C’est un événement qui défie les codes du sport mondial et suscite autant la curiosité que l’incompréhension. Les Enhanced Games, ces Jeux où le dopage est non seulement autorisé mais encadré, s’ouvrent pour la première fois du 24 mai 2026 à Las Vegas, sur le célèbre Strip. Trois disciplines sont au programme, avec une quarantaine d’athlètes prêts à repousser les limites physiques grâce à des substances pourtant bannies des compétitions officielles.
Selon RMC Sport, ce concept a été imaginé en 2023 par Aron D’Souza, un entrepreneur australien de la tech, diplômé d’Oxford et de l’université de Melbourne. À 40 ans, ce dernier défend une vision radicale : donner aux sportifs les moyens de « repousser les limites du corps humain » tout en les rémunérant de manière bien plus attractive que dans les circuits traditionnels. Las Vegas a été choisie pour accueillir cette première édition, dans une salle éphémère spécialement construite pour l’occasion. L’événement mêlera trois heures de compétition sportive, agrémentées de concerts – dont celui du groupe The Killers – et s’annonce déjà comme un show à part entière.
Ce qu'il faut retenir
- Première édition des Enhanced Games les 24 mai 2026 à Las Vegas, avec trois sports au programme : natation, athlétisme et haltérophilie.
- 42 athlètes issus de 23 nationalités sont inscrits, dont le Français Mouhamadou Fall, suspendu à deux reprises pour dopage.
- Les substances autorisées incluent stéroïdes anabolisants, hormones de croissance et EPO, sous contrôle médical strict pendant 8 à 12 semaines avant la compétition.
- Aucun contrôle antidopage ne sera effectué pendant l’événement, mais un suivi scientifique est prévu sur cinq ans.
- Les primes promises aux vainqueurs sont bien supérieures à celles des Jeux Olympiques : jusqu’à 1 million de dollars pour un record du monde.
- L’événement est soutenu par des investisseurs comme Peter Thiel (cofondateur de PayPal) et Donald Trump Jr, via sa société 1789 Capital.
Trois sports composeront ce rendez-vous atypique : la natation avec les 50m et 100m nage libre et papillon, disputés dans une piscine à seulement quatre lignes d’eau (contre huit en compétition internationale) ; l’athlétisme avec le 100m et le 110m haies, courus sur six couloirs ; et enfin l’haltérophilie, avec les épreuves d’épaulé-jeté, arraché et soulevé de terre. Un format réduit, conçu pour mettre en avant la performance individuelle et l’exploit physique, sans contraintes réglementaires.
La tenue de cette compétition a provoqué une levée de boucliers parmi les institutions sportives. Le Comité International Olympique (CIO), l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) et les fédérations internationales ont d’ores et déjà annoncé le bannissement des athlètes participants. Les organisateurs, eux, justifient leur approche par un encadrement médical strict. Un protocole individualisé de 8 à 12 semaines précède chaque compétition, durant lequel les sportifs sont suivis par une commission scientifique indépendante. Celle-ci, dirigée par Guido Pieles, cardiologue basé au Qatar et ancien collaborateur du PSG, valide chaque cocktail de substances en fonction de la discipline et du profil de l’athlète.
Les substances autorisées aux États-Unis pourront être utilisées : stéroïdes anabolisants (dont la testostérone) pour augmenter la masse musculaire, hormones de croissance pour accélérer la récupération, ou encore EPO pour améliorer l’endurance. En revanche, les produits illicites comme la cocaïne, l’héroïne ou le LSD restent formellement interdits. Aucun contrôle antidopage ne sera effectué pendant les Jeux, mais un suivi sera assuré pendant cinq ans par la commission scientifique.
Parmi les athlètes présents, certains sont des figures controversées du sport mondial. Le Français Mouhamadou Fall, champion de France du 100m et 200m, a été suspendu à deux reprises : en 2023 pour un contrôle positif à l’heptaminol, et en 2022 pour 18 mois de manquements à ses obligations de localisation. D’autres noms marquent l’affiche, comme le nageur australien James Magnussen (double champion du monde du 100m nage libre, triple médaillé olympique), l’Américain Cody Miller (bronze sur 100m brasse aux JO de Rio 2016) ou le Britannique Benjamin Proud (vice-champion olympique du 50m nage libre à Paris 2024). Tous trois sont entraînés par Brett Hawke, ancien coach du Brésilien César Cielo.
En athlétisme, l’Américain Fred Kerley, champion du monde du 100m en 2022 et médaillé aux Jeux de Pékin 2021 et Paris 2024, sera également présent, tout comme il a purgé une suspension d’un an en 2025 pour trois no-show. Du côté de la natation, Hunter Armstrong, triple médaillé olympique, participera sans recourir au dopage, attiré uniquement par l’aspect financier de l’événement.
Car c’est bien l’argent qui constitue l’un des principaux arguments des organisateurs. Les primes promises dépassent largement celles des compétitions traditionnelles : 250 000 dollars pour une victoire, 500 000 dollars en cas de record du monde, et jusqu’à 1 million de dollars si un athlète bat le record du monde d’Usain Bolt sur 100m. Dans un entretien accordé au Monde, Mouhamadou Fall a confirmé percevoir « une somme importante à la signature et un bon montant mensuel ».
Le budget de l’événement est estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros, financé par de puissants investisseurs. Parmi eux figurent des personnalités de la Silicon Valley, comme Peter Thiel, cofondateur de PayPal, ou Donald Trump Jr, fils de l’ancien président américain, via sa société d’investissements 1789 Capital. Certains y voient une proximité avec le mouvement Maga ou des positions pro-Trump, une accusation que les organisateurs démentent. Toujours est-il que la réélection de Donald Trump en 2025 a semble-t-il facilité la tenue de cette compétition, très critiquée par les instances sportives.
Derrière cette promesse d’égalité – où tous les athlètes auraient théoriquement les mêmes chances grâce au dopage – se cache en réalité un projet économique ambitieux. Les participants serviront en effet de cobayes pour des recherches sur la « médecine de longévité », visant à développer des produits permettant de prolonger la durée de vie humaine. Guido Pieles, président de la commission médicale indépendante des Enhanced Games, l’a confirmé lors d’un entretien avec BFMTV : « Nous devons faire plus de recherches, nous devons vraiment nous ouvrir à tout ce domaine scientifique. Les Enhanced Games peuvent contribuer à faire de la prévention mais aussi à créer de nouvelles méthodes de recherche et à développer des études scientifiques, peut-être avec de nouvelles entités et en travaillant avec des sociétés pharmaceutiques ou des universités. »
Quant à l’impact sur les athlètes, il est encore trop tôt pour le mesurer. Certains, comme Hunter Armstrong, participent pour l’argent sans recourir au dopage. D’autres, comme Mouhamadou Fall, ont déjà un passé sportif entaché par des affaires de dopage. Une chose est sûre : ces Jeux laissent derrière eux plus de questions qu’ils n’apportent de réponses.
Les organisateurs autorisent les stéroïdes anabolisants (dont la testostérone), les hormones de croissance et l’érythropoïétine (EPO). En revanche, les substances illégales comme la cocaïne, l’héroïne ou le LSD sont strictement interdites.
Les athlètes peuvent gagner jusqu’à 250 000 dollars pour une victoire, 500 000 dollars en cas de record du monde, et jusqu’à 1 million de dollars si un record du monde d’Usain Bolt sur 100m est battu.