Une vaste enquête menée auprès de 76 000 étudiants et membres du personnel des universités australiennes confirme l’existence d’un racisme « profondément enraciné » et « systémique » dans le milieu académique, selon Courrier International.

L’étude, qualifiée d’« historique » par la Commission australienne des droits de l’homme et relayée par la chaîne ABC, révèle que plus de 70 % des répondants déclarent avoir été victimes ou témoins de comportements racistes au sein de leur établissement. Ces chiffres, parmi les plus élevés jamais enregistrés dans le pays, interviennent dans un contexte marqué par une recrudescence des tensions communautaires, notamment après la fusillade de Bondi Beach en décembre 2025.

Ce qu'il faut retenir

  • 70 % des étudiants et du personnel interrogés déclarent avoir subi ou été témoins de racisme dans leur université.
  • Les communautés les plus touchées sont les étudiants juifs et palestiniens, avec 90 % de témoignages de racisme.
  • Les Premières Nations, les étudiants chinois, juifs laïques, du Moyen-Orient et d’Asie signalent des taux de racisme supérieurs à 80 %.
  • Seulement 6 % des victimes ou témoins ont porté plainte, principalement par crainte de représailles ou par manque de confiance dans les institutions.
  • Le rapport évoque des cas de dysfonctionnements administratifs, comme une plainte rejetée un an après son dépôt pour vice de forme.
  • L’enquête a été lancée après la tuerie de Bondi Beach, où 15 personnes avaient péri lors d’une attaque antisémite.

Des communautés particulièrement ciblées

Parmi les groupes les plus exposés, les étudiants juifs et palestiniens arrivent en tête, avec 90 % des répondants de ces communautés déclarant avoir été victimes de racisme. Suivent les étudiants des Premières Nations (aborigènes et insulaires du détroit de Torres), ainsi que les étudiants originaires de Chine, du Moyen-Orient et d’Asie, qui rapportent des taux de racisme dépassant les 80 %.

Ces chiffres contrastent fortement avec la proportion globale de 70 % de témoignages de racisme dans l’ensemble des universités australiennes. « Les résultats montrent que certaines communautés sont systématiquement plus exposées que d’autres, reflétant des dynamiques discriminatoires persistantes », analyse Giridharan Sivaraman, commissaire à la lutte contre la discrimination raciale.

Un phénomène largement sous-déclaré

Malgré l’ampleur des témoignages, seulement 6 % des personnes ayant subi ou été témoins de racisme ont choisi de déposer une plainte auprès de leur université. Les raisons invoquées sont multiples : peur des représailles, méfiance envers les mécanismes internes de traitement des plaintes, ou encore sentiment d’inefficacité des institutions.

Le rapport cite l’exemple d’un étudiant aborigène dont la plainte pour racisme a été rejetée un an après les faits, les responsables invoquant un délai dépassé. Une situation qualifiée de « quasi kafkaïenne » par Giridharan Sivaraman. « Ces cas illustrent les obstacles structurels auxquels sont confrontées les victimes, qui renoncent souvent à signaler les incidents par découragement », souligne-t-il.

« Le racisme dans les universités australiennes n’est pas anecdotique, il est systémique. Les témoignages recueillis montrent des pratiques discriminatoires ancrées dans les politiques et les cultures institutionnelles. »
— Giridharan Sivaraman, commissaire à la lutte contre la discrimination raciale

Un contexte national marqué par les tensions

Cette enquête intervient dans un contexte de tensions accrues en Australie, notamment après l’attentat de Bondi Beach, perpétré le 14 décembre 2025 lors de la fête juive de Hanoukka. L’attaque, revendiquée par un père et son fils « inspirés par l’État islamique », avait fait 15 morts et une quarantaine de blessés. L’événement avait alors ravivé les débats sur l’antisémitisme et les violences communautaires dans le pays.

Selon Courrier International, les universités, en tant que microcosmes de la société, reflètent ces dynamiques. « Les établissements sont censés être des lieux de savoir et de tolérance, mais ils ne sont pas épargnés par les préjugés et les discriminations », note le rapport. L’enquête Racism@Uni, lancée en avril 2026, s’inscrit dans cette logique pour documenter et analyser l’ampleur du phénomène.

Et maintenant ?

Les conclusions de l’enquête pourraient donner lieu à des réformes structurelles au sein des universités australiennes, avec un accent mis sur la formation des personnels et la mise en place de mécanismes de signalement plus accessibles. La Commission des droits de l’homme a déjà appelé à une refonte des procédures de plainte et à une meilleure prise en charge des victimes. Une série de recommandations devrait être publiée d’ici la fin de l’année 2026, mais leur application dépendra de la volonté politique et des budgets alloués.

Pour les communautés les plus touchées, comme les étudiants juifs ou palestiniens, la question reste entière : comment concilier le droit à l’éducation avec la sécurité et la dignité au sein des établissements ? Les associations étudiantes appellent à des mesures concrètes, tandis que les universités se retrouvent sous pression pour prouver leur engagement contre toutes les formes de discrimination.

Giridharan Sivaraman, pour sa part, insiste sur l’urgence d’agir : « Les universités doivent cesser de minimiser ces problèmes. Le déni ne fera qu’aggraver la crise de confiance. »

La Commission australienne des droits de l’homme doit publier d’ici fin 2026 un ensemble de recommandations destinées aux universités. Celles-ci pourraient inclure des audits indépendants, des formations obligatoires sur les discriminations, et la création de cellules spécialisées pour traiter les plaintes. Les associations et syndicats étudiants espèrent que ces mesures seront assorties de financements publics et de mécanismes de suivi stricts.

Non. Bien que l’enquête se concentre sur le milieu universitaire, le racisme systémique touche d’autres secteurs de la société australienne, comme le marché du travail, le système judiciaire ou les services publics. Cependant, les universités, en tant qu’institutions éducatives et symboles de progrès social, sont souvent perçues comme des lieux où ces discriminations devraient être combattues en priorité. Leur rôle dans la reproduction ou la remise en cause des inégalités raciales en fait un terrain d’étude privilégié.