Selon Courrier International, la décision de grâce accordée à Nicole Minetti, figure controversée de l’ère Berlusconi, relance en Italie le débat sur les dérives du pouvoir et la justice à deux vitesses. L’ancienne conseillère régionale lombarde, condamnée pour son rôle dans l’affaire des « soirées bunga bunga », avait écopé en 2015 de deux ans et dix mois de prison pour « incitation à la prostitution » et détournement de fonds publics. Sa condamnation, symbolique d’une époque où Silvio Berlusconi dominait la scène politique italienne, retrouve aujourd’hui une actualité brûlante.

Ce qu'il faut retenir

  • Nicole Minetti, élue conseillère régionale en Lombardie en 2010 à seulement 25 ans, n’avait aucune expérience politique avant d’entrer en fonction.
  • Condamnée en 2015 pour son implication dans l’affaire des « soirées bunga bunga », elle a écopé de 2 ans et 10 mois de prison pour « incitation à la prostitution » et détournement de fonds publics.
  • Cette affaire judiciaire, centrée sur les agissements de Silvio Berlusconi et la jeune Karima El-Mahroug, alias « Ruby la voleuse de cœurs », avait marqué l’histoire politique italienne.

Une ascension fulgurante dans l’ombre de Berlusconi

Nicole Minetti, hygiéniste dentaire de formation, n’avait aucun lien avec le monde politique lorsqu’elle est propulsée sur la scène publique en Italie. Son élection en Lombardie en 2010, sous les couleurs de la coalition soutenant Silvio Berlusconi, s’est jouée sur une notoriété médiatique naissante. Avant son entrée en politique, elle avait enchaîné les apparitions dans des émissions télévisées transalpines, où son image de « reine des soirées bunga bunga » s’est forgée. À 25 ans, elle devenait ainsi l’une des plus jeunes élues de l’histoire régionale italienne, sans même avoir un cursus classique en politique.

Son parcours illustre une époque où Berlusconi, alors au faîte de son pouvoir, mêlait vie publique et vie privée avec une visibilité médiatique sans précédent. Minetti, figure mineure de ce système, incarnait cette porosité entre sphères intime et politique, un mélange qui a fini par éclater au grand jour avec l’affaire « Ruby ».

L’affaire des soirées bunga bunga : un scandale aux multiples ramifications

L’affaire, révélée en 2010, a secoué l’Italie et mis en lumière les dérives d’un pouvoir politique habitué à s’affranchir des règles. Au cœur du scandale se trouve Karima El-Mahroug, une jeune Marocaine de 17 ans à l’époque, qui aurait participé à plusieurs soirées organisées dans les villas de Berlusconi. Selon les enquêtes, des relations sexuelles auraient eu lieu entre El-Mahroug et l’ancien Premier ministre alors qu’elle était mineure — une accusation que Berlusconi a toujours niée formellement.

Nicole Minetti a été reconnue coupable d’avoir « facilité » ces rencontres, notamment en servant d’intermédiaire pour faire sortir El-Mahroug des locaux de la police après une plainte pour vol. Sa condamnation, prononcée en 2015, s’appuyait sur deux chefs d’accusation : « incitation à la prostitution » et « détournement de fonds publics » liés à son mandat de conseillère régionale. Une peine sévère pour une affaire où les frontières entre consentement et exploitation restaient floues.

« Minetti a joué un rôle actif dans l’organisation de ces soirées, servant de relais entre les participants et les jeunes femmes invitées. Son statut de conseillère régionale lui a même servi à blanchir certaines dépenses liées à ces événements. »
— Extrait du jugement de 2015, selon les comptes-rendus de Courrier International

Une grâce présidentielle qui relance les tensions politiques

L’annonce de la grâce accordée à Nicole Minetti par le président italien Sergio Mattarella, en mai 2026, a provoqué une onde de choc dans le pays. Les détracteurs de l’ancien système berlusconien y voient une nouvelle illustration de l’impunité qui aurait prévalu pendant des décennies. À l’inverse, ses défenseurs soulignent que Minetti, aujourd’hui âgée de 41 ans, a purgé l’essentiel de sa peine sous forme de travaux d’intérêt général et que sa condamnation relevait davantage d’une condamnation symbolique que d’une réelle dangerosité.

Cette grâce intervient dans un contexte où l’Italie tente de tourner la page d’une époque marquée par les affaires judiciaires et les conflits d’intérêts. Berlusconi lui-même, décédé en 2023, reste une figure clivante, à la fois icône de la droite et symbole des dérives du pouvoir. Pour ses partisans, Minetti était une victime collatérale d’une chasse aux sorcières politique ; pour ses opposants, sa grâce est une insulte aux principes d’égalité devant la loi.

Et maintenant ?

La grâce de Minetti pourrait relancer le débat sur la révision des condamnations liées à l’ère Berlusconi, un dossier que la justice italienne avait pourtant tenté de clore. Les associations féministes et les partis de gauche appellent désormais à une réflexion plus large sur les mécanismes de protection des mineures et sur les responsabilités des élites politiques. D’ici à la fin de l’année, des manifestations sont prévues pour dénoncer ce qu’elles qualifient de « justice sélective ». Reste à savoir si cette affaire servira de catalyseur pour des réformes structurelles ou si elle ne restera qu’un épisode parmi d’autres dans la mémoire collective italienne.

Pour l’instant, Nicole Minetti, désormais éloignée des projecteurs, n’a pas réagi publiquement à cette grâce. Son cas rappelle pourtant que, près de quinze ans après les faits, les fantômes de « Ruby » et des soirées bunga bunga continuent de hanter la politique italienne.

Elle a été condamnée en 2015 pour « incitation à la prostitution » — en facilitant les rencontres entre des jeunes femmes et Silvio Berlusconi — et pour « détournement de fonds publics », en utilisant son budget de conseillère régionale pour financer des dépenses liées à ces soirées.

Parce qu’elle a révélé l’étendue des dérives d’un système politique où le pouvoir s’exerçait avec une impunité quasi totale. Elle a aussi mis en lumière le rôle des médias, très proches de Berlusconi, qui ont longtemps minimisé ou ignoré ces scandales avant que la justice ne s’en empare.