Le scrutin régional qui se tient dimanche 6 septembre en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, pourrait marquer un tournant historique. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un parti d’extrême droite, l’Alternative für Deutschland (AfD), est en tête des intentions de vote avec près de 40 % des suffrages, selon nos confrères de France 24. Si ces projections se confirment, l’AfD remporterait ainsi la première région allemande de son histoire.

Ce qu'il faut retenir

  • L’AfD est donnée en tête des sondages avec 38 à 40 % des intentions de vote en Saxe-Anhalt pour le scrutin du 6 septembre 2026.
  • Cette région de l’ex-RDA est la première où un parti d’extrême droite pourrait accéder au pouvoir depuis 1945.
  • Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD, s’est imposé comme une figure médiatique, notamment sur les réseaux sociaux.
  • Le parti axe sa campagne sur des thèmes comme l’immigration, la souveraineté nationale et la critique des élites politiques.
  • Cette dynamique interroge sur l’évolution du paysage politique allemand et européen.

Un scrutin régional aux enjeux nationaux et européens

Ce vote en Saxe-Anhalt n’est pas un simple scrutin local. Il intervient dans un contexte où l’AfD, déjà bien implantée dans l’ex-Allemagne de l’Est, gagne en influence dans l’ensemble du pays. Selon nos confrères de France 24, les résultats pourraient influencer les débats sur la politique migratoire allemande et, plus largement, sur la cohésion de l’Union européenne. Avec 40 % des intentions de vote, l’AfD devance largement les autres formations politiques, dont le SPD et la CDU, traditionnellement dominants dans cette région.

La Saxe-Anhalt, ancienne zone industrielle de l’ex-RDA, est un bastion historique des partis d’extrême droite. En 2024, l’AfD y avait déjà réalisé une percée en obtenant 30 % des voix lors des élections européennes. Ce scrutin du 6 septembre pourrait donc confirmer cette tendance et ouvrir la voie à une gouvernance locale inédite.

Qui est Ulrich Siegmund, la nouvelle star de l’AfD ?

À la tête de la liste AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund incarne une nouvelle génération de dirigeants d’extrême droite en Allemagne. Âgé de 45 ans, cet ancien membre de la CDU a rejoint l’AfD en 2015 avant de gravir rapidement les échelons. Siegmund est connu pour son usage des réseaux sociaux, où il diffuse des messages simplifiés, souvent critiqués pour leur ton populiste. Il compte près de 500 000 abonnés sur X (ex-Twitter), une audience bien supérieure à celle des responsables politiques traditionnels.

Dans ses interventions, il met en avant des thèmes comme le rejet de l’immigration, la défense des traditions allemandes et la critique des élites politiques.

« Nous ne voulons pas d’une Allemagne multiculturelle, mais d’une Allemagne où les Allemands se sentent chez eux »,
a-t-il déclaré lors d’un meeting à Magdebourg en août 2026. Ses prises de position radicales séduisent une partie de l’électorat, notamment dans les zones rurales et parmi les travailleurs précaires.

Pourquoi l’AfD séduit-elle autant dans l’ex-RDA ?

Plusieurs facteurs expliquent la dynamique de l’AfD en Saxe-Anhalt. D’abord, le sentiment de relégation économique persiste dans cette région, où le chômage et le déclin industriel restent des plaies ouvertes depuis la réunification. Ensuite, la crise migratoire de 2015-2016 a renforcé les craintes d’une partie de la population, qui associe l’immigration à une menace pour la sécurité et la culture allemande. Enfin, la défiance envers les partis traditionnels a ouvert un boulevard à l’AfD, perçue comme une alternative radicale.

Selon une étude de l’institut Infratest dimap, relayée par France 24, 60 % des électeurs de l’AfD en Saxe-Anhalt justifient leur choix par des préoccupations économiques et sociales. Seulement 20 % citent l’immigration comme motif principal. Autant dire que le parti a su élargir son électorat au-delà de ses thèmes historiques.

Et maintenant ?

Si l’AfD confirme sa victoire dimanche, elle devra former une coalition pour gouverner, car aucun parti ne dispose de la majorité absolue. Les discussions s’annoncent tendues, car ni le SPD ni la CDU n’ont exclu de s’allier avec l’AfD. Les prochaines élections en Thuringe et en Saxe, prévues en 2027, pourraient également basculer en faveur de l’extrême droite. En Europe, ce scrutin sera scruté de près, notamment à Bruxelles, où certains craignent un effet domino dans d’autres pays membres.

Les réactions ne devraient pas tarder. Les partis traditionnels devraient réévaluer leur stratégie, tandis que les associations antiracistes appellent déjà à des mobilisations. « Un tel résultat serait un signal d’alarme pour la démocratie allemande », a réagi la présidente du Conseil central des Juifs en Allemagne, Josef Schuster, dans une déclaration rapportée par France 24.

L’AfD se défend d’être un parti néo-nazi, mais plusieurs de ses membres ont été liés à des milieux d’extrême droite ou à des propos controversés. En 2020, le service de renseignement intérieur allemand (BfV) a classé certaines ailes du parti comme « extrémistes de droite ». Cependant, l’AfD dans son ensemble n’est pas interdite, contrairement à d’autres formations plus radicales comme le NPD.