécurité alimentaire dans plusieurs régions du monde.

Pour mieux étudier ce phénomène, les scientifiques utilisent le cadre scientifique ENSO (« El Niño Southern Oscillation »), qui mesure les variations de température des courants du Pacifique et permet de prévoir aussi bien El Niño que son opposé, La Niña, characterized par un refroidissement des eaux. « L’épisode El Niño prévu pour cet été pourrait être aussi grave, voire plus, que celui de 2014-2015 », souligne le rapport du CCR.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent déterminants pour évaluer l’ampleur des conséquences indirectes d’El Niño en Europe. Les autorités portugaises et européennes devraient renforcer leur vigilance face aux risques de canicules et d’incendies, notamment en adaptant les plans de prévention. Une surveillance accrue des températures et de l’humidité des sols sera cruciale pour anticiper d’éventuelles dégradations. Par ailleurs, la Commission européenne pourrait publier de nouvelles directives d’ici la fin de l’été pour aider les États membres à faire face aux défis posés par ce phénomène climatique.

Alors que les modèles météorologiques peinent encore à affiner leurs prévisions pour l’Europe, une certitude s’impose : le changement climatique, couplé à des épisodes comme El Niño, rend les événements extrêmes plus probables et plus intenses. Pour le Portugal, l’été 2026 pourrait ainsi devenir un test de résilience face à une météo de plus en plus imprévisible.

El Niño, bien que né dans le Pacifique, influence indirectement les régimes climatiques mondiaux. Au Portugal, son principal risque réside dans la combinaison d’une vague de chaleur intense et d’une biomasse accrue, conséquence de tempêtes comme celle de Kristin. « Nous avons plus de végétation disponible pour brûler, et des températures élevées favorisent la propagation des incendies », explique le climatologue Carlos da Camara. Le changement climatique amplifie encore ces effets.

Selon la Commission européenne, le blé dur serait la culture la plus touchée par la sécheresse induite par El Niño, suivie du maïs, du riz, du soja et du blé d’hiver. Ces céréales, essentielles pour la sécurité alimentaire, pourraient subir des baisses de rendement significatives, dans un contexte déjà marqué par la hausse des coûts de production.