À partir de ce 15 mai 2026, la pêche sur le lac Tanganyika, en République démocratique du Congo, est suspendue pour une durée de trois mois. Cette mesure, annoncée par le ministre provincial de la Pêche dans la province du Tanganyika, Raphael Pungwe, vise officiellement à préserver les espèces aquatiques du lac. Selon RFI, qui rapporte l’information, cette décision s’inscrit dans un calendrier préventif, mais elle suscite déjà des tensions parmi les pêcheurs locaux et les acteurs de la société civile.

Ce qu'il faut retenir

  • La pêche sur le lac Tanganyika est suspendue à compter du 15 mai 2026 pour une durée de trois mois.
  • La mesure est décidée par le ministre provincial de la Pêche, Raphael Pungwe, afin de préserver les espèces du lac.
  • Les pêcheurs et la société civile contestent cette décision, estimant qu’aucune mesure d’accompagnement n’a été prévue par les autorités.

Une décision motivée par la préservation des ressources

D’après les explications fournies par le ministre Raphael Pungwe, la suspension de la pêche s’impose pour permettre aux populations de poissons de se reconstituer. Le lac Tanganyika, l’un des plus grands lacs d’eau douce d’Afrique, abrite une biodiversité riche, mais fragilisée par des années de surpêche et de pratiques non durables. RFI précise que cette mesure s’aligne sur des recommandations scientifiques visant à éviter l’effondrement des stocks halieutiques.

Pourtant, dans la province du Tanganyika, où la pêche représente une activité économique majeure pour des milliers de familles, cette décision est perçue comme un coup dur. Les autorités provinciales assurent que la suspension est temporaire et nécessaire, mais reconnaissent ne pas avoir anticipé les conséquences sociales immédiates pour les communautés dépendantes de cette ressource.

Les acteurs locaux dénoncent l’absence de mesures d’accompagnement

Les pêcheurs et les associations locales dénoncent une décision imposée sans consultation préalable ni plan de soutien. «

Le gouvernement parle de préserver le lac, mais qui va nourrir nos familles pendant ces trois mois ? » a déclaré Jean Mwango, président d’une coopérative de pêcheurs à Kalemie, cité par RFI. Pour ces acteurs, la suspension aggrave une situation déjà précaire, alors que les alternatives économiques locales sont limitées.

La société civile, de son côté, souligne que des mesures comme la distribution de filets conformes ou la formation à des techniques de pêche durable auraient pu atténuer l’impact de cette mesure. RFI indique que plusieurs organisations non gouvernementales ont déjà interpellé les autorités pour réclamer un dialogue avant la mise en œuvre effective de la suspension.

Un enjeu économique et écologique majeur

Le lac Tanganyika, partagé entre la RDC, la Tanzanie, le Burundi et la Zambie, est une source vitale de protéines pour des millions de personnes. En RDC, la province du Tanganyika en dépend particulièrement, avec des milliers de pêcheurs artisanaux qui en tirent leurs moyens de subsistance. Selon des données locales relayées par RFI, la filière emploie directement ou indirectement plus de 50 000 personnes dans la région.

Sur le plan écologique, le lac abrite des centaines d’espèces endémiques, dont certaines sont menacées par la pêche excessive. Les scientifiques locaux appellent depuis des années à un encadrement strict des activités de pêche. Pourtant, l’absence de mécanismes de compensation sociale risque de fragiliser davantage les populations locales, déjà confrontées à l’insécurité alimentaire et à la pauvreté.

Et maintenant ?

La suspension de la pêche entrera en vigueur demain, et les autorités provinciales devraient annoncer sous 72 heures des mesures concrètes pour accompagner les pêcheurs. Reste à savoir si ces dispositifs, s’ils sont mis en place, seront suffisants pour éviter des tensions sociales dans une région déjà marquée par des crises récurrentes. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette décision sur le terrain.

En attendant, les acteurs locaux appellent à une médiation urgente pour trouver un équilibre entre la préservation des ressources et la survie des communautés. La question de la durabilité de la pêche sur le lac Tanganyika, elle, reste entière.