À Greystones, petite ville côtière du sud-est de l’Irlande, une expérience éducative inédite donne des résultats tangibles. Depuis trois ans, les enfants de cette commune de 20 000 habitants n’ont plus accès aux smartphones avant l’âge de 13 ans. Une initiative qui contraste avec les débats en cours en France, où se tient depuis ce mardi 19 mai l’opération « 10 jours sans écran ». Selon Franceinfo - Sciences, cette expérience irlandaise prouve que le déconnectement précoce favorise une plus grande maturité chez les adolescents, tout en répondant aux inquiétudes des parents et des enseignants.

Ce qu'il faut retenir

  • À Greystones, en Irlande, les enfants n’ont pas accès aux smartphones avant 13 ans depuis trois ans.
  • L’initiative « It takes a village » vise à améliorer la santé mentale et le développement cognitif des élèves.
  • Les enseignants observent une meilleure maturité, un esprit critique accru et une réduction de l’anxiété chez les adolescents.
  • En Irlande, le gouvernement envisage d’interdire les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, une priorité lors de sa présidence du Conseil de l’UE à partir de juillet 2026.
  • Les enfants utilisent des téléphones basiques (sans accès aux réseaux sociaux) ou pas de téléphone du tout avant 13 ans.

Une initiative née après le confinement

L’idée d’interdire les smartphones avant 13 ans à Greystones est née d’un constat alarmant : après les confinements liés à la pandémie de Covid-19, les enseignants ont observé une augmentation de l’anxiété chez leurs élèves. Rachel Harper, directrice de l’école primaire Saint-Patrick, a alors lancé l’initiative « It takes a village » (« Il faut tout un village »), un pacte collectif engageant les familles à retarder l’accès aux smartphones pour leurs enfants. Trois ans après le lancement de ce projet, les résultats sont encourageants. « On leur laisse un peu plus de temps pour être des enfants ! », explique la directrice. Les adolescents arrivent au collège avec une meilleure capacité à résoudre les problèmes et un esprit critique plus développé.

Des adolescents plus actifs et moins connectés

À Greystones, les jeunes semblent effectivement moins dépendants des écrans. Bodie, 12 ans, possède un téléphone basique à clapet, sans accès aux réseaux sociaux. « Je peux juste appeler et envoyer des messages », confie-t-il. Il ajoute que ses week-ends se passent souvent au parc avec ses amis, sans besoin de connexion permanente. Sa mère, Alex Dobbs, partage cette vision : « Le vrai problème, ce n’est pas le téléphone, c’est l’accès aux réseaux sociaux. On connaît tous des enfants qui en ont subi les effets néfastes. » Elle souligne que ses enfants profitent pleinement de leur enfance sans être constamment connectés. Les professeurs confirment cette tendance : « Ici, les jeunes sont très actifs, on le voit tout de suite », observe Rachel Harper.

L’Irlande s’inspire de l’expérience et veut légiférer

L’Irlande, qui prendra la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne en juillet 2026, envisage de faire de l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans une priorité. Simon Harris, vice-Premier ministre et résident de Greystones, soutient cette mesure. « Les effets néfastes des réseaux sociaux sur les jeunes sont bien documentés. Nous devons agir pour les protéger », a-t-il déclaré. Cette position s’aligne sur les observations faites dans des villes comme Greystones, où l’absence de réseaux sociaux avant un certain âge semble bénéfique pour le développement des adolescents.

Un modèle qui inspire au-delà des frontières

L’expérience de Greystones a attiré l’attention bien au-delà de l’Irlande. Elle intervient alors que la France organise, du 19 au 28 mai 2026, une opération nationale « 10 jours sans écran ». L’objectif est de sensibiliser parents et enfants aux risques liés à une exposition excessive aux écrans. Les données scientifiques récentes, comme celles publiées par des chercheurs en cardiologie, montrent que le temps d’écran prolongé chez les enfants augmente les risques de maladies cardiovasculaires. Dans ce contexte, l’initiative irlandaise apparaît comme un laboratoire d’idées pour repenser l’usage des nouvelles technologies chez les plus jeunes.

« Ils arrivent au collège plus matures avec une vraie capacité à résoudre les problèmes et un meilleur esprit critique. »
Rachel Harper, directrice de l’école primaire Saint-Patrick à Greystones

Et maintenant ?

L’expérience de Greystones pourrait inspirer d’autres communes en Europe, notamment en France, où les débats sur l’usage des écrans chez les enfants restent vifs. Le gouvernement irlandais devrait formaliser sa proposition d’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans d’ici la fin de l’année 2026, lors de sa présidence du Conseil de l’UE. En France, si les résultats de l’opération « 10 jours sans écran » sont concluants, des mesures plus strictes pourraient être envisagées à l’avenir. Reste à voir si d’autres pays suivront cette voie.

Pour les familles, l’enjeu reste de trouver un équilibre entre les avantages des nouvelles technologies et la nécessité de préserver l’enfance. À Greystones, l’expérience montre qu’il est possible de vivre sans smartphones avant un certain âge, au bénéfice du développement personnel et social des adolescents.

Avant 13 ans, les enfants utilisent soit des téléphones basiques sans accès à internet ou aux réseaux sociaux, soit n’ont pas de téléphone du tout. Les modèles à clapet, comme celui de Bodie, 12 ans, sont encore tolérés pour les appels et les messages simples.

Bien que l’initiative de Greystones ne repose pas sur une étude scientifique formelle, elle s’inscrit dans un contexte où plusieurs recherches, dont certaines publiées récemment, alertent sur les risques liés à une exposition précoce aux écrans et aux réseaux sociaux. Ces travaux soulignent notamment l’impact sur la santé mentale et le développement cognitif des enfants.