Deux semaines après le scrutin présidentiel au Pérou, la candidate de droite Keiko Fujimori semble avoir pris l’avantage sur son adversaire de gauche Roberto Sánchez, d’après RFI. Ce revirement dans les résultats, alors que le candidat Sanchez était initialement pressenti comme vainqueur, a provoqué des manifestations de ses partisans contestant le processus de dépouillement.

Ce qu’il faut retenir

  • Les résultats définitifs de l’élection présidentielle péruvienne restent en suspens malgré le dépouillement de 98 % des bulletins.
  • La candidate de droite Keiko Fujimori devance désormais Roberto Sánchez, selon les dernières projections.
  • Les partisans de Sánchez dénoncent un décompte « non transparent » et organisent des rassemblements dans plusieurs villes.
  • La gauche péruvienne dénonce un possible « trucage » en faveur de Fujimori, sans preuve formelle à ce stade.

Un scrutin marqué par une inversion des tendances

Lors de l’élection présidentielle du 6 juin 2026, Roberto Sánchez, candidat de la coalition de gauche « Frente Amplio », était donné favori dans les sondages sortants. Pourtant, deux semaines plus tard, alors que le dépouillement des bulletins s’approche de son terme, les projections publiées par l’Office national des processus électoraux (ONPE) placent désormais Keiko Fujimori, figure historique de la droite péruvienne et fille de l’ancien président Alberto Fujimori, en tête. Selon RFI, cette inversion s’explique par la prise en compte des votes des zones rurales, traditionnellement favorables à Fujimori.

Les résultats, toujours partiels, indiquent que Fujimori recueillerait environ 51 % des suffrages, contre 49 % pour Sánchez. Ces chiffres, bien que provisoires, ont suffi à alimenter la polémique dans un pays où les élections sont souvent marquées par des accusations de fraude.

Des manifestations pour dénoncer un décompte « biaisé »

Dès l’annonce des premiers résultats partiels défavorables, les partisans de Roberto Sánchez ont investi les rues de Lima et d’autres grandes villes pour protester contre ce qu’ils qualifient de « manipulation ». Des barricades ont été érigées dans certains quartiers, et des heurts avec les forces de l’ordre ont été signalés, selon des témoignages rapportés par RFI. Les manifestants exigent une « révision complète » des bulletins, notamment ceux issus des bureaux de vote situés dans les zones les plus reculées du pays.

Le camp Sánchez a également saisi la Juridiction électorale spéciale (JNE), l’organe chargé de superviser le processus, pour demander l’audit des résultats. « Nous ne reconnaîtrons pas ces chiffres tant que chaque voix ne sera pas comptabilisée dans la transparence », a déclaré dimanche le porte-parole du candidat, cité par RFI. De son côté, Keiko Fujimori a appelé au « respect du processus démocratique » et rejeté toute accusation de fraude.

« Le Pérou mérite un résultat incontestable. Les Péruviens ont le droit de savoir que leur vote a été correctement comptabilisé. »
Roberto Sánchez, candidat à la présidentielle, selon RFI

Un contexte politique déjà tendu

Cette élection intervient dans un climat politique particulièrement polarisé au Pérou, où les divisions entre gauche et droite se sont creusées ces dernières années. Keiko Fujimori, déjà candidate en 2011 et 2016, incarne une ligne conservatrice, prônant un renforcement des politiques sécuritaires et économiques libérales. Roberto Sánchez, économiste de formation, représente quant à lui une alternative progressiste, promettant des réformes sociales et une lutte accrue contre les inégalités.

Les tensions actuelles rappellent celles qui avaient suivi l’élection de 2021, où Fujimori avait été battue de justesse par Pedro Castillo, avant que ce dernier ne soit destitué en décembre 2022 dans un contexte de crise institutionnelle. Les observateurs craignent que la situation ne dégénère davantage si les résultats ne sont pas rapidement consolidés.

Et maintenant ?

L’ONPE a annoncé que les derniers bulletins devraient être dépouillés d’ici la fin de la semaine. La Juridiction électorale spéciale dispose ensuite de cinq jours pour valider ou invalider les résultats contestés. Si les écarts entre les deux candidats restent aussi serrés, une nouvelle crise politique pourrait éclater, avec un risque de blocage institutionnel. Les missions d’observation internationale, dont l’Organisation des États américains (OEA), ont appelé à la « retenue » pour éviter toute escalade.

Reste à savoir si les manifestants de Sánchez accepteront de désamorcer la crise avant l’annonce des résultats définitifs. Pour l’instant, les autorités maintiennent leur position, affirmant que le processus électoral se déroule « dans le respect des règles » et appelant au calme.