Le meurtre de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, a révélé les failles du système judiciaire français. Selon Euronews FR, le drame a mis en lumière l’absence de suivi des signalements concernant des abus sexuels présumés, alors que le principal suspect avait été cité à quatre reprises dans des affaires impliquant des mineures sans que les procédures ne soient menées à leur terme. Le président Emmanuel Macron a qualifié ces manquements de « inacceptables », renforçant les critiques sur le sous-financement chronique de la justice française.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2022, la France comptait 11 juges professionnels pour 100 000 habitants, soit presque deux fois moins que la moyenne européenne (22 juges).
  • La Croatie (42,4 juges), la Slovénie (40,7) et la Grèce (37,3) figuraient parmi les pays européens les mieux dotés en magistrats la même année.
  • Le Monténégro et Monaco affichaient les ratios les plus élevés d’Europe, avec respectivement 42,4 et plus de 102 juges pour 100 000 habitants.
  • L’Irlande (3,3), le Danemark (6,5) et Malte (9) comptaient parmi les pays de l’UE les moins bien dotés.
  • Le Royaume-Uni, avec moins de 3 juges pour 100 000 habitants, s’appuie sur des juges non professionnels pour traiter une partie des contentieux.
  • À la suite du drame, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a ordonné un examen prioritaire de 70 000 procédures pour violences contre des mineurs d’ici le 14 juillet.

Un drame qui interroge les dysfonctionnements de la justice

Lyhanna, collégienne de 11 ans, a disparu le 29 mai 2026 près de Fleurance, dans le Gers. Son corps a été retrouvé le 4 juin dans un silo désaffecté à Puycasquier, vêtu des mêmes vêtements que ceux portés le jour de sa disparition. Un père de famille de 41 ans, père de deux enfants et dont la fille était une camarade de classe de la victime, a été placé en garde à vue. Les enquêteurs ont découvert qu’il avait été cité dans quatre affaires distinctes impliquant des jeunes filles ces dernières années, sans que les investigations ne soient menées à leur terme.

Ces révélations ont suscité un émoi national, d’autant que le suspect n’avait jamais été inquiété malgré des signalements répétés. Le président Emmanuel Macron a réagi en dénonçant des « manquements inacceptables » de la part du système judiciaire, lors d’une prise de parole officielle. La famille de Lyhanna, comme l’opinion publique, s’est interrogée sur l’efficacité des dispositifs de protection des mineurs en France.

La France dans le viseur des comparaisons européennes

Selon les données du Conseil de l’Europe, compilées par Euronews FR, la France affichait en 2022 un ratio de 11 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre une moyenne de 22 juges dans l’Union européenne. Ce chiffre place le pays parmi les moins bien dotés d’Europe occidentale, loin derrière les pays d’Europe de l’Est, traditionnellement plus pourvus en magistrats. Entre 2019 et 2024, l’UE a enregistré une baisse de près de 12 % du nombre total de juges professionnels, passant de 80 000 à 70 348, selon Eurostat.

Cette disparité s’explique en grande partie par les différences de systèmes juridiques. Les pays d’Europe de l’Est, influencés par le droit germanique, adoptent des procédures inquisitoires où les juges mènent activement les investigations. Leurs tribunaux sont également plus spécialisés et organisés en plusieurs niveaux, ce qui exige davantage de personnel judiciaire. À l’inverse, les systèmes de common law (Royaume-Uni, Irlande) ou napoléonien (France, Italie, Espagne) reposent sur des modèles accusatoires ou hybrides, où les juges jouent un rôle moins interventionniste, réduisant ainsi les besoins en magistrats.

Les pays les plus et les moins bien dotés en juges professionnels

Parmi les pays de l’UE, la Croatie arrive en tête avec 42,4 juges pour 100 000 habitants, suivie de la Slovénie (40,7) et de la Grèce (37,3). En élargissant à l’ensemble du continent, Monaco se distingue avec plus de 102 juges pour 100 000 habitants, devant le Monténégro (42,4). Ces chiffres contrastent fortement avec ceux des pays d’Europe de l’Ouest : l’Irlande (3,3), le Danemark (6,5) et Malte (9) figurent parmi les moins bien dotés de l’UE.

Le Royaume-Uni, souvent cité en exemple pour son système judiciaire, affiche moins de 3 juges pour 100 000 habitants en Angleterre et au pays de Galles. Cette situation s’explique par l’existence de Magistrates’ Courts, composées de juges non professionnels, qui traitent une part importante des contentieux. En Écosse et en Irlande du Nord, les ratios s’élèvent respectivement à 3,6 et 3,7 juges pour 100 000 habitants.

Des mesures d’urgence pour répondre à la crise des moyens

Face à la pression exercée par le drame de Lyhanna, le gouvernement français a décidé d’agir. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé aux procureurs de réexaminer 70 000 procédures en cours pour violences contre des mineurs d’ici le 14 juillet, en les qualifiant de « priorité absolue ». Cette initiative vise à identifier d’éventuelles erreurs passées et à accélérer le traitement des dossiers urgents. Plusieurs pays européens, comme l’Allemagne, l’Autriche ou le Portugal, ont également mis en place des mesures pour attirer davantage de candidats à la magistrature, notamment en augmentant les salaires ou en améliorant les conditions de travail.

Cette crise met en lumière un paradoxe : alors que les systèmes judiciaires européens sont de plus en plus sollicités, les effectifs de magistrats diminuent dans plusieurs pays. Le Conseil de l’Europe souligne que cette tendance pourrait aggraver les retards dans le traitement des affaires, avec des conséquences directes sur la protection des victimes, notamment les plus vulnérables comme les mineurs.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact des mesures annoncées par le gouvernement français. Une commission d’enquête parlementaire pourrait être créée pour analyser les dysfonctionnements révélés par l’affaire Lyhanna et proposer des réformes structurelles. Par ailleurs, la Commission européenne devrait publier d’ici la fin de l’année un rapport sur l’état des systèmes judiciaires dans l’UE, incluant des recommandations pour harmoniser les effectifs de magistrats. Enfin, les associations de victimes et les syndicats de magistrats appellent à une augmentation durable des moyens alloués à la justice, sans laquelle les promesses de réformes risquent de rester lettre morte.

Le drame de Lyhanna a ainsi révélé une fois de plus les tensions entre les attentes de la société et les réalités d’un système judiciaire sous tension. Alors que les comparaisons européennes montrent que la France n’est pas un cas isolé, la question de l’adéquation entre les moyens et les missions de la justice reste entière.

Cette différence s’explique principalement par des systèmes juridiques distincts. Les pays d’Europe de l’Est, influencés par le droit germanique, appliquent des procédures inquisitoires où les juges mènent activement les enquêtes. Leurs tribunaux sont aussi plus spécialisés et organisés en plusieurs niveaux, ce qui nécessite davantage de personnel judiciaire. En revanche, la France et d’autres pays d’Europe de l’Ouest, comme le Royaume-Uni ou l’Irlande, reposent sur des modèles accusatoires ou hybrides où les juges ont un rôle moins interventionniste.