Selon Franceinfo - Santé, l’emploi des personnes en situation de handicap progresse, mais trop lentement. L’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) a publié mardi 19 mai 2026 son tableau de bord annuel, dressant un bilan contrasté : en 2024, 1,3 million de personnes handicapées occupaient un emploi, soit 100 000 de plus qu’en 2023. Une amélioration réelle, mais insuffisante pour combler les écarts persistants.
Ce qu'il faut retenir
- 1,3 million de personnes en situation de handicap en emploi en 2024, en hausse de 100 000 en un an, selon l’Agefiph.
- Le taux de chômage des personnes handicapées se stabilise autour de 12 %.
- 28 % des entreprises de plus de 20 salariés n’emploient aucun travailleur handicapé, malgré l’obligation légale d’en compter au moins 6 %.
- L’Agefiph a financé plus de 86 000 aides et prestations en 2025 pour faciliter l’insertion professionnelle.
- Le nombre d’apprentis en situation de handicap a progressé de 18 % en un an.
Des avancées réelles, mais des inégalités persistantes
L’Agefiph souligne une amélioration globale, avec une hausse du nombre de personnes handicapées en emploi et une stabilisation du chômage à 12 %. « On ne va pas faire de triomphalisme », tempère Caroline Deckerle, directrice générale de l’association. « Le taux de chômage reste deux fois supérieur à la moyenne nationale », rappelle-t-elle. En 2024, 1,3 million de personnes handicapées travaillaient, mais leur accès à l’emploi reste inégal selon les secteurs et les territoires.
Parmi les progrès notables, l’augmentation de 18 % du nombre d’apprentis en situation de handicap en un an. Un signe encourageant, alors que l’apprentissage est souvent présenté comme une voie d’insertion privilégiée pour les jeunes en situation de handicap. Pourtant, malgré ces avancées, les disparités restent marquées : certaines entreprises respectent leurs obligations légales, tandis que d’autres, comme le révèle le tableau de bord de l’Agefiph, continuent de ne compter aucun travailleur handicapé dans leurs effectifs.
Une loi insuffisante sans accompagnement renforcé
Depuis plusieurs années, la loi impose aux entreprises de plus de 20 salariés d’employer au moins 6 % de travailleurs handicapés. Pourtant, 28 % d’entre elles n’en comptent toujours aucun dans leurs rangs. « La loi ne suffit pas », estime Caroline Deckerle. « Ça passera par un accompagnement plus poussé des entreprises. » Pour l’Agefiph, la méconnaissance du handicap reste un frein majeur : « Si une entreprise pense que le handicap se résume au fauteuil roulant ou à la canne blanche, elle n’a rien compris », insiste la directrice générale.
« Quand vous avez compris que le handicap, c’est aussi l’épilepsie ou le diabète, par principe, aucun poste n’est incompatible avec le handicap. »
Caroline Deckerle, directrice générale de l’Agefiph
Face à ces préjugés, l’Agefiph rappelle l’existence d’un arsenal de dispositifs pour adapter les postes de travail. Transport domicile-travail financé, aménagement de l’équipement bureautique, ou encore adaptation des horaires : autant de solutions qui permettent à des milliers de personnes de travailler malgré leur handicap. En 2025, l’association a ainsi soutenu plus de 86 000 aides et prestations, un chiffre en constante augmentation.
Le handicap invisible, un défi de sensibilisation
Caroline Deckerle insiste sur la nécessité de lutter contre les stéréotypes. « Le handicap n’est pas toujours visible », rappelle-t-elle. Diabète, épilepsie, troubles psychiques ou maladies chroniques peuvent impacter le quotidien professionnel sans que l’entourage ne s’en rende compte. « Si une entreprise exclut systématiquement les candidats handicapés parce qu’elle craint des absences ou des difficultés, elle passe à côté de profils compétents », souligne-t-elle.
Pourtant, les dispositifs d’accompagnement existent. L’Agefiph propose par exemple des formations pour les managers, afin de les sensibiliser aux enjeux du handicap et de leur montrer comment adapter leur management. « Recruter une personne handicapée, ce n’est pas une charité, c’est un atout pour l’entreprise », martèle Caroline Deckerle. Pourtant, malgré ces outils, de nombreuses structures restent réticentes, par méconnaissance ou par crainte des démarches administratives.
Un engagement qui reste à concrétiser
Si les chiffres montrent une légère amélioration, les lacunes persistent. Pour Caroline Deckerle, la solution passe par un changement de regard : « Le handicap ne doit plus être vu comme une contrainte, mais comme une diversité à valoriser ». Un message qui résonne comme un appel à l’action, alors que la France s’est engagée, dans le cadre de la Stratégie nationale pour l’autisme et les troubles du neuro-développement, à améliorer l’inclusion professionnelle des personnes handicapées.
En attendant, les associations comme l’Agefiph continuent de jouer un rôle clé. Leur mission : accompagner les entreprises dans leur démarche d’inclusion, tout en rappelant que la loi, seule, ne suffit pas à changer les mentalités.
Les entreprises qui ne respectent pas l’obligation légale de 6 % de travailleurs handicapés s’exposent à une contribution financière versée à l’Agefiph. Cette contribution est calculée en fonction du nombre de bénéficiaires manquants et peut atteindre plusieurs milliers d’euros par an pour les grandes entreprises. En 2025, l’Agefiph a collecté plus de 400 millions d’euros de contributions, destinés à financer des actions en faveur de l’emploi des personnes handicapées.