Un documentaire intime et une traversée extrême pour apaiser une douleur impossible à combler. C’est le pari audacieux que relève l’acteur belge Jérémie Renier dans D’un monde à l’autre, un film qu’il réalise lui-même et qui sort ce mercredi 10 juin 2026. Selon Franceinfo - Sport, ce projet s’inscrit dans la continuité d’un deuil qui a marqué sa vie : la disparition accidentelle de son ami, l’acteur Gaspard Ulliel, tragiquement disparu le 19 janvier 2022 à l’âge de 37 ans.
Ce qu'il faut retenir
- Un documentaire de 1h15 réalisé par Jérémie Renier, sorti en France et en Belgique le 10 juin 2026
- Un parcours de 3 400 km à travers le passage du Nord-Ouest, en kite-ski, sur la banquise arctique entre les États-Unis et le Canada
- Une quête initiatique en duo avec l’explorateur français Loury Lag, tournée dans des conditions extrêmes et sans équipe technique lourde
- Un hommage à Gaspard Ulliel, présenté comme « une partie de [la] jeunesse » par Jérémie Renier
- Un film qui interroge la construction de la confiance et la gestion du deuil à travers des paysages grandioses et hostiles
Après avoir perdu celui qu’il considère comme son « meilleur ami » et « une partie de lui-même », Jérémie Renier cherche un exutoire. C’est Loury Lag, un explorateur français dont le parcours le touche profondément, qui lui propose de participer à une expédition d’envergure : traverser une partie de l’Arctique en kite-ski. Le défi ? Parcourir 3 400 kilomètres sur l’océan gelé du passage du Nord-Ouest, entre l’Alaska et le Canada. Renier doit rejoindre Lag après avoir accompli une première portion du trajet en autonomie relative.
Le lien entre les deux hommes se tisse rapidement. Tous deux partagent une expérience commune autour de la mort et du deuil, une proximité qui les unit malgré une connaissance encore récente. « La mort s’est immiscée dans mes veines jusqu’à atteindre le cœur », confie Renier, comme il l’explique dans le film. Pourtant, cette aventure, initialement perçue comme une échappatoire, révèle des interrogations bien plus profondes. Certains détails matériels de l’expédition échappent en effet au comédien, le poussant à s’interroger sur la solidité du lien établi avec son compagnon de route. Le passé de Lag, qui refait surface au fil de l’expédition, ajoute une couche de complexité à cette relation en construction.
Ce qui devait être une simple quête de dépassement personnel se transforme en une réflexion sur la confiance, la vulnérabilité et la construction d’un lien dans des conditions extrêmes. Tourné avec une équipe réduite – sans ingénieur son, mais avec un drone –, le documentaire mise sur des plans serrés et des panoramas à couper le souffle. La blancheur infinie de la banquise, où le bleu du ciel se mêle à l’horizon, sert de toile de fond à cette introspection forcée. Fabien Ruyssen, directeur de la photo et proche de Renier, capte la grandeur des paysages arctiques avec une palette de teintes naturelles, soulignant l’immensité du décor où les deux hommes, vêtus de jaune, apparaissent comme des points minuscules dans un monde vierge et impitoyable.
« D’un monde à l’autre en est juste un énième rappel : chacun choisit de pleurer ses morts comme il l’entend et comme il le peut. »
Le film alterne entre plans larges et séquences intimistes, où les deux aventuriers se confient ou s’affrontent autour d’un feu de camp ou dans l’exiguïté d’une tente. Les échanges, parfois tendus, révèlent une intimité en construction, d’autant que leur survie même dépend de leur capacité à s’adapter. L’un des leitmotivs du périple ? Éviter de finir comme repas pour des ours polaires affamés. Pourtant, derrière cette aventure physique se cache une quête bien plus personnelle. Renier tente de retrouver Gaspard Ulliel dans ces étendues glacées, un territoire que l’acteur aimait profondément. Le paradoxe n’échappe pas au réalisateur : l’immensité de l’Arctique reflète à la fois le vide laissé par la disparition de son ami et l’espace immense que ce dernier occupait dans sa vie.
Sans fard, Jérémie Renier expose ses vulnérabilités – émotionnelles, physiques et matérielles – pour offrir un hommage brut et sincère à celui qui n’est plus. « Et c’est là que réside toute la beauté de cet hommage », souligne le film. Le documentaire, produit par Pan Distribution, s’impose comme une méditation sur la perte, l’amitié et la résilience, le tout dans un cadre naturel où l’homme n’est qu’un visiteur éphémère. Réalisé en France et en Belgique, « D’un monde à l’autre » s’adresse autant aux amateurs de documentaires d’aventure qu’à ceux en quête de récits humains authentiques.
Ce film interroge plus largement la manière dont le deuil peut se vivre à travers des expériences extrêmes, où le corps et l’esprit sont mis à l’épreuve. Il rappelle que la douleur de la perte se manifeste différemment selon les individus, et que l’aventure, aussi risquée soit-elle, peut parfois offrir une forme de catharsis. Une chose est sûre : à travers la glace et le vent, Renier a trouvé une voie pour honorer la mémoire de son ami, tout en explorant les limites de sa propre humanité.
Jérémie Renier considère Gaspard Ulliel comme son « meilleur ami », une relation qui a duré des années et qui a profondément marqué sa vie. Dans le documentaire « D’un monde à l’autre », il décrit Ulliel comme « une partie de [sa] jeunesse » et une personne inséparable de son identité.
Le tournage s’est déroulé dans des conditions extrêmes, avec une équipe réduite composée uniquement d’un réalisateur, d’un directeur de la photo et d’un drone. Aucun ingénieur son n’accompagnait l’équipe, et les deux aventuriers, Jérémie Renier et Loury Lag, ont dû faire face aux défis logistiques et climatiques de l’Arctique sans assistance technique lourde.