Dans les années 1970, les loups qui peuplaient l’Italie ont commencé à coloniser de nouveaux territoires, protégés par des lois environnementales. Selon Courrier International, cette expansion les a conduits à croiser des chiens errants, dont la prolifération s’explique par l’abandon des zones rurales. Un phénomène qui se poursuit aujourd’hui, au point qu’une étude récente révèle que 47 % des loups sauvages du pays sont désormais des hybrides entre loup et chien.

Cette découverte, issue de travaux dirigés par Rita Lorenzini, chercheuse d’un institut italien, a été publiée dans la revue Biological Conservation. Pour établir ce chiffre, son équipe a analysé le matériel génétique de 748 loups dont les carcasses ont été récupérées entre 2020 et 2024, ainsi que celui de 26 autres spécimens collectés entre 1993 et 2003, principalement entre Bologne et la pointe de la Botte.

Ce qu'il faut retenir

  • En Italie, 47 % des loups sauvages sont des hybrides entre loup et chien, selon une étude publiée dans Biological Conservation.
  • Les chercheurs ont analysé l’ADN de 774 loups pour établir ce constat, couvrant des périodes allant de 1993 à 2024.
  • Ce phénomène s’explique par la rencontre entre loups protégés et chiens errants, favorisée par l’exode rural et la désertification des campagnes.
  • Les experts craignent un risque d’extinction génétique des loups d’origine, remplacés par leur pool génétique hybride.
  • Les croisements pourraient modifier le comportement des loups, notamment leurs techniques de chasse et leur organisation sociale.

Une hybridation ancienne, mais sans précédent en Italie

Bien que les croisements entre loups et chiens existent depuis des millénaires, notamment depuis la domestication des chiens, l’Italie se distingue par l’ampleur du phénomène. Cette proportion de 47 % d’hybrides est unique au monde, soulignent les chercheurs. Jusqu’à présent, ces hybridations restaient marginales, mais la protection juridique des loups, mise en place il y a plus de cinquante ans, a favorisé leur expansion et leur contact avec des chiens domestiques redevenus sauvages.

Selon Paolo Ciucci, biologiste cité par bioGraphic, ces mélanges pourraient avoir des conséquences durables sur la physiologie et le comportement des animaux. « Les croisements pourraient changer la façon dont ils chassent, défendent leur territoire ou interagissent socialement », a-t-il déclaré. Un bouleversement qui interroge sur la survie à long terme de l’espèce.

Un risque de disparition génétique pour les loups d’origine

Le phénomène prend une tournure critique, au point que les spécialistes évoquent un point de non-retour. « Les loups d’Italie pourraient se rapprocher d’un point de non-retour, car leur pool génétique d’origine risque d’être irréversiblement remplacé par celui des hybrides », met en garde bioGraphic. Autrement dit, d’un point de vue génétique, les loups pourraient tout bonnement disparaître, absorbés par les croisements répétés avec les chiens.

Cette situation rappelle que la protection des espèces ne suffit pas toujours à préserver leur intégrité biologique. Malgré des décennies de mesures de conservation, l’Italie se retrouve face à un défi inattendu : comment sauvegarder une espèce lorsque son identité génétique est menacée par une autre ?

Des mesures de gestion urgentes, mais complexes

Face à ce constat, les autorités italiennes et les scientifiques réfléchissent à des solutions. L’une des pistes envisagées serait d’identifier et d’éliminer les hybrides les plus marqués, afin de préserver la pureté génétique des loups sauvages. Une approche délicate, car elle soulève des questions éthiques et pratiques. Comment distinguer un loup hybride d’un loup « pur » ? Faut-il sacrifier des animaux pour sauver une espèce ?

Pour l’instant, aucune décision n’a été prise. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’approfondir les études pour mieux comprendre les mécanismes de cette hybridation et ses conséquences à long terme. « Il reste à voir si les loups hybrides pourront maintenir les caractéristiques essentielles de l’espèce », a indiqué Rita Lorenzini.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront cruciales pour évaluer l’évolution de cette situation. Les autorités italiennes devraient publier d’ici 2027 un rapport détaillé sur les mesures à mettre en œuvre pour limiter l’hybridation. En attendant, les scientifiques appellent à une surveillance accrue des populations de loups et de chiens errants, afin de mieux cibler les actions de conservation. Reste à savoir si ces efforts suffiront à inverser la tendance.

Ce phénomène interroge également sur le rôle de l’homme dans la protection de la biodiversité. Faut-il adapter les lois pour mieux contrôler les croisements ? Peut-on concilier protection des espèces et réalité écologique ? Autant de questions qui devraient alimenter les débats dans les mois à venir.

L’Italie concentre ce phénomène en raison de deux facteurs principaux : d’une part, les loups y ont été strictement protégés depuis les années 1970, favorisant leur expansion géographique ; d’autre part, l’exode rural et l’abandon des campagnes ont entraîné une prolifération de chiens errants. Ces deux populations, autrefois séparées, se sont retrouvées en contact, entraînant des croisements répétés.

La disparition des loups « purs » pourrait entraîner une perte de diversité génétique au sein de l’espèce, ce qui la rendrait plus vulnérable aux maladies ou aux changements environnementaux. De plus, si les hybrides adoptent des comportements différents (chasse, territorialité), cela pourrait perturber l’équilibre des écosystèmes où les loups jouent un rôle clé, comme la régulation des populations d’ongulés.